

Et si on allait en Algérie ? Cette idée que propose Zano (Romain Duris) àNaïma (Lubna Azabal) déclenche d'abord un rire. C'est le point de départ d'un périple qui les conduit àtravers la France, l'Espagne et sur l'autre rive de la Méditerranée. Sans argent, ils resquillent dans les trains et se lavent dans les fontaines. De galères en moments de grâce, ils déambulent àla recherche de leurs origines. Il est enfant de Pieds-noirs et orphelin. Elle est fille d'immigrés, mais ignore tout de la langue de ses ancêtres (mon père n'a jamais voulu parler Arabe avec nous). Chemin faisant, ils travaillent dans les vergers et rencontrent d'autres errants, des gitans, chers àGatlif, ou de jeunes algériens tentant la route inverse.
Le film est àl'image des voyageurs, un peu bancal, cahin-caha sur des routes improvisées. Il est avant tout fait de musiques, de présence physique et de besoin de libération. Zano et Naïma sont des êtres empêchés et leurs entraves marquent leurs corps.
Cicatrices
Ils détaillent leurs cicatrices. Si celles de Naïma cachent des douleurs indicibles qui l'emmènent parfois aux frontières des trouble du comportement, celles de Zano racontent la mort de ses parents, un jour de départ vers l'Algérie justement. Depuis ce jour, il n'a plus touchéàson violon. La musique c'est pourtant sa religion.
C'est aussi un personnage clédu film. Composée pour une part par Tony Gatlif lui même, elle raconte le parcours autant que le font les images. D'abord violente et urbaine, elle rencontre le flamenco et les mélopées arabes, jusqu'aux incantations du soufisme, lors d'une impressionnante scène de transe finale. Le plan séquence de 10 minutes n'est certainement pas pour rien dans l'attribution du Prix de la mise en scène par le jury cannois?
Inégal et indomptable, El Viaje Inolvidable ne prétend pas àla perfection académique. Mais entre deux plans, affleure la chair, le brouillement et la générositéd'un cinéma àla recherche d'une certaine forme de vérité.
Jean marc JACOB. (LPJ) 27 octobre 2005
El viaje Inolvidable (Exils), de Tony Gatlif, Avec Romain Duris, Lubna Azabal, Leila Makhlouf, Habib Cheik, Zouhir Gacem? Durée : 1h 43
Prix de la mise en scène - Cannes 2004















