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LEGISLATIVES 11e CIRCONSCRIPTION - Florian Bohème (PS) : "Je suis le candidat du renouvellement"

Par Lepetitjournal Sydney | Publié le 24/05/2017 à 05:39 | Mis à jour le 25/05/2017 à 04:25

Florian Bohème, le candidat du Parti Socialiste pour les législatives dans la 11e circonscription des Français de l'étranger était en déplacement en Australie en début de semaine. A 32 ans, ce chef d'entreprise, qui vit au Cambodge, souhaite devenir le porte-parole d'une nouvelle génération politique auprès des Français de l'étranger. A moins de deux semaines des scrutins, le Petit Journal de Sydney a pu interroger le candidat sur son parcours, ses convictions et ses engagements pour les Français basés en Australie.

Qui êtes-vous ? Quel est votre parcours ? 

Je suis issu d'une famille modeste - mes parents étaient commerçants. J'ai fait un bac professionnel dans l'hôtellerie-restauration, ce qui me sert aujourd'hui dans le cadre de mon métier au Cambodge (il vit à Siem Reap, ndlr). Ensuite, j'ai repris un cycle de licence d'Histoire et c'est comme ça que je suis arrivé, quelque part, à la vie politique. J'ai notamment été collaborateur à la ville de Paris en tant que chargé de mission sur les questions de citoyenneté des jeunes pendant six ans. J'ai continué sur un parcours militant au sein du PS (Parti Socialiste) et j'ai terminé comme chef de cabinet de la ministre de la Francophonie de 2012 à 2014.

Comment en êtes-vous venu à vous engager en politique ?

Je suis arrivé dans la vie politique d'abord par des engagements très personnels, dans la lutte contre les discriminations, et principalement dans la lutte contre l'homophobie. Toute une partie de la société française subit aujourd'hui au quotidien des brimades, des discriminations. Sur l'homophobie, il y a un exemple très concret, c'est l'affaire Cyril Hanouna qui vient de se passer : c'est juste honteux de continuer à traiter les homosexuels comme ça. Il ne faut pas oublier qu'ils ont aussi été gazés pendant la deuxième guerre mondiale. On l'oublie souvent, mais c'est une réalité et à chaque fois qu'on continue à attaquer cette communauté, c'est un vrai problème, car la France n'est pas capable d'accepter tous ses citoyens. Quelle que soit notre couleur de peau, quelle que soit notre origine, quelle que soit notre orientation sexuelle, quels que soient nos choix de vie, on est d'abord Français, et ça, il va falloir que la République le comprenne un jour. Il faut que la France se soigne de ça, qu'elle arrête sans arrêt de brimer parce qu'on serait noir, parce qu'on serait d'origine arabe ou parce qu'on serait gay. Je le dis très clairement, ce n'est plus acceptable.

Ici en Australie, je trouve que ça fonctionne plutôt bien : il y a plusieurs communautés, il y a des gens qui vivent ensemble, et tout ça fait une nation.

Un projet résolument social, donc...

C'est comme ça que je suis arrivé à la politique. Je me suis d'abord engagé dans la lutte contre les discriminations et après très logiquement, on va dire, je me suis engagé à gauche. Ce sont mes valeurs, des valeurs d'égalité, des valeurs de solidarité, celles qui font en sorte qu'on soit toujours dans une société de progrès, qu'on puisse faire avancer, évoluer les choses. Il y a un contexte aujourd'hui qui n'est pas simple : la gauche sort de cinq ans de pouvoir, tout n'a pas été réussi, mais notamment sur ces questions de société, il y a quand même des choses qui ont avancé.

Quels sont les principaux engagements que vous prenez concernant les Français de établis en Australie ?

L'Australie est un pays très grand. Ici, on a qu'un seul consulat général, situé à Sydney. On estime entre 60 et 100.000 le nombre de Français dans toute l'Australie : ce que je souhaite, c'est faciliter la vie administrative de ces derniers. Être Français à l'étranger, ça veut dire quoi ? Ca veut dire qu'on porte une culture, celle de la France, mais vous avez aussi un petit bout de papier qui s'appelle un passeport et sur lequel c'est marqué "République Française". Ce petit bout de papier, c'est très compliqué par exemple de le faire refaire quand vous êtes en Australie, parce que vous êtes parfois loin du consulat, des fois même à plusieurs heures d'avion... Donc ce que je souhaite, c'est que la France simplifie les démarches. On a ce que l'on appelle un dispositif, c'est ce que l'on appelle la valise ITINERA. C'est tout simplement un ordinateur portable sécurisé qui permet aux consuls de faire le tour du pays et aux Français qui souhaitent faire ce type de démarche de le faire directement dans la ville où ils sont. Je prend un exemple concret : le consul général, ici, à Sydney, va à Brisbane, et les Français de Brisbane peuvent, à cette occasion, refaire leur passeport.

