lepetitjournal.com a embarqué avec l’armée thaïlandaise, direction la frontière avec le Cambodge et un village où l’arnaque et la traite des êtres humains était le quotidien il y a quelques mois encore.


C’est tout d’abord un peu bizarre. Une excursion comme celle qu’un tour opérateur aurait pu organiser pour nous. Mais le tour opérateur n’est autre ici que l’armée royale thaïlandaise. Rendez-vous mardi 7 avril à 6h30. Nous n’entrons pas à l’aéroport de Don Mueang par les portes habituelles mais, après un détour de vingt minutes autour des pistes, par l’arrière, l’entrée de la base militaire. Le briefing est solennel, plein de galonnés et d’étoilés. L’avion n’a rien ni d’un Boeing ni d’un Airbus. Il s’agit d’un transport de troupes militaire.

Nous montons puis descendons à la queue leu leu par l’arrière, comme au cinéma, comme dans Hair ou dans Platoon. Sauf que nous ne sommes que des journalistes et que nous n’allons pas combattre. Juste regarder. Rapporter. Participer à la guerre de la communication, orchestrée ici côté thaïlandais. Mais il en va de même bien sûr côté cambodgien. Direction l’aéroport de Buriram. Puis, pour deux heures de route vers le poste frontière de Chong Chom, dans la province de Surin.

Un pick-up ouvre la route, suivi de quatre minivans remplis de militaires et de deux autobus chargés de nous transporter nous, les témoins. Nous sommes quelques dizaines. Il y a là des Thaïlandais bien sûr, mais aussi des Chinois, des Japonais, des Singapouriens. Étonnamment assez peu d’Européens, hormis ceux qui travaillent pour des agences de presse. Et lepetitjournal.com. Dans le bus, on nous distribue notre ration d’eau et de petits gâteaux. Puis c’est la pause déjeuner, dans un joli endroit au bord de la route, à un quart heure de l’arrivée. Quelques plats thaïs et un soda. Comme en excursion. Encore. Mais il faut l’accepter, sinon, il ne fallait pas venir. Alors on se concentre sur le fond.
Des scammeurs chinois, hongkongais et cambodgiens
Frontière en vue. Une grille bleue et des drapeaux thaïlandais. Tout le monde descend.

Explications, historique, programme. En thaï puis en anglais. Le communiquant n’est pas toujours le sachant. Le communiquant est un haut gradé, mis en avant pour cela. Le sachant est un homme de terrain qui joue le rôle du souffleur lorsque nos questions le nécessitent.

De l’autre côté de la grille, là où nous serons dans quelques minutes, c’est le Cambodge. L’endroit s’appelle O Smach. Sur 500 raïs - soit 800.000 mètres carrés ou 80 hectares - un village aujourd’hui occupé par la Thaïlande. « Nous ne nous demandons pas à qui appartient le territoire, expliquent les militaires. Ce n’est pas le problème du moment. Nous gérons une question de sécurité pour les Thaïlandais. Il s’agit simplement de nous protéger. »

Plan à l’appui, on nous explique la physionomie des lieux : 2 casinos à l’entrée, 157 bâtiments sont 29 anciennement occupés par les activités des scammeurs chinois, hongkongais et cambodgiens, un hôpital. Nous découvrirons aussi des boutiques, des restaurants, salons de massage et autres lieux d’accueil pour ceux qui veulent venir s’encanailler.


Des immeubles habitables ou en construction et d’autres criblés de balles. Un village entier que les mafias se sont partagé jusqu’à la fin de l’année 2025.


Des milliers de travailleurs exploités
Les Thaïlandais sont arrivés là le 25 décembre dans le but d’en déloger des snipers. Ils connaissaient les activités de jeu mais pas encore toutes les activités illégales qui se cachaient dans les immeubles avoisinants, nous disent-ils. Une véritable ville dédiée au délit et au crime. C’est en pénétrant dans les bâtiments pour monter sur les toits installer leurs propres snipers qu’ils découvrent ce qu’il se passe dans les étages et les sous-sols. Des milliers de travailleurs sont exploités là. Ils sont de plus de dix nationalités. Ils sont arrivés de leur plein gré ou non. Derrière leurs ordinateurs et devant les scripts qui leur ont été écrits, ils arnaquent en Chine, au Vietnam, aux États-Unis, en Europe, dans des décors reconstitués d’entreprises ou d’administrations.





Lorsqu’ils atteignent les objectifs, c’est la fêté autour des autels et du roi dollar, plutôt faux que vrai…


Lorsqu’ils échouent, ils sont enfermés et torturés dans des chambres sans fenêtres au sous-sol.


Leurs chambres habituelles valent à peine mieux.

Les « boss » attendent tranquillement, eux, dans leurs canapés de cuir.

Mais ça, c’était avant…
En venant assurer la sécurité de son territoire et de sa population, l’armée thaïlandaise a également permis de démanteler ce vaste réseau d’arnaque et de traite des êtres humains. Concernant l’avenir de O Smach, il sera temps d’en parler lorsque la situation sera un peu plus apaisée.
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