Édition internationale

U THEIN SEIN – La visite historique du président du Myanmar à Auckland

Écrit par Lepetitjournal.com Auckland
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 mars 2013

Le président du Myanmar (Birmanie), était à Auckland le 15 mars dernier pour une visite historique. Les liens entre la Nouvelle-Zélande et le pays souvent décrié par la communauté internationale sont de plus en plus forts.

Le passé de la Birmanie est souillé par la dictature de l'ancienne junte militaire. Un gouvernement semi-civil a été instauré en 2011, avec à sa tête un président de la République.

Condamnée à de nombreuses reprises par les organisations internationales, notamment du fait de ses actions envers le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, assignée à résidence, dans l'impossibilité de voir son mari et ses proches, mais surtout pour les violences incessantes envers la population birmane, la junte a déposé le pouvoir le 4 février 2011, à la suite de l'élection du général U Thein Sein.

Une histoire, une vie, un destin
Le passé d'Aung San Suu Kyi, et son héritage, sont peu connus mais expliquent pourquoi son action et sa vie sont intrinsèquement liés au Myanmar. Son père, Aung San, fut le libérateur du pays, le ministre de la Guerre, le fondateur du Parti communiste birman, et surtout, celui qui a négocié l'indépendance avec le Premier ministre britannique de l'époque, Attlee. Dès lors, Aung San et donc, par extension sa fille, conservent, jusqu'à aujourd'hui, l'affection des Birmans. La junte elle-même a toujours ménagé Aung San Suu Kyi. Elle aurait pu la faire disparaître mais la junte respecte l'illustre famille, sans pour autant être d'accord sur leurs actions.

Alors qu'Aung San a libéré le peuple d'un oppresseur extérieur, sa fille veut le libérer de l'oppression interne. Lutter contre l'oppression, c'est le mot clef dans la famille Aung San.

Après l'assassinat de son père, le pays tombe dans un chaos total.  Le risque communiste reste omniprésent. Le pays tombera finalement aux mains d'une junte militaire nationaliste. Au début des années 90, Aung San Suu Kyi arrivera à convaincre la junte de programmer des élections.  Si elle en sort victorieuse, la junte ordonne l'annulation des résultats des élections et Suu Kyi est placée sous résidence surveillée. S'en suivront quinze années d'isolement, claquemurée dans sa maison, entourée seulement de militaires.

Depuis la "libération" d'Aung San Suu Kyi en 2010, le pays s'est ouvert aux investissements et capitaux provenant de l'étranger. Convoité par la Chine pour ses ressources naturelles, et suscitant l'intérêt de l'Inde, le Myanmar offre des perspectives indéniables pour les capitaux étrangers alors que la voie menant à la démocratie a été soigneusement orchestrée. Les dirigeants de la junte militaire se sont rendus à l'évidence: l'appui et le soutien de l'Occident, par des dollars ou des visites diplomatiques, qui renforceraient la crédibilité d'une transition démocratique, ne peuvent exister qu'en faisant évoluer la transparence. En août 2011, des journalistes ont pu assister, pour la première fois, aux débats parlementaires, et les députés paraissaient prendre leurs tâches législatives très au sérieux. Le même mois, le président U Thein Sein accueille pour la première fois Aung San Suu Kyi dans la capitale Naypyidaw, ville sur-mesure, témoignage matériel du renouveau birman. Même, pour sa visite à Auckland, le président était accompagné d'une flopée de journalistes birmans, dont une partie travaillaient pour une télévision privée.

Les médias birmans
Changement de nom, changement de ton, changement de politique ?
L'Union du Myanmar, nom attribué en 1989 par la junte, est peu reconnu et nombreux sont les Etats qui persistent à appeler le pays "Birmanie". La "République de l'Union de Myanmar", instaurée en 2010, prend subrepticement le dessus sur son ainé, la "Birmanie". Ces changements de nom ont été décidés par la junte militaire, pour marquer une rupture avec les précédentes dynamiques et donner, artificiellement, une nouvelle image du pays. Du moins, du pouvoir en place. En français, les emplois de "birman" et "birmane" restent prépondérants.

