Édition internationale

URBANISME - La colonisation du site de Banragaroo

Écrit par Lepetitjournal Sydney
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Le site industriel de Barangaroo au nord-ouest du centre de Sydney fait l'objet d'un plan de développement immobilier ambitieux et polémique. La mémoire du peuple Aborigène qui a inspiré ce lieu pendant des milliers d'années sera probablement de nouveau écrasée sous la pression des promoteurs immobiliers.

image Wikipedia Commons

Le dernier bastion du centre-ville
Le site de Barangaroo se situe au bout de la pointe ouest de l'ile de Benelong qui abrite l'iconique opéra de Sydney. Ce site, habité pendant 40.000 ans par des peuples Aborigènes, puis colonisé, a été pendant l'époque récente, le port commercial de Sydney. Le site fut progressivement abandonné lorsque Port Botany fut construit pour accueillir des navires de plus en plus gros. Barangaroo est alors devenu une zone industrielle et l'un des derniers bastions à conquérir pour les promoteurs immobiliers de la ville. Il fait aujourd'hui l'objet d'un projet de développement les plus polémiques de la ville.

Un site historique
Barangaroo est le nom de la deuxième épouse de Bennelong, un Aborigène de la tribu des Eoras qui servit d'intermédiaire entre les colons britanniques et les Aborigènes lors de l'arrivée des Européens en Australie .Son épouse Barangaroo, fut la première femme aborigène à apprendre l'anglais et à contribuer à enseigner la culture aborigène aux colons britanniques.  C'était une femme puissante et indépendante qui refusait de porter des vêtements même aux réceptions du gouverneur. Barangaroo est une figure de l'histoire de la colonisation en Australie. Elle s'opposa vigoureusement aux efforts de conciliation entre les colons et son mari Bennelong, ce qui causa sa perte.

Le projet de mémorial bafoué
Aujourd'hui, le site qui porte son nom est en phase de devenir un immense complexe touristique et immobilier. Les leaders et les gardiens de la culture aborigène le déplorent et le contestent. Un musée de l'histoire et de la culture aborigène avait été initialement planifié sur ce site qui a été le témoin du mode de vie aborigène durant des milliers d'années, un lieu de mémoire honorant l'une des cultures les plus anciennes du monde aurait fait honneur à la nation australienne. On parlait d'un mémorial du type de ceux que l'on peut trouver à Washington consacré aux indiens d'Amérique, les premiers occupants du continent, au c?ur de la capitale fédérale des États-Unis, la valeur symbolique était forte. Le gouvernement de la nouvelle Galles du sud en a décidé autrement préférant visiblement l'abomination commerciale d'un autre site comme ?Darling Harbour? à la préservation d'une mémoire, d'un héritage historique et culturel.?

Une autre icône architecturale après l'opéra
Tout comme la beauté des plages et des paysages attirent des milliers de touristes à Sydney chaque année, un monument iconique comme peut l'être l'opéra aurait pu être construit. Des architectes australiens de grande renommée comme Roger Barrett, architecte du Musée Getty a Los Angeles ont fait de multiples déclarations sur l'importance du site et sa préservation : ?La construction d'un monument iconique sur ce site fournirait au peuple aborigène australien une opportunité de rendre visible au monde entier une culture qui fait partie du paysage depuis plus de 40.000 ans.?

Le plan de développement de Barangaroo prévoit trois phases : la première, au sud du site, commencera en 2011 et prévoit la construction de 5 nouvelles tours résidentielles, 7 nouvelles tours commerciales et un restaurant sur la jetée. La mémoire du peuple aborigène semble bel et bien perdue.


Flore Gregorini (www.lepetitjournal.com/sydney.html) vendredi 26 novembre 2010

Le Petit Journal Sydney
Publié le 25 novembre 2010, mis à jour le 14 novembre 2012
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