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MODE - Made in où ?

Écrit par Lepetitjournal Sydney
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

 

Après le Rana Plaza en 2013, les choses commencent à bouger dans l'industrie de la mode. Les consommateurs veulent une mode plus éthique. Les marques les ont entendus et les politiques publiques vont aujourd'hui dans ce sens. 

On se souvient tous de l'effondrement du Rana Plaza en 2013 au Bangladesh, cet immeuble qui abritait plusieurs usines de vêtements qui travaillaient pour les marques de mode les plus populaires dont Mango et Primark. A partir de cet accident qui a couté la vie à au moins 1135 personnes, le monde a commencé à prendre que les vêtements achetés peu cher dans les boutiques n'étaient pas forcément produits avec éthique.

Dès lors, les labels « made in » ou plus éthiques ont commencé à se développer, notamment le « Made in France » et ses ambassadeurs de choix : Armor Lux et « Le Slip Français » coté vêtements et un Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif poser à Une du Parisien en marinière pour vanter les mérités du label.  Si ce genre de label s'est développé en France, il en est de même en Australie où certaines marques commencent à relocaliser leur production. 

Les conditions de travail des salariés du Bangladesh étaient désastreuses, catastrophiques, terrifiantes. Néanmoins, en délocalisant une partie de la production de vêtements, le pays a pu se développer économiquement et socialement, en autorisant notamment les femmes à travailler. Plutôt que de chercher à améliorer les conditions de travail des ouvriers du Bangladesh, les marques impliquées qui avaient fait travailler les ouvriers dans ces terribles conditions ont préféré relocaliser leur production dans les pays développés. Les ateliers clandestins sont alors réapparus dans certains pays développés  

En Australie notamment, les ateliers clandestins sont réapparus avec des conditions quasiment identiques à celle du Rana Plaza en 2013. A Melbourne, en 2010 des ateliers de fabrication de vêtements clandestins qui travaillaient pour les marques australiennes Portmans ou Jacqui-E. Les ouvriers étaient payés 10 dollars pour chaque robe fabriquée, robes vendues ensuite 600 dollars dans les magasins. Même les syndicats des travailleurs du textile ont admis que les conditions de travail en Australie sont parfois identiques à celles de l'étranger, c'est-à-dire du Bangladesh et de la Chine.  

Les entreprises ne peuvent cependant pas savoir d'où viennent leur produit. Les géants de l'industrie textile ont des chaines de production trop complexes pour connaitre exactement l'origine de leurs produits : entre l'origine des tissus de la main-d'oeuvre, les centres d'exportations, les compagnies de transport, de distribution, de marketing, il est impossible qu'une entreprise connaisse de A à Z toutes les étapes de sa fabrication. Cependant, ce sont à eux de faire le premier pas pour maitriser leur chaine de production et les rendre transparentes. 

Comment des personnes en Australie peuvent se laisser exploiter alors que la loi protège un minimum les salariés. En réalité la plupart ne parlent pas anglais ou ne connaissent pas la loi australienne et leurs droits. Ils ont surtout peur de perdre leur travail s'ils parlent de leur situation aux autorités australiennes, donc ils préfèrent se taire et subir leur condition. L'avantage de ces ateliers en Autralie pour les marques est clairement économique. Grâce à eux, ils peuvent écrire « Made in Australia » sur les vêtements, ce qui dans l'imaginaire collectif est synonyme de qualité et de fabrication. Or, cette mention ne signifie rien : elle ne donne en effet aucune indication sur la provenance des tissus et les conditions de travail des ouvriers 

90% des entreprises australiennes ne connaissent pas la provenance du coton utilisé dans leurs produits. Sachant que les premiers producteurs de coton au monde sont l'Inde, la Chine et le Pakistan, on peut se douter que les conditions de travail dans les champs de coton ne sont pas les meilleures du monde. Dans l'imaginaire collectif cependant , un label « made in Australia » sera toujours mieux vu qu'un label « made in China » en terme de qualité des produits et de condition de production. Cependant, cette image n'est plus d'actualité. Grâce à l'ouverture de la Chine, le pays s'est développé et modernisé. Les évolutions ont permis une amélioration des conditions de travail et de vie des Chinois en même temps qu'une amélioration de la qualité des produits.  

En conséquence, les consommateurs veulent connaitre la provenance des produits qu'ils achètent. L'accident du Rana Plaza a déclenché un électrochoc dans les pays consommateurs de vêtements peu chers et permis le développement d'une mode éthique. Le géant suédois H&M a d'ailleurs lancé une ligne éthique : les vêtements sont fabriqués en coton bio et les consommateurs peuvent tracer exactement l'origine des vêtements. Même l'Australie, au niveau national a décidé la mise en place d'un label « Ethical Clothing Australia » pour certifier les vêtements produits de manière éthique.  

Simon Arrestat, lepetitjournal.com/sydney, lundi 16 mai 2016

Le Petit Journal Sydney
Publié le 16 mai 2016, mis à jour le 6 janvier 2018
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