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VOUS – Sébastien Bauer, directeur de l’Alliance Française de Sabadell

Par Lepetitjournal Barcelone | Publié le 12/05/2010 à 00:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 15:16

Directeur de l'Alliance Française de Sabadell et Professeur associé à la Toulouse-Barcelona Business School (Groupe ESC Toulouse), Sébastien Bauer n'a pas sa langue dans sa poche. Il s'exprime à propos de langue justement : du français, du catalan et de leur apprentissage

Lepetitjournal.com :  Quel est le parcours qui vous a emmené à diriger l'Alliance Française de Sabadell ?
Sébastien Bauer : J'ai étudié la philosophie à l'École Normale Supérieure de Fontenay/Saint-Cloud, puis j'ai été affecté à un Volontariat International à l'Alliance Française de Sabadell, dont je suis immédiatement tombé amoureux : un cadre magnifique (avec une maison moderniste du début du XXème siècle), une vision très claire de la raison d'être d'une telle association dans une ville comme Sabadell, et un métier, l'enseignement du FLE, que j'ai découvert à cette occasion. Ce Volontariat a aussi été pour moi l'occasion de découvrir ce qu'est l'Alliance Française, son statut si particulier et les motifs, quasiment d'ordre vocationnel, qui poussent les gens à travailler dans ce type d'association à but non-lucratif.
Parti ensuite enseigner la philosophie en lycée, j'ai très vite eu la nostalgie de l'Alliance. Aussi, quand le Directeur m'a appelé en 2001 pour me dire que son Alliance grandissait et qu'il avait besoin d'un adjoint, j'ai tout de suite accepté de revenir.

Quelles sont les projets de l'AF Sabadell pour 2010/2011 ?
Côté public, nous avons pris au mot le slogan qu'avait récemment choisi la Fondation Alliance Française, ''l'alternative culturelle''. Nous essayons d'être une alternative à une programmation culturelle municipale assez ''téléguidée'' et dans laquelle beaucoup d'habitants de Sabadell nous disent avoir du mal à se reconnaître.
Côté cuisine, la priorité est de consolider une mutation que nous avons démarré en 2008 : la crise économique qui frappe durement une ville industrielle comme Sabadell (avec 20% de chômage) est pour nous un défi très important : par exemple, en 3 ans, notre facturation de formations en entreprises, qui représentait 1/3 de notre chiffre d'affaires, a baissé de 70% ! Comme nous ne sommes quasiment pas subventionnés (à peine 3% de notre budget), il a fallu trouver sans délai, et sans droit à l'erreur, un nouvel équilibre autour d'une offre renouvelée de services. Nous sommes en train de réussir ce pari difficile, l'Alliance se porte bien, elle a bien traversé la première phase de sa mutation et propose une gamme de service beaucoup plus étendue qu'avant. En termes de pénétration du marché local (nombre d'inscrits par an/nombre d'habitants de la ville), nous sommes de très loin l'AF la plus performante d'Espagne avec 5 inscrits pour 1.000 habitants.
J'ai la chance de pouvoir compter sur une équipe soudée, motivée, compétente, qui aime son travail et qui aime l'Alliance. Sans ces 22 personnes qui font un travail digne de louanges, je ne pense pas qu'on aurait pu traverser les deux premières années de la crise comme on l'a fait.

Comment travaillez vous avec les autres AF catalanes ?
Il y a quatre AF en Catalogne, à Girona, Granollers, Lleida et Sabadell. Nous harmonisons au maximum les formats et les contenus de nos cours, puisque nous sommes de très proches voisins et que plusieurs de nos étudiants passent régulièrement d'une Alliance à l'autre : nous nous efforçons de leur offrir la même chose dans les deux centres du Vallès Oriental et du Vallès Occidental. Et comme les AF de Granollers et de Girona ont entre elles un lien historique très fort, nos actions communes (également en matière de formation des professeurs et de communication) concernent également Girona.

Combien d'étudiants et quel budget ?
En 2009, 1.703 étudiants sont passés par l'une des quatre AF de Catalogne, dont 1005 à Sabadell. Notre budget 2010 est de 612.000?, en hausse modérée mais régulière. Nous sommes autofinancés à plus de 97%, le Ministère des Affaires Étrangères mettant à notre disposition un Volontaire International.

