Depuis la loi n°20.770 adoptée au début du mois, le 20 novembre, devenu Día de la Soberanía Nacional, est férié (il a été déplacé à aujourd'hui au lieu de samedi afin de créer un long week-end et et de promouvoir le tourisme argentin). Un intéressant débat s'est déroulé dans les journaux nationaux autour du choix de cette date et sa signification
Samedi, la présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner a inauguré à San Pedro, dans le nord-est de la province de Buenos Aires, un monument aux morts de la bataille de la Vuelta de Obligado, appelant à "solder une dette historique, puisque durant deux siècles ont été délibérément occultées les luttes contre les colonialismes qui subsistent, par exemple dans les Malouines" ("cumplir con una deuda histórica porque se ocultaron deliberadamente durante dos siglos luchas contra otros colonialismos que aún subsisten, por ejemplo en las Malvinas"). L'Argentine célèbre ainsi la bataille de la Vuelta de Obligado : le 20 novembre 1845, des navires franco-anglais empruntaient le passage de la Vuelta de Obligado, sur le Río Paraná, afin d'envahir le pays alors emmené par le gouverneur de Buenos Aires, Juan Manuel de Rosas et d'obtenir, notamment, l'ouverture de nouveaux marchés et la libre circulation sur l'estuaire de La Plata et son bassin. Militairement, l'opération fut moins facile que les grandes puissances ne l'espéraient, comme s'en félicitait plus tard le général José de San Martín, dans une lettre à son ami Tomás Guido: "Les Argentins ne sont pas des empanadas qu'on mange simplement en se les mettant dans la bouche" ("los argentinos no son empanadas que se comen sin más trabajo que abrir la boca").
Epopée? Défaite?
Dans un article paru dans La Nación jeudi dernier, l'écrivain, biographe et historien "néo-révisionniste" Pacho O'Donnell insistait sur le fait que cette bataille est,"avec la traversée des Andes, une des deux plus grandes épopées militaires de notre patrie" ("Obligado es, junto con el Cruce de los Andes, una de las dos mayores epopeyas militares de nuestra patria"). Dans le même journal, le même jour, l'historien Luis Alberto Romero estimait au contraire que célébrer un tel succès, c'est faire "une victoire d'une défaite" : le 20 novembre 1845, les troupes de Rosas échouèrent à bloquer l'accès au fleuve Paraná de la flotte britannique. Une défaite"honorable et héroïque, sans doute ; une victoire morale, ce qui nous plaît, à nous autres Argentins ; mais enfin, une défaite" (honrosa y heroica, sin duda; victoria moral, como nos gusta a los argentinos; pero derrota al fin). Cela étant, pour les Anglais ce fut une victoire à la Pyrrhus, explique également l'historien : des débouchés commerciaux moins prometteurs que prévu, des opposants à Rosas réticents à s'engager à leurs côtés… Au Foreign Office, la politique de la canonnière fut d'ailleurs abandonnée, quelques années plus tard, au profit de la voie diplomatique. Et au final, la navigation sur le fleuve Paraná resta bel et bien sous le contrôle exclusif de la Confédération argentine.
Quelle nation?
Luis Alberto Romero s'interroge aussi sur la célébration, ce jour, de la souveraineté nationale : à l'époque, les contours du pays sont encore flous ; faut-il y inclure le Paraguay et l'Uruguay ? La politique de Rosas n'est-elle plus favorable à Buenos Aires – qui hésite encore à se transformer en Etat autonome – qu'aux habitants du territoire argentin dans son ensemble ? Le débat – qui dépasse largement la polémique historique pour embrasser les enjeux politiques actuels – se poursuit…
Au fait, saviez-vous que la station de métro parisienne Argentine s'est longtemps appelée Obligado ? En hommage à une "victoire franco-anglaise" outre-Atlantique ! C'est après la seconde guerre mondiale que son nom a été modifié pour celui d'Argentine…
Barbara VIGNAUX (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) lundi 22 novembre 2010















