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Google retire deux "maps" localisant 500 Thaïlandais supposés anti-monarchistes

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 29/06/2021 à 01:40 | Mis à jour le 05/07/2021 à 00:59
Photo : REUTERS/Jorge Silva/File Photo
Portrait du Roi de Thailande durant une manifestation

Google a retiré lundi deux documents Google Maps permettant d’identifier et de géolocaliser des centaines de militants thaïlandais accusés par des royalistes de s'opposer à la monarchie, a annoncé le géant américain du numérique.

L'activiste thaïlandais pro-royaliste Songklod "Pukem" Chuenchoopol a confié à Reuters que lui et une équipe de 80 volontaires avaient créé deux cartes sur Google Maps et envisageaient de faire un signalement à la police de chacune des personnes inscrites pour insultes à la monarchie.

Un porte-parole de Google a déclaré par e-mail que "le problème est désormais résolu" et a noté : "Nous avons des politiques claires sur ce qui est acceptable pour le contenu My Maps généré par les utilisateurs. Nous supprimons les cartes créées par les utilisateurs qui enfreignent nos politiques."

Une version de l'une des cartes vues par Reuters comprenait les noms et adresses de près de 500 personnes, dont beaucoup d’étudiants, ainsi que leurs photos en uniforme universitaire ou de collégien. Le document avait été vu plus de 350.000 fois.

Le visage des personnes ainsi fichées avait été masqué d’un de carré noir portant le numéro 112, en référence à l'article du code pénal thaïlandais qui punit jusqu'à 15 ans de prison toute insulte ou acte diffamatoire envers la monarchie.

Aucune des deux cartes n'était accessible lundi en fin de journée.

Songklod Chuenchoopol explique que lui et son équipe de bénévoles cherchait à exposer ceux qu'ils accusaient d'avoir enfreint la loi de lèse-majesté.

Exposés à des risques de violence

"Dès que l’un d’entre nous note quelque chose d'offensant publié sur les réseaux sociaux, nous le mettons sur la carte", explique le quinquagénaire. Ce capitaine de l’armée en retraite décrit son action comme une forme de guerre "psychologique", dont l'objectif serait de dissuader les gens de critiquer la monarchie sur Internet.

La mainmise prolongée sur le pouvoir politique par l’establishment royaliste depuis le coup d’Etat de 2014 a suscité l’émergence l’an dernier d’un mouvement protestataire mené par une partie de la jeunesse. Ce dernier a la particularité d’avoir, pour la première fois depuis des décennies, impliqué la monarchie dans l’équation politique du pays, demandant des reformes de l’institution.

Les groupes de défense des droits humains et les critiques de l'establishment ont souligné le fait que les cartes divulguant des informations privées et les adresses de centaines de personnes elles exposaient ces dernières à des risques de violence.

"J'ai commencé à recevoir des messages paniqués de jeunes en Thaïlande qui avaient été fichés dans un document royaliste sur Google Maps les accusant d'être anti-monarchie", a indiqué Andrew MacGregor Marshall, un journaliste anciennement basé en Thaïlande aujourd’hui en Écosse et dont une partie de l’activité médiatique est axée sur la couronne thaïlandaise et l’establishment royaliste. Il est l'un des premiers à avoir évoqué l'existence des cartes.

"Il est évident que les jeunes Thaïlandais qui veulent simplement la démocratie font face à des risques qui s'aggravent."

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