Il y a une autre question, en Australie, qui est extrêmement importante : c'est celle de l'accès à l'éducation en langue française. C'est la priorité numéro un des Français à l'étranger. Nous avons en Australie des lycées français, qui font l'enseignement en langue française, mais à côté de cela, je crois qu'il faut continuer à développer des établissements partenaires. Hier, j'étais par exemple à la Killarney Heights Public School, qui est donc une école publique australienne qui propose, grâce au Label France Education, des programmes en langue française. Là-dessus, je crois que l'Australie, demain, peut être un pays pilote pour faire en sorte qu'il y ait de plus en plus d'établissements partenaires. Et là j'adresse un message aux Français basés en Australie : "Vous n'avez peut-être pas accès à la langue française, mais allez-y, retroussez-vous les manches et organisez vous-même des initiatives pour pouvoir monter des projets d'éducation en langue française. Si moi, demain, je suis élu député, je vous accompagnerai sur ces mesures là".

Je fais par ailleurs une proposition extrêmement concrète sur l'accès aux bourses scolaires. Il y a eu une réforme qui a été menée là-dessus en 2012 et qui, d'une manière générale, a permis d'avoir plus de boursiers. Il y a 1500 boursiers en plus par rapport à la précédente version. Ce que je souhaite demain, c'est que les conseillers consulaires, les élus locaux des Français, puissent avoir un droit de regard beaucoup plus affirmé sur ce qui se passe sur les bourses et puissent notamment décider de moduler les critères en fonction des réalité locales. Ce qui veut dire, par exemple, mieux prendre en compte les prix de l'immobilier, l'évolution du niveau de vie et les distances. Quand vous devez faire une heure ou une heure et demi de transport scolaire pour accéder au lycée, et bien ça, ça a un coup, et si la France peut aider, grâce aux bourses, à accompagner ces parents, et bien il faut aussi le faire. Mais ça, c'est aux élus, qui ont l'expérience du terrain, de prendre ces décisions. C'est pas le cas aujourd'hui, donc il va falloir faire bouger ça. 

 Est-ce que vous comptez vraiment faire bonne figure dans une  circonscription où on a quand même largement voté en faveur  d'Emmanuel Macron, le candidat d'En Marche !, au premier tour de  l'élection présidentielle ? 

 Il y a une réalité aujourd'hui, c'est que le nouveau président de la République  Emmanuel Macron est le candidat du renouvellement et du rajeunissement de la  vie politique. Il a 39 ans. Moi, j'ai 32 ans. Donc c'est bien moi le candidat du  renouvellement et du rajeunissement sur cette circonscription. Et puisque vous  parlez de politique politicienne - même si je n'aime pas trop ce terme - je dois  vous dire que je suis surpris du choix qui a été fait par le mouvement En Marche !  d'avoir choisi une candidate que bien peu de personnes connaissent, d'avoir  choisi un suppléant qui est ici en Australie, mais qui ne pourra pas voter pour sa  candidate, car n'étant pas inscrit sur les listes électorales en Australie. Je crois,    quand on fait de la politique, qu'il faut être extrêmement honnête et transparent.  Et moi je veux dire les choses : pourquoi est-ce que le mouvement En Marche ! a  choisi un suppléant qui au final ne peut pas voter dans cette circonscription ?  Qu'est-ce qu'on envoie comme message aux électeurs ?

Moi j'habite la circonscription, ma suppléante habite également la circonscription (Valérie Khan habite au Pakistan, ndlr), nous sommes des Français engagés auprès de nos communautés. J'ai 32 ans, je suis donc le candidat du renouvellement. Et pour répondre plus concrètement à votre question, le Président de la République est capable de faire un gouvernement avec la gauche et la droite, et demain, à l'Assemblée Nationale, il faudrait qu'il n'y ait que des députés d'En Marche ! ? Moi je dis aux électeurs : "Soyez libres, regardez les programmes". Et surtout, si vous avez voté pour Emmanuel Macron, parce que c'est le candidat du rajeunissement, c'est le candidat du renouvellement, et bien le seul dans cette circonscription, il s'appelle Florian Bohême. C'est celui qui a 32 ans. C'est celui qui, en effet, est de gauche, a des valeurs affirmées, mais peut discuter avec tout le monde. 

Est-ce que ce n'est pas un handicap aujourd'hui d'être étiqueté PS quand on voit la débâcle qu'a dû assumer Benoît Hamon (crédité de 6,63% des voix) au premier tour de l'élection présidentielle, et de la fracture au sein du parti ?

