

Voilà plus de dix ans que Franck Dauffouis, boulanger-pâtissier, a débarqué à Buenos Aires. De son fournil, installé du côté de Parque Centenario, sortent pains et viennoiseries à se damner. Dommage, les seuls à se régaler sont les clients de deux hôtels de luxe, qu'il livre chaque matin. Mais Franck envisage d'ouvrir son propre commerce. Rencontre
D'où venez-vous? Que faisiez-vous?
"Je viens d'un village près de Chateaubriant, dans la région de Nantes. J'ai une formation de pâtissier, complétée plus tard par celle de boulanger. Après avoir travaillé en France, je suis parti comme pâtissier au Club Med dans plusieurs pays, puis à Salvador, au Brésil. C'est là où j'ai connu ma femme, qui est Argentine. Elle n'avait pas terminé ses études, on s'est donc installés à Buenos Aires et on est restés."
Depuis quand vivez-vous en Argentine?
"Depuis 1996, ça fait plus de dix ans. En arrivant, j'ai cherché du travail, je suis rentré à l'hôtel Alvear, comme pâtissier. J'ai préféré travailler dans un hôtel-restaurant, car il y a trop d'écart avec la France dans les méthodes de travail dans les pâtisseries. Après l'hôtel, j'ai travaillé au restaurant Cloclo, sur la Costanera, puis dans une chaîne de boulangerie-viennoiserie, puis de nouveau à l'Alvear. A l'époque, c'était la parité dollar-peso, je vivais mieux qu'en France. J'ai aussi été prof de pâtisserie et j'ai fait des cours à la télé, ça m'a fait connaître du grand public."
Que faites-vous?
"Depuis un an, je fabrique et vends des croissants aux hôtels Sheraton et Cesar Palace. Le chef du Sheraton, un Français de Marseille, ne trouvait pas de croissants et m'a demandé de lui en faire. J'ai démarré comme ça mais il a fallu que je trouve un local et des machines. Maintenant, j'aimerais ouvrir une pâtisserie-boulangerie mais les loyers sont très chers et les habilitations difficiles à obtenir. Avec la pâtisserie que je fais, il faut des produits de qualité et ça coûte cher."
A Buenos Aires, ce que vous aimez?
"Les Français sont super bien vus, ça facilite les contacts. Et Buenos Aires est une ville européenne, j'ai des repères, j'en ai besoin. Et puis je suis de la campagne, et je trouve que Buenos Aires est vivable quand même, il y a des espaces verts, de beaux endroits."
Ce que vous n'aimez pas?
"Peut-être les structures, les administrations qui ne marchent pas. Quand on commence à s'intégrer à la société, c'est pénible."
Qu'est-ce qui vous surprend?
"La discipline pour attendre le bus. Comme je venais du Brésil, j'ai été moins surpris par le rythme, par exemple toujours pour le bus, ici, en montant on a intérêt à s'accrocher !"
Votre restau, adresse, préférée?
"Avec les deux enfants, on ne fait plus grand-chose! Pour s'éclater en bouffe, il y a bien sûr la Bourgogne. Et j'aime bien aussi Almansa, au coin de Godoy Cruz et Charcas, un petit bistrot dans Palermo qui a un bon chef."
Vos sorties?
"J'ai la chance d'avoir une belle-mère qui a une maison à Escobar, ça permet d'aller à la campagne. De temps en temps, j'aime bien faire un tour à La Boca, mais il y a trop de touristes maintenant, et à Palermo Soho."
L'Argentine c'est.....?
"Ma femme, d'abord! C'est pour ça que je suis venu. Sinon, la viande, faut dire que c'est quelque chose ici."
Vous allez rester ?
"J'aimerais rester, si je trouve toutes les cartes professionnellement. Pour moi, c'était plus facile avant la crise, maintenant, avec l'inflation qui repart?"
Propos recueillis par Laurence RIZET. (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) jeudi 21 juin 2007















