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Australie: extension de visa vacances-travail, outil économique aux effets contrastés

Programme populaire et largement relayé sur les réseaux sociaux, le visa vacances-travail est aujourd’hui ancré dans le modèle migratoire australien. S’il permet aux jeunes étrangers de voyager, de travailler et de découvrir une culture, il constitue une source essentielle de main-d’œuvre pour les secteurs en tension. Mais derrière ces apports, quelles en sont les limites ?

Certains secteurs en tension, notamment le secteur agricole, dépendent principalement de la main-d'œuvre étrangère.Certains secteurs en tension, notamment le secteur agricole, dépendent principalement de la main-d'œuvre étrangère.
Photo de Tim Mossholdersur Unsplash
Écrit par Cassandre Nizan
Publié le 20 avril 2026, mis à jour le 26 avril 2026

 

La nécessité du visa vacances-travail et de son extension pour l’économie australienne 

Bien que l’Australie s’appuie historiquement sur la migration internationale, le vieillissement de sa population et les tensions sur le marché du travail renforcent aujourd’hui la nécessité de recourir à une main-d’œuvre étrangère. Celle-ci contribue à soutenir les économies locales et à répondre aux besoins des secteurs en tension. Parmi ces dispositifs, le visa vacances-travail s’impose comme un outil clé. Initialement conçu comme un programme d’« échange culturel », il répond en pratique à des objectifs économiques. Comme le précise une agente d’immigration basée dans le Queensland « les working holiday makers permettent de combler les emplois que les Australiens ne souhaitent pas occuper ». 

 

Cette dépendance apparaît particulièrement marquée dans le secteur agricole. Selon le rapport Harvest Trail Inquiry du Fair Work Ombudsman, 67 % des exploitations étudiées emploient des travailleurs étrangers, dont 73 % identifiant le visa vacances-travail (subclass 417) comme principal statut. Ces données illustrent le rôle fondamental du programme dans certains secteurs du marché du travail australien. Des conditions de travail exigeantes, des horaires variables liés à la saisonnalité  et un isolement géographique rendent ces emplois peu attractifs et accentuent le besoin de main d'œuvre temporaire et flexible. C’est dans ce contexte que le gouvernement australien a introduit en 2005 la possibilité d’obtenir une seconde année de visa vacances-travail. Cette possibilité est conditionnée à la réalisation de travaux spécifiques dans des secteurs et de zones ciblés, renforçant ainsi la dimension économique du programme. Le gouvernement australien a étendu cette logique en 2019 avec l’introduction d’une troisième année de visa. Elle vise à attirer et surtout à retenir les travailleurs étrangers plus durablement dans les secteurs en tension et à les intégrer au marché du travail australien. 

Cette dépendance croissante à une main d’œuvre étrangère et temporaire soulève ainsi des interrogations quant aux conditions dans lesquelles ces travailleurs évoluent. 

 

Image de Iryna Mullersur Unsplash. La variabilité des horaires de travail notamment liée à la saisonnalité des cultures renforce le besoin de travailleurs temporaires pour certains emplois.

©Iryna Muller / La variabilité des horaires de travail notamment liée à la saisonnalité des cultures renforce le besoin de travailleurs temporaires pour certains emplois.
 

 

PVT en Australie : entre tensions de terrain et dérives liées à l’extension du visa

Comme nous l’avions déjà analysé, le visa vacances-travail participe au soft power australien, largement entretenu par les réseaux sociaux. Mais derrière ce mythe souvent idéalisé, la réalité du terrain apparaît plus contrastée. Si l’Australie continue de s’appuyer sur les travailleurs étrangers, et particulièrement les backpackers, pour soutenir son économie, certaines dynamiques peuvent également créer des tensions. La pandémie de Covid-19 a d’ailleurs mis en lumière cette dépendance. La fermeture des frontières et donc l’arrêt brutal des flux de travailleurs étrangers sur le sol australien, a provoqué des difficultés immédiates dans plusieurs secteurs. Les responsables de l’association CocoricOz, vivant en Australie lors de cette période, témoignent : « Pendant le Covid, l’absence des backpackers a provoqué une véritable panique dans certains secteurs, relevant ainsi à quel point ces derniers étaient essentiels, surtout dans l’agriculture ». 

