

(Photo : couverture de l'ouvrage, DR)
Docteur en démographie (EHESS, Paris), Hernán Otero est historien et chercheur au Conicet. Professeur associé au Centre d'Etudes Nord-américaines de l'EHESS et directeur de la revue Anuario del IEHS, il a coordonné l'ouvrage El mosaico argentino. Modelos y representaciones del espacio y de la población, siglos XIX-XX et écrit Estadística y nación. Una historia conceptual del pensamiento censal de la Argentina moderna, 1869-1914. Il vient de publier La guerra en la sangre. Los franco-argentinos ante la primera guerra mundial (Editorial Sudamericana), ouvrage dans lequel il souligne, non sans étonnement, la vigueur des sentiments patriotiques des "Gaulois"installés outre-Atlantique.
Sentiments ambigus
Comparé au contexte actuel, souligne l'historien, "il est indéniable que les valeurs patriotiques étaient bien plus présentes au quotidien". Et d'expliquer : "Ceci est dû à plusieurs facteurs : processus de nationalisation des masses, auquel contribuèrent presque tous les éléments de la vie publique (depuis l'école primaire, d'importance particulière en France, jusqu'au service militaire), sentiment national véhiculé par le monde culturel (littérature, folklore) et identification de la nation avec un peuple et un territoire, surtout après une longue histoire de conflits. La défaite française à l'issue de la guerre franco-prussienne de 1870 et la perte de l'Alsace et la Lorraine ? « provinces perdues » à récupérer ? donnèrent lieu, en outre, à un discours patriotique très virulent". Dans l'hexagone, la défense nationale rencontrait une adhésion résolue, se traduisant par un faible taux de désertion (environ 1,5%). Sur le plan politique, les oppositions catholique et syndicale se ralliaient à l'Union Sacrée pour faire face à l'ennemi commun.
(Photo : portrait d'Hernán Otero, EHESS)
Paradoxe français
"Quant aux Franco-argentins", précise Otero, "ils refusèrent pour la plupart d'acquitter l'impôt du sang". Fille d'immigrants née en Argentine, cette seconde génération ne se sentait pas tenue de partir à la guerre et, quoique écartelée entre ses deux nationalités, opta majoritairement pour son appartenance à la citoyenneté argentine, plutôt qu'à son héritage français.
En ce sens, le conflit mondial "a marqué une double rupture en Argentine : beaucoup d'immigrants de première génération réaffirmaient leurs liens avec leur pays d'origine, tandis que la seconde génération privilégiait ses liens d'identité avec l'Argentine". La meilleure preuve d'une intégration aussi rapide qu'efficace?
Iris MEYER (www.lepetitjournal.com /Buenos Aires) mercredi 11 novembre 2009