Le handicap, aujourd'hui, c'est de ne pas être transparent, de ne pas dire les choses, de ne pas dire la vérité. Moi, je suis membre du Parti Socialiste depuis 12 ans, et je le dis très clairement. Ce sont mes valeurs, je ne vais pas me cacher uniquement pour me faire élire. Je dis au gens "faites-moi confiance", parce que j'ai ces valeurs. Et je vous assure, ces valeurs, elles sont solides. Elles existent, et c'est ce qui a permis à la gauche les grandes avancées en France, ne l'oublions pas. Qui a fait la sécurité sociale ? Qui a fait les 35 heures ? Qui a fait la cinquième semaine de congés payées ? Qui a fait le mariage pour tous ? C'est la gauche. Et c'est grâce à ces valeurs. Donc, demain, si moi je suis élu député, je serai forcément un homme libre parce que j'en suis un. (Il hausse le ton) Vous croyez quoi ? Vous croyez que c'est facile d'être chef de cabinet d'un ministre et de décider de tout plaquer du jour au lendemain pour devenir un immigré français au Cambodge ? C'est mon parcours de vie et c'est celui de milliers de Français dans cette circonscription ! Oui la gauche ne va pas très bien en ce moment, c'est une réalité. Est-ce qu'on doit me faire porter la responsabilité à moi de toutes les vicissitudes de la gauche ? Eh ben non. Là aussi, j'insiste sur ce mot : "Soyez libres de votre vote. Ne vous laissez pas enfermer dans une logique". Moi demain, si je suis élu à l'Assemblée Nationale, bien sûr que je voterai des lois du Président Macron. Parce que je ne serai pas un député qui regardera passer des textes de loi et qui votera "oui" comme ça sans arrêt ! Non, par contre, je regarderai les textes de loi, j'essaierai des les enrichir... Parce qu'on est des Français de l'étranger, le député qui les représente doit s'occuper de notre représentation à l'étranger. De l'autre côté, il y a 566 députés qui ne sont pas à l'étranger. Rassurez-vous, ils s'occuperont très bien des problèmes de la France. Moi, je regarderai ce qui se passe, mais je veux avant tout m'occuper des Français de l'étranger.

Vous n'avez donc jamais pensé à vous engager aux côtés d'En Marche...

Ce ne sont pas mes valeurs. Je crois profondément aujourd'hui qu'il faut reconstruire la vie politique française. Ca passe par un changement de République. Ca passe par la moralisation de la vie politique. J'ai annoncé clairement sur mon site Internet que ma campagne électorale c'était 67.500 euros. Je ne dis pas que les autres auraient des casseroles, mais pourquoi ne font-ils pas cette démarche de transparence ? Pourquoi les candidats ne font pas preuve de transparence et ne le montrent pas ? 

Aujourd'hui, il faut dire qui on est. Et donc moi je suis en effet quelqu'un de gauche, du Parti Socialiste, et en plus je représente le renouvellement. Ce qui est surtout important aujourd'hui par rapport à En Marche !, c'est de voir comment ce mouvement va se structurer dans la durée. Pour l'instant moi je ne vois pas. 

Avec l'Australie, l'Europe de l'Est, la Russie et l'Asie, la 11e circonscription représente de nombreux expatriés français, présents dans des endroits totalement différents. Pensez-vous être en mesure de représenter l'ensemble de ces Français ?

Je peux vous l'assurer : c'est pas parce que j'ai 32 ans que je n'ai pas cette expérience. Première chose, par rapport au député sortant (Thierry Mariani, en lice pour les législatives dans la même circonscription cette année, ndlr), si demain je suis député, je m'engage à ne faire que deux mandats de député. Ca veut dire que je ne veut pas être un rentier de la République - le mot est fort, mais il faut dire les choses. Quand on est député depuis 24 ans, que finalement on ne sait pas faire autre chose dans la vie, nous sommes un rentier de la République. La deuxième chose, c'est que j'ai été chef de cabinet d'un ministre, ce n'est pas rien. C'est ça l'égalité républicaine. Moi, le petit Florian Bohème qui avait un bac pro, j'ai été chef de cabinet d'un ministre - la ministre de la Francophonie. Donc ça n'est pas rien. Ce parcours, cette expérience, je la met à profit des Français de l'étranger. Je la met surtout au service de cette nouvelle génération qui a envie d'être représentée. Si j'ai la carrure ? Là-dessus, il n'y a aucun problème. Comment est-ce que je souhaite organiser mon mandat ? C'est simple : le député doit être en cession à Paris le mardi et le mercredi, le reste du temps il doit aller à la rencontre des Français. 

Faire évoluer ce rôle de député, c'est aussi quelque chose de très simple que j'ai fait, c'est d'être en interaction permanente. Là, j'ai mes deux téléphones : on peut m'écrire sur Watsapp, sur Skype, sur Twitter, sur Facebook, sur Telegram... On peut me contacter ! Même si je ne suis pas physiquement dans le pays, les gens m'écrivent et sous deux heures, je leur répond. C'est ça le rôle du député aujourd'hui ! C'est ça avoir la carrure ! C'est pas d'imaginer que le député soit cette espèce de mec ou de nana au dessus de tout le monde... Non. Moi je suis ancré.

Si demain je suis élu député, je continuerai à vivre chez moi au Cambodge. C'est le pays que j'ai choisi, c'est le pays dans lequel je suis très heureux de vivre. On me pose souvent la question : "Au fait, vous allez habiter où ?". Moi, je continuerai à habiter au Cambodge. C'est 12 heures de vol (depuis Paris, ndlr). Je prend l'avion le soir à 18h au Cambodge, j'arrive le matin à 6h à Paris. Donc la question ne se pose pas.

Crédit photos : lepetitjournal.com

Propos recueillis par Adrien Lévêque, lepetitjournal.com/sydney, mercredi 24 mai 2017

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