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A Baan Krua, des musulmans perpétuent l’héritage du tissage de la soie

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 05/07/2019 à 00:00 | Mis à jour le 05/07/2019 à 02:05
Photo : Romeo GACAD / AFP - Rampai Sripetch, une musulmane thaïlandaise âgée de 65 ans, sur son métier à tisser la soie dans un atelier près de la mosquée Darul Falah à Bangkok
Tissage soie Thailande

A deux pas de la fameuse Maison de Jim Thompson, dans le vieux quartier de Baan Krua,  une vieille famille de tisserands, premiers fournisseurs du "Roi de la soie" tente de perpétuer la tradition 

Sur fond de l'inlassable cliquetis du métier à tisser en teck, la famille de Niphon déplore le manque d’apprentis tisserands dans son magasin de Bangkok, la vie moderne détournant les jeunes musulmans d’un commerce que leur communauté a dominé pendant des générations.

Ils disent être les derniers tisserands musulmans de Baan Krua, un quartier chargé d’histoire fait de maison de bois vétustes et d’une mosquée dans le centre de Bangkok, presque écrasé par les condominiums et gratte-ciels de la ville.

"C'est un héritage musulman. La soie de Baan Krua est très célèbre", souligne Niphon Manutha, 71 ans. 

Accrochée au mur de sa boutique, une lettre écrite à la machine envoyée par Robert Kennedy après une visite en 1962 du Procureur général des Etats-Unis dans ce pays très majoritairement bouddhiste.

L’artisanat a été transmis de génération en génération au sein des femmes Cham musulmanes qui migrèrent depuis le Cambodge il y a plusieurs siècles et perfectionnèrent l’art de transformer les cocons de vers à soie de Thaïlande en longueurs d’étoffe douce à l'éclat unique prisée dans le monde entier.

Le tissage de la soie a connu un essor important après la Seconde guerre mondiale, grâce à Jim Thompson, aventurier américain à qui l’on attribue l’internationalisation de la soie thaïlandaise.

La maison-musée de Jim Thompson est l’un des sites touristiques les plus visités de Bangkok. Mais c’est de l’autre côté du canal passant juste derrière la maison de l'homme d'affaires américain que ce dernier a trouvé ses premiers fournisseurs, dans le quartier musulman de Baan Krua.

"Il venait ici tous les matins", se souvient Niphon en montrant une photo de sa mère avec l'aventurier, à l'âge d'or de la fabrique, qui comptait alors une cinquantaine d'ouvriers, contre quelques-uns aujourd'hui.

Mais la disparition mystérieuse de Thompson en 1976 en Malaisie conduisit les partenariats à se réduire, tandis que la production était peu à peu transférée depuis Bangkok vers le nord du pays.

Niphon a subsisté en passant à un modèle de travail sur commande fournissant des pièces sur mesure s’adressant surtout à une clientèle attirée par la qualité d'une soie faite main sur des métiers à tisser en bois exotique. Sa fille gère un site Internet qui met en avant des écharpes colorées, des sacs et des napperons élégants.

Mais avec seulement une poignée de vieux tisserands restant à Baan Krua, l’expertise de ce côté-ci de Bangkok est en train de disparaitre.

"Tout le monde veut préserver l'héritage mais plus personne ne veut faire ce métier", se lamente Natcha Swanaphoom, la soeur de Niphon, qui l'aide à gérer la petite boutique de la fabrique.

Bien que la Thaïlande soit très majoritairement bouddhiste, quelque sept millions de musulmans constituent la première minorité religieuse du royaume.

Et comme partout ailleurs dans le monde musulman, on observe le Ramadan ce mois-ci.

Des musulmans d'Iran, d'Indonésie et d'autres régions d'Asie se sont installés depuis longtemps à Bangkok et dans le centre de la Thaïlande, des communautés de commerçants et d'hommes d'affaires attirés par cette ville située au cœur de l'Asie du Sud-Est.

Nombre d'entre eux ont été mobilisés pour construire les canaux qui sillonnent Bangkok et relient le fleuve Chao Phraya, donnant à la capitale son nom de "Venise de l'Est".

Les musulmans ont également servi dans les cours royales et les habitants de Baan Krua se sont installés sur des terres données par le roi Rama I, fondateur de la dynastie Chakri en 1782.

Durant l’ère moderne, la famille royale a tissé des liens étroits avec les diverses communautés musulmanes de Thaïlande.

Le roi Maha Vajiralongkorn a effectué l'un de ses premiers voyages dans l’extrême sud, une région en proie à des violences, après son accession au trône en 2016.

"La notion de communauté a changé," souligne Abdul Ahad, l’imam de la mosquée Haroon, l’une des plus anciennes du quartier de Bang Rak.

Il cite la facilité d’acheter de l’alcool, une dérive de l’observance religieuse, et les grands centres commerciaux qui poussent autour d’eux.

"Aujourd'hui, les jeunes prennent leur moto et se rendent dans des lieux interdits", déplore-t-il.

Ce fossé générationnel se fait également sentir à Baan Krua.

Dans la boutique de Niphon il n’y a pas de tisserands de soie traditionnelle âgé de moins de 60 ans. 

"Notre personnel vieillit", souligne Pattramas, la fille de Niphon, 40 ans, déplorant la "disparition" de l'artisanat artisanal au profit d'un travail salarié plus facile.

La Thaïlande exporte toujours environ pour 15 millions de dollars de soie, mais le Vietnam et la Chine se livrent maintenant une concurrence féroce sur le marché, lucratif, des États-Unis.

"Les cinq ou dix prochaines années, je ne sais pas (s'il restera quelqu'un pour le faire ici)", ajoute-t-elle.

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