 

Si les conditions de travail ont pu s’améliorer à la réouverture des frontières, l’augmentation du nombre de candidats à l’extension du visa tend aujourd’hui à rééquilibrer le rapport de force en faveur des employeurs. Selon les données du Department of Home Affairs (2024-2025), 34 994 visas vacances-travail de deuxième années ont été délivrés entre 2023-2024, soit une augmentation de 130 % sur l’année précédente. Comme le souligne l’association : « Lorsqu’il y a énormément de candidats, l’employeur sait qu’un autre acceptera si le premier refuse ». Plusieurs rapports du Fair Work Ombudsman recensent de nombreux manquements au droit du travail, notamment le sous-paiement, le non-paiement des salaires, des heures supplémentaires non rémunérées ou encore des informations trompeuses quant à l’éligibilité à l’extension de visa. Les employeurs peuvent alors fixer leurs propres règles. À titre d’exemple, en 2015-2016, 44 % des travailleurs ayant déposé une demande d’assistance auprès du Fair Work Ombudsman possédaient un visa vacances-travail (subclass 417). Ce chiffre est resté stable au cours des années précédentes, illustrant la récurrence de ces problématiques. 

 

En parallèle, la nécessité de valider les jours requis pour prolonger son séjour peut également influencer le comportement des travailleurs, les poussant à concéder sur leurs droits. Tom, backpacker français, en troisième année en Australie explique « certains acceptent des conditions qu’ils n’auraient jamais tolérées, simplement pour pouvoir valider leur visa ». Si les employeurs australiens dépendent de la main-d’œuvre étrangère, cette dernière se retrouve, dans certaines situations, tout aussi dépendante du système. Cette relation d’interdépendance peut créer des formes de vulnérabilité, en particulier pour des travailleurs jeunes, mobiles et parfois peu informés sur leurs droits. 

Dès lors, derrière les opportunités offertes par ce programme, se dessinent des fragilités structurelles, révélant les limites d’un dispositif tout aussi attractif que nécessaire à l’économie australienne. 

 

Image de David Maunsellsur Unsplash. Aujourd’hui certains employeurs exploitent certaines zones d’ombre autour de l’extension de visa pour contourner les règles.
©​​​David Maunsell/ Aujourd’hui certains employeurs exploitent certaines zones d’ombre autour de l’extension de visa pour contourner les règles.
 


Entre opportunités de mobilités et enjeux de régulation

Avec l’émergence de ces dérives, l’encadrement du programme devient une question centrale. Les autorités australiennes cherchent à entretenir l’attractivité du visa vacances-travail, tout en renforçant la protection des travailleurs étrangers. Le Fair Work Ombudsman est chargé de veiller au respect du droit du travail. En théorie, les travailleurs peuvent signaler les abus et faire valoir leurs droits. En pratique, ces recours restent limités par la nature même du programme. La mobilité des backpackers, la barrière de la langue, les différences culturelles ou encore la complexité des procédures constituent des obstacles susceptibles de décourager à entreprendre des démarches. Comme le soulignent les membres de l’association CocoricOz, beaucoup de travailleurs renoncent à engager des procédures faute de temps, d’argent ou par peur de compromettre leur séjour. 

 

« Le problème, c’est que les backpackers sont de passage ». 

 

Autre élément clé : le manque de lisibilité du dispositif. Les conditions d’éligibilité au travail « spécifié », demeurent complexes et souvent mal comprises, ce qui favorise certaines pratiques abusives. Ainsi, certains employeurs n’hésitent pas à utiliser cette incertitude pour contourner les règles. Dans ce contexte, plusieurs acteurs déplorent un manque de prévention. L’information des titulaires du visa peut s’avérer insuffisante au regard de la réalité du terrain. Dès lors, l’enjeu consiste à mieux accompagner l’accès à l’information et aux différents recours afin de concilier l’attractivité du programme et la protection des travailleurs étrangers. Aujourd’hui, une question se pose  : comment encadrer un modèle fondé sur la mobilité et la flexibilité tout en garantissant la protection des travailleurs qui le composent ? 


 

 

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