Comme l'explique Le Courrier International, "Pour beaucoup, le mot "Burma" a des connotations coloniales. Il a vraisemblablement été adopté par les Britanniques parce qu'il était plus facile à prononcer. Le terme "Myanmar" semble d'ailleurs avoir été longtemps banni des dictionnaires anglais, alors qu'en birman myanma et bamar étaient utilisés quotidiennement. Jusqu'à ce que la junte ressuscite le mot "Myanmar", tous les Birmans appelaient leur pays "Burma" lorsqu'ils s'exprimaient en anglais."

Il y a encore un an, une visite de John Key au Myanmar aurait été impensable. Violant les droits de l'homme, monopolisant et confisquant le pouvoir, la junte militaire n'offrait quasiment aucune perspective d'ouverture. Aujourd'hui, le pays dialogue. Depuis un an les signes se sont multipliés et la marche vers la "démocratie disciplinée", phase graduelle, a fait face au déferlement des acteurs extérieurs. Alors que les dirigeants birmans souhaitaient justement éviter un chaos dont le risque serait un retour à un régime totalitaire (voir l'exemple de la Russie).    

La ruée vers le Myanmar, une place pour la Nouvelle-Zélande


Pour certains experts, ce n'est plus une question de flair mais bien le pouvoir du bon sens qui explique la véritable ruée qui emmitoufle le Myanmar. Pourquoi ? Le Myanmar, ce sont avant tout des richesses, et des ressources naturelles. Le rubis, le saphir, la pierre de jade, le gaz sont autant de ressources précieuses dans une Asie surpeuplée, à l'affût des moindres opportunités. Le Myanmar, c'est également le seul pays qui n'a pas encore été envahi par les investisseurs étrangers. L'Australie vient d'annoncer une aide humanitaire, et le président de Google Eric Schmidt se rendra à Yangon (Rangoun) le mois prochain afin d'anticiper le "boom" du marché téléphonique. Autant de signes qui ne mentent pas.

Depuis que U Thein Sein a ouvertement avoué qu'une élection d'Aung San Suu Kyi ne le gênerait pas outre mesure, l'espoir est de mise et l'on se prend à croire à une réelle ouverture démocratique, ce qui permettrait d'assurer une meilleure distribution des ressources naturelles. John Key, lors de sa visite officielle en novembre dernier, avait débloqué l'envoie de sept milliards de dollars d'aide humanitaire et proposé la construction de fermes laitières, pour ancrer définitivement l'entreprise néo-zélandaise la plus importante, Fonterra.

Fonterra fournit depuis près de vingt ans des produits laitiers à Myanmar et la visite de U Thein Sein n'a fait que consolider cette entente.

Le président U Thein Sein anticipe lui aussi les futurs demandes que le peuple birman formulera dans le sillage de l'ouverture de leur pays. L'éducation en constitue le premier point, et semble être le plus prometteur. Dans son discours à l'Université d'Auckland, le président birman a affirmé avec habilité, et en toute courtoisie, que le Myanmar avait de quoi apprendre auprès de la Nouvelle-Zélande, notamment dans les secteurs de la santé, des hautes technologies, et de la science. Il a assuré que sa volonté était de développer les échanges entre les deux pays sur le plan académique.

Autant de promesses qui devront être maintenues dans les mois à venir. Pour cela, le Lieutenant-Gouverneur Général Jerry Mateparae, représentant officiel de la Couronne britannique en Nouvelle-Zélande, a annoncé l'installation d'un corps diplomatique à Rangoun. U Thein Sein a salué cette initiative et promis des relations bilatérales conséquentes. 

Filip Milo (www.lepetitjournal.com/Auckland) jeudi 21 mars 2013

le petit journal auckland
Publié le 21 mars 2013, mis à jour le 21 mars 2013
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