

(Photo : Gobierno de la Cuidad de Buenos Aires, Secretaría de cultura : La Casa Chorizo;Programa para la preservación del Patrimonio Arquitectónico, Buenos Aires, 2000)
Le modèle de la casa chorizo voyage avec les colonisateurs qui reproduisent leurs expériences outre-Atlantique : il est la synthèse de plusieurs styles espagnols, parmi lesquels domine celui de la maison d'Andalousie, région d'origine de la plupart des conquistadores. Pour sa part, la maison andalouse est l'héritière du modèle romain, raison pour laquelle on dit souvent que la casa chorizo trouve son origine dans la maison pompéienne. Toutefois, la maison coloniale porteña est un produit original, propre à l'Argentine.La casa chorizo remonte à la moitié du 19e siècle. Elle provient de la répartition des amples terrains coloniaux suivant des murs mitoyens longitudinaux, conformément à la trame en damier. Elle s'organise à partir d'un terrain type de 8,66 mètres de large (10 varas), mesure selon laquelle a été divisée la manzana.
Hiérarchie de cours
La maison que l'on appelait "à cour" est la maison coloniale, qui s'organisait à partir de plusieurs cours hiérarchisées. La première, donnant sur la rue, était entourée par des chambres destinées aux réunions et à la réception (et pouvant devenir des bureaux ou des cochères). La deuxième était entourée des chambres à coucher des propriétaires (cour intime) et la troisième rassemblait les services (cuisines, dépôts, toilettes, chambres pour les employés domestiques).
En général, on pénètre dans la maison depuis la porte extérieure, par un vestibule situé du côté opposé des chambres. Le vestibule communique avec la pièce principale donnant sur la rue et avec le premier patio par une seconde porte. Les chambres sont disposées en file indienne et reliées entre elles par une circulation intérieure qui ouvre aussi sur une galerie couverte, adjacente au patio.
Nous connaissons tous ce modèle : on le trouve un peu partout à Buenos Aires, ou décrit dans la littérature comme dans le conte Casa Tomada de Julio Cortazar ou encore dans de nombreux poèmes de Jorge Luis Borges comme Ferveur de Buenos Aires?.
Extérieur et intime
Synonyme de casa chorizo, le patio est un élément indispensable de la maison. Pendant une longue période de l'année, on vit dans ces patios, espaces à la fois extérieurs et intimes. C'est le lieu où tout le monde se réunit, où se déroule la vie en communauté, l'espace considéré comme le plus agréable de la maison.
Le patio permet aussi à la lumière d'entrer et d'éclairer les dépendances du logis. Il est indispensable dans la casa chorizo : compte tenu de l'étroitesse de la parcelle et de sa répartition toute en longueur, les pièces ne donnant pas sur la rue ne seraient en cas contraire absolument pas éclairées. La vue aérienne des bloques révèle un ensemble régulier de constructions, percé d'orifices carrés ou rectangulaires ? les patios ? qui ressemblent à des fenêtres par où pénètre le soleil.
"Le patio est la pente par quoi le ciel entre dans la maison" écrit ainsi Jorge Luis Borges (Ferveur de Buenos Aires, "Un Patio", Oeuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Ed. Gallimard 1993). Le patio et la lumière reviennent régulièrement dans les poèmes de Borges. Le patio est à la fois pièce centrale, "c?ur" de la maison et puits de lumière indispensable pour éclairer les pièces du fond, vu la profondeur du terrain, comme l'avait remarqué Le Corbusier : "Voici le terrain à bâtir !! Pas de lumière !"
Buenos Aires se dit "la ville la plus européenne d'Amérique Latine". Ses principales caractéristiques architecturales sont héritées du siècle précédent ses vestiges restent ancrés dans la ville actuelle : la rue droite, sans fin jusqu'à la pampa, la casa chorizo et ses successions de patios.
Céline MIGNOT (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) jeudi 10 décembre 2009
Site de Céline Mignot : www.celinemignot.com.ar
Lire le premier volet de la série : Buenos Aires, le plan fondateur
Lire le deuxième volet de la série : La casa chorizo, une histoire















