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"Investir en Nouvelle-Zélande? Oui, mais sur le long terme !"

Par Lepetitjournal.com Auckland | Publié le 12/02/2013 à 00:54 | Mis à jour le 05/08/2018 à 08:26
Photo : Scott, Will & Jean-Christophe - Maison Vauron
JC Maison Vauron

Le Petit Journal Auckland a pu rencontrer un des fondateurs de Maison Vauron en Nouvelle-Zélande, épicerie fine qui arbore sur ses étagères des vins français et des fromages ainsi que de la charcuterie. Ambiance détendue autour de saveurs typiquement françaises.

 

Le Petit Journal Auckland - Vous êtes arrivé en en Nouvelle-Zélande en 1991, mais Maison Vauron n'a été lancé qu'en 1999. Qu'est ce qui explique cet intermède? Comment vous êtes-vous dit qu'il y avait quelque chose à faire en Nouvelle-Zélande ?


Jean-Christophe Poizat - Maison Vauron existait dès 1879 en France, lorsque ma famille a commencé. Je ne me suis pas dit que j'allais me lancer à mon compte, ne me suis pas fait de plans comme cela, je suis simplement venu en Nouvelle-Zélande pour visiter les vignobles. De là, la Nouvelle-Zélande m'a plu, et surtout, je suis tombé amoureux d'une Kiwi qui m'a fait rester un peu plus longtemps que prévu et de là, en 1999, nous nous sommes aperçus qu'il y avait une place pour Maison Vauron, qui est bien spécialisé dans le vin français. C'est grâce à mon expérience antérieure et grâce à ma famille qui est "Négociants en Vin" depuis 1879 que j'ai pu me permettre de faire cela. Il y avait donc un antécédent. (?) Je suis resté dans l'univers du vin en Nouvelle-Zélande entre 1991 et 1999. Je ne sais faire que cela depuis que j'ai quitté l'école à 14 ans.

 

Vous avez travaillé dans les vignes dès l'âge de 14 ans ?

Je suis rentré par le volet de l'hospitalité, les restaurants, puis je suis revenu vers la branche traditionnelle de la famille, le vin. Ma famille était "Négociants" ce qui veut dire que nous n'avons jamais touché le fruit, nous étions des "traders". Nous achetions et revendions. Acheter le vin déjà fait, le faire vieillir en barrique, faire de la promotion puis le distribuer en tant que grossiste dans les restaurants mais également le vendre dans notre bar à vin : telle était la recette. C'est seulement lorsque j'ai rencontré les parents de mon épouse, Di, qui ont été fermiers puis vignerons, que j'ai découvert cet univers-là.

 

Maison Vauron existe-il en France ?

Non, Maison Vauron n'existe plus en France pour la bonne et simple raison que ma grand-mère, qui était la dernière propriétaire de Maison Vauron s'est mariée avec mon grand-père qui n'était pas du tout dans le vin, mais dans le transport routier. Elle a vendu la société et ma famille a été pendant deux générations dans le transport routier. Personne n'utilisait, jusqu'à moi, le nom de Maison Vauron.

 

Maison Vauron Auckland
Maison Vauron dans le quartier de Newmarket

 

Où avez-vous commencé votre aventure en 1999 ? A Auckland ?

Oui, pas très loin d'ici (Maison Vauron est situé à Newmarket) dans une sorte d'entrepôt. Nous avons commencé bredouilles, avec pas un sou; avec rien. Nous avons commencé avec quelques petits domaines qui faisaient déjà des affaires avec ma famille il y a une soixante d'années; que des vins français au départ, avec donc ces petits domaines voulant bien nous aider et puis d'autres que nous avons trouvé nous-même. Je dis "nous" car je ne suis pas tout seul, j'ai deux associés néo-zélandais dont Scott, qui s'occupe de la logistique et un directeur financier. Depuis 1999, nous allons en France deux fois par an pour déguster et trouver de nouveaux domaines, revoir et repositionner les domaines avec lesquels nous travaillons mais aussi nous assurer que cela nous convient toujours.

 

Mais vous avez également des vins néo-zélandais ici ?

Oui, mais parce qu'ils ont une attache avec la France. Par exemple, Clos Henri, c'est un domaine à Marlborough qui appartient à la famille Bourgeois depuis 2000. Je les représente ici et ils sont par ailleurs très connus à Sancerre. Ils m'ont confié la distribution depuis 2001. Tous les vins de Nouvelle-Zélande ici ont une connexion française.

 

Il faut intégrer les locaux également dans ce type d'expériences ?

Tout à fait. Oui, je pense qu'il ne faut pas être "grande gueule". Il ne faut pas être trop franco-français, trop communautaire. On voit malheureusement trop de français qui arrivent, beaucoup de personnes le savent ici, qui veulent révolutionner la Nouvelle-Zélande. Il faut faire les choses correctement, presque faire une étude de marché. (?) Beaucoup ont la mauvaise attitude en fait. Ils arrivent et ont les épaules et la tête gonflés, puis disent: "mais pourquoi ils (les néo-zélandais) font comme ça?". Généralement, ce sont des personnes qui ne vont pas survivre longtemps. En 22 ans, ils ont été nombreux à avoir défilés. (?) Je trouve que, globalement, il y a surtout de mauvais commencements. (?) Je ne dirais pas que ce sont des ratés, mais juste des expériences qui n'ont malheureusement pas abouties. Il faut avoir les épaules solides.

 

Maison Vauron Auckland
1999 et l'arrivée du tout premier container.

