Vendredi 3 juin 2016, place du Congrès à Buenos Aires, des milliers d'Argentins se sont rassemblées pour dénoncer les meurtres et viols dont sont victimes les femmes au quotidien. La foule, qui comptait associations, femmes victimes ou proches de victimes, hommes, enfants, étudiants, s'est par la suite dirigée jusqu'à la Casa Rosada, où siège le pouvoir exécutif, brandissant des pancartes « Ni Una Menos » (Pas une de moins), « Vivas Nos Queremos » (Vivantes nous nous voulons), banderoles et photos de femmes victimes de violences.
Un phénomène qui perdure malgré une forte mobilisation en 2015
Une première manifestation similaire avait été organisée en juin 2015, suite à une série de féminicides qui avaient choqué le pays. Elle avait rassemblé plus de 200 000 personnes et participé à une véritable prise de conscience de ce phénomène. Néanmoins, les choses n'ont pas vraiment changé en un an, puisque en 2015, 286 femmes ont été assassinées en Argentine en raison de leur condition de femmes, et 66 depuis le début de l'année 2016. La violence machiste n'a pas diminué, selon la Présidente du Conseil National des Femmes, Fabiana Túñez. C'est donc sur les réseaux sociaux que les associations se sont mobilisées cette année, afin de relayer leur message et de toucher le plus grand nombre. De nombreux syndicats, partis politiques et organisations ont également appelé à participer aux marches du 3 juin organisées dans toute l'Argentine.
Quelles sont les revendications de #NiUnaMenos ?
Plusieurs organisations étaient présentes à la manifestation pour lutter contre les diverses formes de violence envers les femmes - physique, psychologique, économique, sexuelle ou symbolique ? définies par la Loi N°26.485, dite Loi de Protection Intégrale aux Femmes, promulguée en avril 2009. Elles souhaitent notamment qu'un plan national soit mis en place afin de prévenir, éradiquer et sanctionner ces violences. Autre revendication importante, celle de la dépénalisation de l'avortement : en effet, comme dans les autres pays d'Amérique Latine, la législation est très stricte en matière d'IVG. L'avortement y est considéré comme un délit, sauf en cas de viol, de danger pour la santé de la mère ou de malformation du f?tus ; ainsi, beaucoup d'interventions se pratiquent dans la clandestinité. Ce que reprochent aussi les associations, c'est l'absence de statistiques officielles, puisque les chiffres sur les violences faites aux femmes sont communiqués par l'ONG « La Casa del Encuentro ». Les manifestants remettent également en cause les institutions et la justice, qui tarde à instruire les plaintes et à décider des mesures d'éloignement. Plus globalement, ils demandent plus d'égalité homme-femme, notamment dans les salaires.
Des mobilisations similaires sur tout le continent
Des marches similaires ont eu lieu à travers tout le pays, notamment dans les villes de Córdoba, Santa Fe, Mar Del Plata et Mendoza. Des milliers de personnes ont ainsi dénoncé la violence contre les femmes et la nécessité de prendre des mesures pour les protéger.
Mais ce problème n'est pas propre à l'Argentine, puisqu'il concerne tous les autres pays d'Amérique Latine. C'est notamment le cas du Brésil, où « quinze femmes meurent chaque jour [?] pour le simple fait d'être femmes », et où des milliers de personnes se sont récemment soulevées suite au viol collectif d'une adolescente à Rio en mai dernier, dénonçant la « culture du viol » qui règne dans leur pays. Au Mexique, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues le 24 avril dernier pour dénoncer la violence machiste et faire changer les mentalités.
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Laurie Correia, www.lepetitjournal.com/buenos-aires, le 6 juin 2016
CREDIT PHOTOS : Veronika Mate















