Jane Birkin en Thaïlande pour défendre la cause des réfugiés karens

Par La rédaction de Bangkok | Publié le 26/05/2010 à 00:00 | Mis à jour le 24/06/2019 à 02:45
Photo : Jane Birkin est venue à la rencontre des Karens pour sensibiliser le public européen sur les problèmes de la Birmanie (Photos Nina MARTIN)
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La chanteuse Jane Birkin était en Thaïlande il y a quelques jours pour visiter le camp de réfugiés karens de Mae La, au nord-ouest du pays. Initié par l'ONG Info Birmanie, dont elle est le porte-drapeau, ce voyage avait pour but de réveiller les consciences sur les problèmes de la Birmanie alors que les élections générales se profilent dans ce pays miné par près d'un demi-siècle de régime totalitaire

Lire aussi, Des élections qui suscitent une inquiétude grandissante

Après quinze heures d'avion et six heures de mini van, Jane Birkin pose finalement ses valises à Mae Sot, ville frontière entre la Thaïlande et la Birmanie. Depuis 10 ans, on connaissait son engagement pour la cause birmane : comme d'autres stars, elle a multiplié les déclarations chocs et battu le pavé pour demander la libération de la chef de file de l'opposition, Aung San Suu Kyi, placée sous résidence surveillée à Rangoun. "Aung San Suu Kyi va mourir en détention, son visage sera imprimé sur des tee-shirts, c'est bon pour le marketing...", siffle-t-elle dans une chanson présente sur son dernier album. Jane Birkin avait rencontré la Prix Nobel de la Paix en 1999, après avoir donné un concert à Rangoun, en partenariat avec l'Alliance française. Aujourd'hui, la chanteuse montre qu'elle est prête à mouiller sa chemise pour que le monde n'oublie pas la situation des minorités ethniques birmanes, persécutées par la junte militaire au pouvoir. "C'est la première fois que je viens ici, à la frontière birmano-thaïlandaise, pour pouvoir parler d'une autre dimension du problème birman", explique-t-elle. "Ce déplacement était urgent, pour ne pas oublier la Birmanie à quelques mois des élections générales", renchérit Isabelle Dubois, la coordinatrice d'Info Birmanie, à l'initiative de ce séjour. La chanteuse est le porte-étendard de cette organisation basée à Paris qui milite pour des changements démocratiques en Birmanie.

A la rencontre d'une réalité trop peu connue

Sous un soleil de plomb, Jane pénètre dans le camp de réfugiés de Mae La, à environ une heure de Mae Sot. Les autorités thaïlandaises ont finalement accepté, après une heure de pourparlers, de nous donner l'accès à ce village où vivent 37.000 Birmans. Dans une hutte en bambou poussiéreuse, une dizaine de femmes et d'hommes de l'ethnie karen s'activent sur des métiers à tisser. "Je vis ici depuis plus de 10 ans avec mes 7 enfants, explique Paw Mie, 47 ans. En Birmanie, les militaires nous ont chassés de notre village et l'ont brûlé. On a marché plusieurs jours et traversé clandestinement la frontière thaïlandaise". Ces dix dernières années, plus de 3.000 villages ont été détruits dans cette région de Birmanie.

Les Karen, la plus grande minorité ethnique du pays, se battent pour l'autonomie de leur territoire depuis plus de 60 ans. Les affrontements entre la rébellion et les soldats de l'armée birmane ont fait de nombreuses victimes civiles. "Le régime force les villageois à travailler comme esclaves et le viol est utilisé comme une arme de guerre", explique Wah Ku Shee, membre de l'Organisation des femmes karen (KWO). Jane Birkin opine tristement : "On parle encore trop rarement de tout cela en France".

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Jane Birkin à la rencontre des Karens pour sensibiliser le public européen sur les problèmes de la Birmanie (Photo Nina MARTIN)

La chanteuse a ramené quelques vêtements à donner, ceux de ses petits enfants. Pour laisser un autre souvenir dans ce pensionnat géré par la KWO, elle entonne soudain "La Javanaise" sous le regard médusé des jeunes garçons rassemblés devant elle. Ces derniers sont souvent nés dans le camp de réfugié ; coincés entre un pays que leurs parents ont fui et un royaume qui ne leur ouvre pas spécialement les bras, la plupart de ces adolescents espèrent pouvoir être accueillis dans un pays tiers. "Pourquoi ne permet-on pas à ces enfants de venir au moins étudier en Europe?", s'interroge la chanteuse.

Ici, Jane Birkin est une inconnue. Mais elle compte bien se servir de sa célébrité en France pour faire entendre la voix de ces réfugiés : "Il ne s'agit pas simplement de convaincre le grand public, mais aussi les dirigeants français. En ne disant rien ou en laissant Total faire des affaires en Birmanie, ils soutiennent le régime. En ayant pris conscience des horreurs vécues par ces gens, j'espère être plus convaincante".

Nina MARTIN (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mercredi 26 mai 2010

Voir aussi :
Site de la Clinique Mae Tao : www.maetaoclinic.org
Site d'Info Birmanie : www.info-birmanie.org
Site de Jane Birkin : www.janebirkin.net

Des élections qui suscitent une inquiétude grandissante

La Birmanie renforce depuis plusieurs mois son emprise sur les futures élections, et a déclaré il y a deux semaines que les observateurs internationaux n'étaient pas nécessaires pour surveiller le scrutin. "Les groupes de surveillance internationaux n'ont pas besoin de venir", a déclaré début mai le président birman de la Commission électorale, Thein Soe, selon les journaux officiels. "Des dispositions ont été prises pour garantir des élections libres et équitables", a-t-il ajouté, lors d'une rencontre avec l'adjoint de la secrétaire d'Etat américaine, Kurt Campbell. Les candidats aux élections seront autorisés à nommer un représentant et assistant pour surveiller les bureaux de votes et les bulletins seront comptés en face des votants, a précisé Thein Soe. Kampbell a déclaré après son entretien que les Etats-Unis étaient "profondément déçus" par les préparatifs du gouvernement militaire pour les élections, et veulent des "mesures immédiates" pour apaiser les craintes qu'elles manqueraient de légitimité. De plus, le parti de l'opposition de la prix Nobel Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) a été dissous début mai selon les nouvelles lois électorales.  Il avait refusé de se soumettre à un ultimatum le 6 mai pour s'enregistrer comme parti politique ? ce qui l'aurait forcé à expulser l'opposante birmane et leader toujours en prison ? et a boycotté le vote.  Les autorités ont annoncé que les élections pourraient probablement être tenues fin octobre ou début novembre. Les candidats auront alors six mois pour faire campagne.

(http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) mercredi 26 mai 2010

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