Édition internationale

SUPPRESSION DE LA BINATIONALITE - Qu’en pensent les Franco-Australiens ?

Écrit par Lepetitjournal Sydney
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Le débat sur la suppression possible de la pluri-nationalité est récurrent en France ces derniers mois. Le débat ne touche pas seulement les étrangers demandant l'acquisition de deux nationalités. Il pourrait avoir aussi un effet sur les Français de l'étranger ayant ou souhaitant acquérir une deuxième nationalité. Lepetitjournal.com a interrogé les Franco-Australiens


La suppression de la binationalité, où en est-on?

Une première balise avait été posée par le gouvernement en introduisant dans la loi du 17 juin 2011 une disposition imposant aux demandeurs de nationalité française de déclarer leur(s) autre(s) nationalité(s).

Par la suite, plusieurs députés avaient demandé la suppression de la bi-nationalité. À l'occasion de l'examen du projet de loi sur l'immigration, l'intégration et la nationalité, un amendement stipulant que "l'acquisition de la nationalité française est subordonnée à la répudiation de toute autre nationalité" a été déposé. Il a finalement été retiré.
Finalement, c'est Claude Goasguen, Député UMP de Paris, rapporteur de la mission d'information sur la nationalité, qui communiquait à nouveau récemment sur cette idée : les prétendants à la nationalité française doivent renoncer à leur(s) autres nationalité(s). Dans un rapport communiqué largement à la presse, les modalités pratiques d'interdiction de la plurinationalité sont détaillées. Les enfants ayant deux nationalités ou plus devront choisir entre leur nationalité française et l(es)'autre(s) nationalité(s). Quant aux personnes souhaitant acquérir la nationalité française, elles devront répudier leurs autres nationalités. Finalement le rapport de Monsieur Goasguen ne sortira pas officiellement et ne débouchera pas sur des préconisations législatives.

Réactions en France

A gauche comme à droite, les critiques n'ont pas manqué de se faire entendre. Seule une voix favorable, celle de Marine Le Pen, qui dans un courrier envoyé le 30 mai aux 577 députés de l'Assemblée nationale, les pressait de rouvrir le débat sur l'interdiction de la double nationalité pour les citoyens français, expliquant que le "sentiment d'appartenance à une même nation" est en danger du fait de la "multiplicité des appartenances à d'autres nations".

Qu'en pensent les Franco-Australiens ?

L'Australie autorise la double nationalité depuis 2002. Selon le dernier recensement de 2006, il y aurait 19.189 résidents permanents en Australie qui seraient nés en France et parmi eux, 12.735 auraient acquis la nationalité australienne. Lepetitjournal.com a interrogé quelques uns de ces ?Franco-Australiens?, installés depuis plus ou moins longtemps dans le pays et qui ont tous fait le choix de demander la nationalité australienne pour des raisons diverses, essentiellement pratiques, mais qui ont tous un point commun; leur attachement de coeur à l'Australie et à la France.

Catherine confie : ?J'ai la double nationalité. Française de naissance, je suis venue habiter en Australie quand je me suis mariée. Je suis maintenant française et australienne, mais il est difficile de perdre ses racines? le choix serait difficile. Si je redevenais française à part entière je ne pourrais rester ici facilement et beaucoup d'emplois me seraient fermés; si je devais rentrer en France qu'y ferais-je? Pas de retraite pour y vivre, pas de sécurité sociale en cas de maladie?J'aimerais rentrer en France.. mais ce serait recommencer à zéro.. et à 60 ans c'est difficile? comme beaucoup je me sens déchirée entre les deux pays, n'appartenant ni à l'un ni à l'autre entièrement?

Patrick: ?Il me semble que la myopie des discussions en France oublie une dimension importante : celles des Français qui ont choisi de prendre une seconde nationalité, et ne sont pas prêts à renoncer à leur nationalité française. On ne tourne pas le dos à ses racines comme ça ! Mais je suis fier de cette double appartenance, je me sens partie d'une dynamique plus large, plus ouverte, et a bien des égards, plus dynamique qu'une seule d'entre elles. C'est un enrichissement, et je ne vois pas au nom de quelle idéologie, l'une ou l'autre de mes nationalités me serait retirée. Je le considérerais comme une trahison et un rejet.?

Jean: ?Difficile de croire qu'une telle loi puisse avoir trouvé racine dans les cervelles de nos élus?! Français, expatrié dès le jeune âge de 22 ans pour le compte d'une société Française dont je finis par devenir de directeur pour l'Australie, je suis marié à une Australienne qui a pris la nationalité Française avec grand coeur. Ayant acquis la nationalité Australienne moi-même afin de pouvoir exercer mes droits ici, santé etc,  j'ai aussi opté pour prendre ma retraite en Australie. Ceci n'empêche pas que j'ai gardé un pied à terre en France où nous passons souvent nos vacances ainsi que nos trois enfants, tous bilingues.?

Marie Claude: ?La bi-nationalité est à double tranchant car, à un moment il faut faire un choix, il faut poser ses valises et construire ses racines. C'est en étant entre deux cultures que l'on ne parvient pas à se construire. On fantasme sur l'un et l'autre sans se fondre dans la réalité. Lorsqu'on devient responsable de ses actes dans une société humaine on assume les droits et les devoirs qui vont avec. On s'investit donc pleinement ici ou ailleurs.?

Anne: ?Avoir la nationalité australienne cela permet d'être sur qu'on aura toujours quelque chose à voir avec l'Australie... pouvoir partir... puis revenir..... bref, le choix du futur. Cela facilite aussi psychologiquement l'idée d'un éventuel retour en France. Pouvoir choisir ou l'on veut vivre.   C'est aussi une façon de reconnaitre son attachement à un pays. Pour moi, c'est clairement quelque chose de personnel entre moi et l'Australie. Ce n'est pas juste une formalité. Si je devais choisir, je choisirai la nationalité française, mais ce serait très difficile, parce que je pense qu'on peut tout à fait aimer deux pays. C'est ridicule de dire qu'on doit choisir parmi deux nationalités. ?

Le débat risque de ressurgir pendant la campagne électorale pour la présidentielle et les quelque deux millions de français vivant à l'étranger voteront en 2012 pour la présidentielle mais aussi pour leur députés. Il ne fait pas de doute que ce sujet sera sensible pour ces populations.

Flore Gregorini (www.lepetitjournal.com/sydney.html) jeudi 7 juillet 2011

Le Petit Journal Sydney
Publié le 6 juillet 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos