

Les cas de syphilis, de chlamydia et de « chaude-pisse » ont bondi depuis l'année dernière. Ces infections sexuellement transmissibles ont « un seul dénominateur commun » : les rapports sexuels non protégés.
Le préservatif ? « J'ai jamais essayé, parce que c'est du plastique. » Sur un banc du Centre de la mère et de l'enfant, à Pirae, la jeune fille de 16 ans ajoute, catégorique : « Tu sens rien, tu sens pas le pénis, c'est une copine qui m'a dit. » Au fenua, les infections sexuellement transmissibles (IST) ont explosé entre 2014 et 2015. « La syphilis, la chlamydia et la chaude-pisse ont un seul dénominateur commun : les rapports sexuels non protégés », explique le docteur Lam Nguyen Ngoc, responsable du centre des maladies infectieuses et tropicales.
Alors, les capotes n'auraient-elles plus la cote ? Les jeunes, en tout cas, semblent s'être passés le mot, puisqu'une autre jeune femme, de 19 ans cette fois, persiste et signe quelques minutes plus tard : « Je n'ai jamais essayé, parce que c'est du plastique, alors t'as pas de plaisir. » Le bonheur se fracasse sur le prix des préservatifs, oscillant entre 400 et 1 200 francs la douzaine. « Avant, on avait des distributeurs à 100 francs. Maintenant, tu dois acheter la boîte entière? », regrette un jeune vendeur dans une grande surface, qui constate régulièrement des vols.
Plusieurs structures sociales, comme le Centre de la mère et de l'enfant, en distribuent donc gratuitement. « On a des hommes, des femmes et des raerae, précise le service de protection maternelle. Ils viennent chez nous parce qu'ils n'ont pas beaucoup d'argent. » Le plus souvent toutefois, les demandes émanent des patientes des services gynécologique et obstétrique, de passage au Centre. Peu de gens feraient le déplacement uniquement pour avoir des préservatifs.
Les jeunes n'ont « plus d'excuse »
La capote ne semble pas non plus être un automatisme chez les lycéens de Paul-Gauguin. Ces amoureux, en première S, ont par exemple fait les choses à l'envers : « J'ai commencé par prendre la pilule, sans qu'on se protège, puis on a utilisé le préservatif », explique-t-elle. « On est conscient des risques, promet-il. Mais c'est vrai qu'on n'a jamais fait de dépistage. » Ni avant, ni après leurs rapports non protégés, qui n'étaient visiblement pas les premiers? Dans le fond, une grossesse non désirée semble beaucoup plus les inquiéter qu'une maladie infectieuse. « Les parents insistent surtout sur le risque que la fille tombe enceinte? », explique ainsi l'une de leurs amies. Résultat, à l'accueil du service de protection maternelle, un infirmier s'inquiète particulièrement du dernier bilan des IST : « La hausse des infections, ça fait peur. Et pourtant, on intervient dans les écoles et les collèges. »
Des pharmaciens ont le sentiment que la prévention n'est pas suffisante, mais d'après l'infirmier, les jeunes n'ont « plus d'excuse » : ils seraient bien mieux informés aujourd'hui que leurs aînés en leur temps. « Je dirais simplement que le préservatif n'est pas vraiment dans les m?urs des Polynésiens, soupire-t-il. Les hommes, surtout, sont assez réticents. »
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C'est le nombre de préservatifs, toutes marques confondues, qui ont été importés en 2015 sur le territoire. Ils sont exonérés de droits et taxes, puisqu'il s'agit de produits de première nécessité (PPN).
Par maladie
- VIH/sida : on en parle peu ou prou depuis la fermeture de l'association Agir contre le sida à la fin de l'année 2014, mais 120 personnes sont aujourd'hui déclarées séropositives en Polynésie.
- Syphilis : elle toucherait 12 millions de personnes sur la planète chaque année, selon l'Organisation mondiale de la santé, est en plein boom au fenua. De 30 cas en 2014, on est passé à 83 en 2015.
- Chlamydia/Gonoccocie : elles se répandent elles aussi au fenua, passant respectivement de 136 et 63 cas en 2014, à 272 et 145 en 2015.
Dans les collèges et les lycées publics
Des Comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) sont en train de se mettre en place afin que les personnels éducatifs, des élèves et des parents puissent définir ensemble le plan de prévention de la violence ou encore le programme d'éducation à la santé et à la sexualité le mieux adapté à leur environnement.
Les Nouvelles Calédoniennes, vendredi 06 mai 2016