 

 

Maison Vauron Auckland
Auckland, 2017

 

Qu'est-ce qui a fait la différence pour Maison Vauron, dans son développement ? Et puis pour pérenniser votre entreprise ?

Je dirais que la grosse différence c'est qu'il faut se rendre à l'idée que nous sommes là pour faire du long-terme et pas du "quick dollar". Le court terme : cela ne marche pas ici. Il faut être prêt à prendre le temps et donc fidéliser la clientèle. (?) C'est presque du porte à porte. Plus glamoureux mais pas très loin. Nous nous considérons encore comme des épiciers. (Le magasin comporte deux étages avec un café au rez-de chaussée).  Peut-être des épiciers de luxe, mais des épiciers quand même. (?) Nous venons de débuter la distribution dans les grandes surfaces, alors que nous avons commencé en 1999. Cela fait un moment que nous distribuons pour les magasins, hôtels etc. Mais le tout c'est de se dire que la Nouvelle-Zélande n'est pas un pays qui cède en quelques mois. C'est du long terme, il faut du temps. Cela fait 14 ans, mais on rame encore.

 

Les débuts de Maison Vauron étaient donc difficiles ?

Bien sûr, mais c'est toujours difficile, on est toujours sur la corde raide. C'est sûr que c'est plus "rose" que cela l'a été. (?) Il n'y a pas vraiment le marché pour grandir exponentiellement.

 

Qu'est-ce que les néo-zélandais pensent-ils du vin en règle générale ?

Au départ, c'était juste un liquide comme un autre. Ce sont de gros buveurs donc pour eux le vin se buvait, simplement. Tout doucement, ils sont de plus en plus à être ouverts au vin pas seulement comme boisson et le considérer également comme une histoire, avec des personnes passionnées dans la production. (?) Le vin, c'est ça. Si la passion ne vient pas du c?ur, il n'y a rien. Ils ne considéraient pas les combinaisons possibles avec la nourriture. Ils n'avaient pas les "food and wine matching" comme aujourd'hui. Le pays est en retard avec la France, l'Europe, mais la Nouvelle-Zélande rattrape progressivement son retard. En 25 ans, on est passé de vins imbuvables à des vins franchement solides, qui s'exportent dans le monde entier. Ils sont encore derrière mais les habitudes changent, les gens voyagent plus. La plupart de nos clients ont déjà voyagé en France, alors qu'il y a 20 ans ce n'était pas aussi simple, c'était très coûteux. Le néo-zélandais commence à être plus sophistiqué, d'où une opportunité pour nous. Il y a beaucoup de vins ici donc ils goûtent le vin ici, se disent "c'est super" mais vont décider de goûter autre chose. Nous avons de la chance chez Maison Vauron que la réputation et la notoriété du vin français est toujours d'actualité. Nous sommes automatiquement dans le bon créneau. Il n'y aura pas 200 personnes qui vont venir dans le magasin après être allées en France, il faut les trouver.

 

Vous êtes-vous dit à un moment donné que l'aventure allait être trop dure, voire impossible ?

Non, jamais. Parce que le jour où nous avons ouvert les portes, nous savions qu'il y avait quelque chose; Il y avait un marché. (?) Mais nous sentons toujours la récession, les gens achètent une gamme en dessous.

 

Les huit années, de votre arrivée à l'ouverture, ont servies à déterminer s'il y avait un marché ?

C'était un risque, certes, mais calculé. Cela faisait huit années que j'étais en Nouvelle-Zélande, je savais à qui j'allais vendre, ce que j'allais faire venir. C'était un peu de travail que de déterminer tout cela mais nous étions prêts. Je pense que beaucoup de gens qui se lancent aujourd'hui dans les Français n'ont pas fait leur "homework". Etude de marché et prendre son temps. Etre là pour le long terme pour les métiers de la restauration. (?) On peut certainement faire plus court que huit ans. Mais nous voulions être certains d'avoir une bonne base avant de nous lancer définitivement. J'avais une bonne connaissance du vin néo-zélandais. C'était une suite logique pour moi. Un jour, nous avons eu l'opportunité de louer ce local, et nous nous sommes lancés. (?) Cela n'arrive jamais vraiment au bon moment, c'était juste après la naissance de ma deuxième fille. Mais nous n'avons jamais douté même si les débuts étaient difficiles. Parce que je pense que je ne pouvais pas me permettre, sinon c'était fini dès le début.

(?) J'ai eu un mois entre ma démission et le lancement de Maison Vauron. Je suis allé en France pendant ce temps-là où j'ai pu rencontrer les fournisseurs et peaufiner le lancement avec eux.

 

En fait, vous avez trouvé le remède parfait pour le mal du pays : prendre un peu de France avec vous ?

Je suis assez chanceux d'aller en France deux fois par an, donc mon "injection" je la prends pendant ces voyages, qui en fait font partie de mon travail. Autrement, sans ces deux visites annuelles, je pense que ce serait assez dur. Nous emmenons beaucoup de clients avec nous, voyons assez peu la famille. Les clients font la tournée des domaines avec nous, goûtent avec nous. Ils aiment beaucoup. La prochaine fois qu'ils iront dans un magasin, et s'ils voient une bouteille qu'ils ont goûté dans le domaine en France, ils la prendront de suite; c'est logique, c'est du long terme. Nous avons récemment acheté les vendeurs de grandes surfaces, que nous avons nous mêmes approché comme New World et Farro.

Filip Milo (www.lepetitjournal.com/auckland) mardi 12 février 2013

 

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