

La portée des Jeux 2014 de Glasgow dépasse le simple cadre du sport. Après la pluie de médailles et de podium, le moment est venu de se demander si les Jeux du Commonwealth ont été taxés d'anachronisme à tort ou à raison.
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Les Jeux 2014 du Commonwealth de Glasgow se sont achevés dimanche 3 août, lors d'une magnifique cérémonie de clôture marquée par le show de l'Australienne Kylie Minogue. Ils ont mis aux prises quelques 71 délégations, du 24 juillet au 3 août, soit un peu plus de dix jours de compétition, offrant ainsi aux pays membres l'occasion de montrer au reste du monde que le Commonwealth n'est pas une organisation superflue. Mais le Commonwealth sert-il encore à quelque chose ? Les joutes de Glasgow sont-elles l'arbre qui cache la forêt ? Ou est-ce qu'au contraire Glasgow est le symbole d'une organisation qui a encore du poids ?
Rappels sur le Commonwealth.
Le Commonwealth est une organisation inter-gouvernementale créée en 1931, une libre association de 53 pays souverains et égaux. La majorité des pays sont d'anciennes colonies britanniques devenues indépendantes durant le XXe siècle. Ils sont unis par des intérêts communs, mais ils ne sont liés par aucun traité. Ils partagent des valeurs et une culture communes, ainsi que la même langue. Le Commonwealth est considéré comme une conséquence voire une version « soft » de l'Empire britannique. Mais il ne faut pas nécessairement avoir été une colonie britannique pour adhérer au Commonwealth, il faut manifester la volonté de partager ses valeurs démocratiques. Ainsi, en 1995 le Mozambique, ancienne colonie portugaise, intègre le Commonwealth, tout comme le Rwanda en 2009, pays de culture francophone (via la Belgique).
Les Jeux de Glasgow ont connu une popularité relative
« L'Ecosse, Glasgow, vous avez vraiment organisé en tous points les meilleurs Jeux du Commonwealth », a dit Prince Imran président de la fédération des Jeux du Commonwealth, durant la cérémonie de clôture. Il est vrai qu'au regard de l'échec des derniers Jeux du Commonwealth à New Delhi (stades à moitié vides), les Jeux de Glasgow ont connu une popularité relative. En Ecosse, la popularité de l'événement s'est ressentie dans les sondages du référendum sur l'indépendance (vote le 18 septembre 2014), la part du « oui » ayant diminué de 1,4 point après les Jeux. Peter Tate, PDG de la division NSW de l'association australienne des Jeux du Commonwealth (ACGA), souligne qu'en Australie la couverture médiatique a été relativement importante tout comme l'intérêt des écoliers dans les écoles australiennes. Mais il concède que l'engouement autour de ces Jeux ne peut atteindre les mêmes niveaux que ceux des Jeux Olympiques ou du mondial de football. D'ailleurs les Jeux du Commonwealth n'attirent pas toujours les meilleures têtes d'affiche.
Alors, face à leur popularité relative, que faut-il penser des Jeux du Commonwealth ? Qu'ils symbolisent une organisation ?le Commonwealth? vigoureuse et active dans le monde d'aujourd'hui ? Ou qu'ils ne sont que les vestiges d'une organisation peu utile ou influente ?
Les droits de l'homme, cheval de bataille du Commonwealth
Les pays du Commonwealth entretiennent des liens économiques étroits à travers des partenariats commerciaux. Les pays membres bénéficient de tarifs douaniers préférentiels pour exporter des produits agricoles majoritairement. L'Australie exporte ainsi vers l'Angleterre des quantité importantes de laine, blé, farine, viande, beurre et de sucre. Mais le commerce ne constitue pas l'objectif principal du Commonwealth. Sa mission est plutôt la défense des valeurs universelles de la démocratie et des droits de l'homme. C'est pourquoi le Commonwealth a lutté avec ferveur contre l'Apartheid dans les années 1970-1980. C'est aussi pourquoi le Commonwealth a suspendu à deux reprises le Pakistan, en 1999 après le coup d'Etat militaire, et en 2007. La réaffirmation constante des bons principes démocratiques depuis 1931 s'est aussi concrétisée par des missions d'observation électorale de pays en développement membres du Commonwealth. Selon le gouvernement canadien, en 2012, le Commonwealth avait pu organiser des missions d'observation électorale dans 18 États membres du Commonwealth, y compris le Nigéria, la Tanzanie, le Ghana et le Bangladesh, afin de veiller au bon déroulement du processus démocratique.
Toutefois, les déclarations du Commonwealth ne sont pas toujours conformes à la réalité. En 2013 Jean Pierre Sergeant, professeur émérite à la Sorbonne, déclarait sur France-Culture qu'il y avait parfois une incohérence entre les déclarations du Commonwealth (réaffirmation constante des principes démocratiques) et la réalité. En effet, parfois le Commonwealth peine à se faire entendre. Au Zimbabwe il a longtemps condamné les agissements du dictateur Mugabe, sans succès. Pire encore, et plus récemment, le sommet du Commonwealth s'est tenu au Sri Lanka, pays particulièrement autoritaire, qui sort d'une guerre civile de 40 000 morts, et dont le parti au pouvoir refuse de reconnaître les crimes de guerre dont il s'est rendu coupable. L'appartenance même du Sri Lanka au Commonwealth pose déjà problème, mais alors de là à y tenir un sommet ? Le Canada, l'Inde et Maurice ont d'ailleurs boycotté ce sommet, afin de protester contre un Commonwealth qui ferme les yeux devant la violation flagrante des droits de l'homme et des valeurs de l'organisation. Les résultats du Commonwealth sont donc mitigés en matière de défense des droits de l'homme.
Les Australiens sont moyennement attachés au Commonwealth
D'ailleurs, selon un sondage effectué en 2010 par une ONG, la Royal Commonwealth Society, seulement un tiers des Australiens regretteraient le Commonwealth s'il venait à disparaître. A titre de comparaison, un tiers des Anglais et deux tiers des Indiens le regretteraient, selon le même sondage.
En définitive, les Jeux de Glasgow sont peut être à l'image du Commonwealth, une organisation qui a la volonté de se préserver, mais qui n'a pas toujours les résultats escomptés.
Stanislas Nouveau (lepetitjournal.com/sydney), mardi 12 août 2014