La Catalogne représente-t-elle une région particulièrement dynamique concernant l'enseignement du français ?
Je ne connais pas bien la situation dans le reste de l'Espagne, donc je peux difficilement comparer. Je vais vous donner ma vision des choses, mais je veux souligner combien elle est partielle. Je crois que le français en Catalogne est dans une situation très paradoxale : j'ai l'impression qu'il y a à la fois une forte demande de la part de la société catalane, et une faible réponse des institutions publiques. La demande forte s'explique par plusieurs facteurs : facteurs économiques d'abord, puisque la France est le premier partenaire économique de la région et un pays voisin, et que les échanges touristiques entre les deux pays sont très forts. Facteurs historiques ensuite, puisque la France a représenté, sous le franquisme et durant la première transición, une force de proposition culturelle et intellectuelle dont le souvenir perdure encore. Facteurs universitaires enfin, car les étudiants Erasmus choisissant la France ou la Belgique pour y faire des études sont nombreux.
Face à cela, l'administration autonome semble avoir fait le choix de dispenser dès le plus jeune âge un enseignement de l'anglais qui devrait permettre à chacun de se débrouiller dans cette langue. Je pense que c'est un choix qui se défend, si l'on tient compte des limitations inhérentes à l'enseignement des langues en milieu scolaire : étant donné qu'à plus de 20 élèves par classe et avec 2 heures par semaine on ne peut guère prétendre atteindre un niveau satisfaisant dans aucune langue, faire le choix de donner à tout le monde des bases en anglais ne me paraît pas absurde.
Par contre, faire totalement l'impasse sur le français quand on est un jeune catalan et qu'on commence à se demander où et comment on va travailler, ça, ce serait faire un très mauvais choix. Je n'ai aucun doute sur le fait que le besoin de français va encore croître très vite et très fort dans les années qui vont suivre l'arrivée du TGV.

L'apprentissage du castillan, du catalan, puis de l'anglais, freine-t-il le développement du français en Catalogne ?
J'ai appris le catalan tout naturellement quand je suis arrivé à Sabadell : on ne m'a jamais obligé, on ne me l'a jamais interdit, et j'ai toujours trouvé des gens prêts à parler en espagnol ou en catalan. C'est vrai que la question se durcit ces dernières années : mais c'est essentiellement dans les média et dans les discours des politiques. Je pense que c'est une situation naturelle pour une région frontalière que d'y trouver deux ou trois langues en circulation, et que c'est artificiellement qu'on est ''sommé de s'identifier'' à l'une d'entre elles.
Je ne sais pas pourquoi on parle toujours (et les français en particulier) d'une ''problématique'' des langues régionales. J'ai une fille de 5 ans qui passe avec une facilité déconcertante du français à l'espagnol et au catalan, et qui est toute fière de dire trois mots en anglais : où est le problème ? Pour elle, le problème n'existe simplement pas. Ce prétendu problème vient du fait que l'on a identifié, à un moment de notre histoire, société, gouvernement et langue. Mais c'est une situation ''récente'' si on la rapporte à l'histoire de l'Europe, et tout à fait artificielle. Le multilinguisme est une richesse dont l'Europe commence à peine à prendre conscience.
D'autre part, je ne crois pas que ce soit le catalan, ou le bilinguisme, ou l'anglais, qui ''freinent'' le développement du français. La France occupe par rapport à la Catalogne une place géographique et économique qui donne spontanément au français une place privilégiée. Je crois que le français se freine tout seul, et que si les intellectuels francophones avaient des choses intéressantes à proposer (ce qui n'est pas forcément le cas actuellement), si les Universités françaises se remettaient à produire des idées, si la politique culturelle française avait un tout petit peu de savoir-faire et savait être à la fois ambitieuse et respectueuse des cultures avec lesquelles elle est censée coopérer, le français se porterait beaucoup mieux qu'actuellement.

Les AF ne sont pas situées dans le centre de Barcelone, plutôt en périphérie. Quelles sont les incidences de cette situation géographique ?
Les deux AF de la région de Barcelone sont situées sur la grande plateforme logistique qui va de Martorell a La Roca, et qui constitue en fait la pointe sud de l'axe Barcelone-Lyon, l'une des épines dorsales de l'Union Européenne. Sabadell et Granollers sont situés sur une charnière qui articule la Péninsule, la Méditerranée et le Maghreb d'une part, et le reste de l'Europe d'autre part.
Sabadell est une ville qui n'a pas d'équivalent en France : si proche de Barcelone, elle en est néanmoins totalement indépendante en termes culturels (opéra, théâtre, cinéma, concerts?), et de services (commerces, hôpital, administration?). Je ne vois pas d'exemple français d'une ville de taille moyenne située à 15 km d'une grosse métropole, et qui ne soit pas une cité-dortoir.
Par contre c'est vrai que l'offre culturelle à Sabadell n'a rien de comparable avec celle de la Cité Comtale, ce qui pour l'Alliance est au fond un avantage : contrairement à l'Institut Français de Barcelone, ou à l'AF de Madrid, nous n'avons pas à lutter avec des offres culturelles de tout premier plan pour promouvoir notre propre programmation. Nous sommes rapidement et assez naturellement devenus un lieu de référence dans la ville. Si nous avions été dans une capitale culturelle comme Barcelone ou même Valence, les choses auraient sans doute été bien plus difficiles.

Propos recueillis par Vincent GARNIER (www.lepetitjournal.com ? Espagne) mercredi 12 mai 2010

Lire également : Jean-Claude Jacq, Secrétaire Général de la Fondation Alliance Française

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