

Depuis quelques temps dans notre monde occidental un phénomène récurrent touche le bitume des centres villes - peu importe que la température descende, la jupe des filles remonte
En 1965, Jean Shrimpton, un des premiers mannequins en vogue, débarqua de l'Angleterre en Australie. Venue célébrer la Melbourne Cup, elle provoqua un véritable tsunami. Effectivement, la jeune Anglaise offrit aux spectateurs la vue d'un genou nu. Le temps des courses et au galop, la jeune Anglaise s'est vue nommer des pires noms d'oiseaux.
Aujourd'hui, Shrimpton passerait presque pour une rescapée d'un camp Amish. Dans la rue, la mini se marie aux talons vertigineux, push-up sous t-shirts échancrés, maquillage à outrance et cheveux soigneusement arrangés. Alors, en plein hiver, quand le vent glacé souffle sur le pavé, quelle signification donner à aussi peu de tissu à promener?
Créée à Londres par la styliste Mary Quant, sublimée par Courrèges et adoptée par la rue, la mini-jupe est devenue le symbole de libération de la femme. Un véritable porte-parole du combat pour l'égalité des sexes. Dix centimètres de tissus capables de tant de choses ! Elle inspira cinéastes et musiciens, donna du fil à retordre aux puritains. A la fois révolutionnaire, féminine, provocatrice, elle aurait le pouvoir de définir à tort ou à raison la nature de celle qui la porte.
Il y a deux ans, lors d'un colloque universitaire sur la prévention des crimes, un policier de Toronto suggéra à son audience de ne pas s'habiller comme des "salopes" afin d'éviter les agressions. Depuis, on assiste à des manifestations éponymes, les marches "SlutWalk". Les jeunes femmes légèrement vêtues, dénoncent le fait d'excuser ou d'expliquer un viol par la manière de se vêtir. A Melbourne, la prochaine aura lieu à la fin de cet hiver.
Utiliser des tenues racoleuses comme arme de combat peut paraître peu convaincant. On peut critiquer "SlutWalk" mais on ne peut pas lui enlever sa part de lutte féministe.
Le mouvement qui s'est rapidement propagé dans différentes contrées est une preuve qu'il y a encore beaucoup de problèmes à régler. De la mini-jupe, on n'a pas fini d'en parler.

Avoir le droit de porter ce que bon nous semble, s'épanouir et exprimer sa créativité à travers une étoffe, sont des aspects qui appartiennent au concept de liberté. On ne devrait donc jamais l'entraver. Rien de plus normal aussi que de vouloir être sexy. Mais la micro-jupe, celle dont nous parlons aujourd'hui, associée à toute une panoplie de reine de beauté, qu'a-t-elle véritablement à voir avec le sex-appeal ? La féminité ? La liberté ?
Certes, s'approprier le bleu de travail a toujours été à la mode. On porte bien la marinière en chevauchant des santiags. Et mélanger le genre n'est plus une nouveauté, la marque Chloé a bien sorti un pyjama qui se porte en journée. Cependant, pourquoi emprunter le code vestimentaire plus apparenté à la fille de joie qu'à la femme fatale ?
La culture populaire a peut-être un rôle à y jouer. Les Kim Kardashian, Rihanna ou autres starlettes véhiculent une image à laquelle on peut vouloir aspirer. Après tout, elles sont riches, célèbres, adulées et présentes sur tous les supports, donc faciles à imiter. Mais du papier glacé à la rue, bizarrement tout semble diffèrent. D'un côté des garçons en jean basket et de l'autre, des filles qui grelottent très coquettes.
Julia Roberts dans sa période Pretty Woman en tant qu'incarnation du glamour, c'est Jacques Helleu, feu DA des parfums Chanel qui serait ravi. Lui qui disait qu'il était inutile de porter une mini-jupe si on ne savait pas croiser les jambes...
Pourtant, ne sont pas rares les femmes qui, maladroitement, ne cherchent que de l'attention et au final de l'amour. Il est sans doute plus facile de se faire remarquer par un mâle ainsi habillée. La femme chercherait donc à éliminer les autres femmes afin de toucher le c?ur de l'homme. Théorie de l'évolution appliquée à la séduction.
A l'heure où tout est devenu porno-acceptable, rien de tout ça ne semble vraiment choquer. Voir des filles aussi apprêtées relève plus du ridicule et on se dit que ça va leur passer. Et c'est vrai. Mais, n'est-ce pas triste de constater qu'après avoir mis autant le paquet, la demoiselle qui titubait au bras de son cavalier transforme sa jupette en survêt une fois la jeunesse passée.
Sabine Batko Mittelman (www.lepetitjournal.com/melbourne) Vendredi 8 Juin 2012





