Édition internationale

THE ONE - Le projet qui pourrait (à nouveau) transformer le paysage torontois

Écrit par Lepetitjournal Toronto
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 7 septembre 2017




Et si « The One » changeait la donne. C'est en tout cas la promesse de son initiateur, le promoteur Sam Mizrahi. Son projet immobilier de 80 étages, qui tire son nom de sa prestigieuse future adresse, ? One Bloor Street West ? pourrait s'élever à plus de 318 mètres. Une tour aux intentions « exceptionnelles » qui deviendrait la plus haute de Toronto, et du Canada.



Sam Mizhari goûte son plaisir ce mercredi 11 mars 2015. Pour la première présentation officielle de « The One », le public est au rendez-vous à l'Hôtel Park Hyatt de Yorkville. Et il est enthousiaste. Forcément un soulagement pour le promoteur qui, quelques semaines plus tôt, avait créé un début de polémique.  En s'empressant de détruire le bâtiment qu'il venait d'acquérir, à l'angle sud-ouest du carrefour des rues Yonge et Bloor, il a suscité l'émotion. Pendant 114 ans, l'adresse a abrité la boutique de costumes Stollerys, une institution à Toronto. Une émotion que Sam Mizhari a su tourner à son profit, à la fois en associant les anciens propriétaires au projet, et en prenant soin de conserver les pierres. Il promet qu'elles seront intégrées dans un monument dédié à cet héritage. La polémique contenue, la voie était donc libre pour dévoiler les ambitions de « The One » : dans une métropole en profonde transformation urbaine, le projet entend s'inscrire comme une ?uvre architecturale d'envergure ? un géant iconique -  encore jamais réalisée au Canada.  

Une prouesse architecturale destinée au public

Pour répondre à l'enjeu, c'est le cabinet d'architectes londonien Foster and Partners, qui a hérité du projet. Internationalement reconnu, le britannique Norman Foster est régulièrement présenté comme l'un des architectes les plus créatifs et novateurs de sa génération. Le Millenium Bridge à Londres, et la désormais fameuse tour ovale qui surplombe la capitale anglaise, le 30 St Mary Axe, ont contribué à sa renommée. En France, c'est la conception du viaduc de Millau qui lui a permis d'asseoir sa réputation, et d'acquérir son prestige sur le plan de la prouesse technique.

C'est précisément cette excellence que recherche Sam Mizhari. Ce qui l'a séduit ? Une proposition tout à fait audacieuse, qui prévoit la construction des huit premiers étages sans contenir la moindre colonne. Cette technique, déjà expérimentée par l'architecte, permet de créer des espaces gigantesques non-obstrués, et, dans les cas de « The One », destinés à être investis par un centre-commercial de nouvelle génération. Une valeur ajoutée pour le quartier de Yorkville - adresse des plus grandes marques de luxe - que Sam Mizhari rêve de transformer en destination « shopping » internationale.

Car en elle-même, la tour tend à offrir un nouvel élan à la vie du quartier. Son design est conçu pour épouser l'espace public. Il prévoit le doublement des trottoirs qui l'entourent, la création d'un « hub » extérieur, et de trois liaisons au PATH, le réseau souterrain de la ville qui relie au métro. Le tout dans un univers valorisé par l'art, à l'instar d'une ville comme Chicago. Le centre-commercial pourrait ouvrir ses portes dès 2018, bien avant la complétion de l'édifice, dont les 72 étages restant seront destinés au marché résidentiel privé. Au-delà de sa hauteur, c'est sa façade qui devrait assurer au building son caractère singulier. Revêtue d'un habillage de couleur bronze, la tour entend rompre avec les constructions grisâtres qui prospèrent à Toronto.

Une source d'inspiration ?

Rien n'est pour autant encore joué. Il reste à convaincre la mairie, qui pourrait imposer aux architectes de revoir leur copie. Les autorités locales s'inquiètent entre autres de la saturation du carrefour Yonge and Bloor, le plus dense de la ville. Sam Mezhari espère les convaincre grâce aux 600 places de parking souterrain qu'il compte construire. Sous terre, c'est la crainte de la saturation du métro que la municipalité devra prendre en considération. D'autant que la transition du quartier est déjà bien entamée avec des projets de grande ampleur. De l'autre côté de Yonge Street, le One Bloor St East culminera à 224 mètres. En construction, il dépasse déjà le Hudson Bay Centre ? l'immeuble qui abrite le Consulat de France. Du haut de ses 130 mètres, il apparaîtra bientôt comme un « petit » pour les nouveaux standards du quartier. À quelques centaines de mètres de là, c'est encore un centre commercial, le Holt Renfrew, qui, une fois rénové, intégrera une tour de 230 mètres. Et d'autres encore sont à l'étude au c?ur du« trendy » quartier de Yorkville".


Mais alors que Toronto n'avait jusqu'alors pas attiré de grands projets architecturaux - et que la responsable de l'urbanisme à la mairie, Jenifer Keesmaat, répète ne pas être intéressée par « l'architecture de l'égo » -, le projet veut prouver que Toronto aussi est capable de l'excellence, et pourquoi pas de revendiquer le flamboyant. « The One », intitulé présomptueux s'il en est, n'est sans doute que l'amorce d'un mouvement architectural plus large pour une métropole en quête de reconnaissance internationale. Sam Mizarhi n'est pas le seul à en prendre le chemin. Le producteur de théâtre David Mirvish a lui fait appel à l'architecte Franck Ghery ? natif de Toronto - pour la construction de deux tours, de 284 et 305 mètres sur King Street West, au c?ur du quartier des théâtres. Son projet pour le moins iconoclaste a été approuvé. Il s'intégrera à  « l'Alexandre Royal Theatre », inauguré en 1907, et au « Princess of Wales Theatre » qui date de 1993. L'opportunité pour l'architecte de la Fondation Louis Vuitton à Paris et du musée Guggenheim de Bilbao, de marquer son empreinte sur sa ville, après la rénovation en 2004 du musée des Beaux-Arts de l'Ontario (AGO), son unique ouvrage à ce jour achevé à Toronto. Après une décennie de constructions intensives qui a bouleversé son paysage urbain, les projets de Foster et de Ghery ouvrent peut être ainsi un nouveau chapitre pour Toronto. Celui des grands projets et des grands architectes.

Ronan Le Guern  (http://www.lepetitjournal.com/toronto) le 27 mars 2015

logofbtoronto
Publié le 23 avril 2015, mis à jour le 7 septembre 2017
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