

Malgré la forte présence de stupéfiants sur son territoire, l'Australie n'est pas la seule concernée par ce phénomène. Après avoir dressé un état des lieux des drogues en Australie dans la première partie de notre dossier, élargissons maintenant notre vision des choses pour mieux les comparer. Doit-on considérer l'Australie comme plus droguée que ses voisins ? N'est-elle pas au contraire le symbole d'une nouvelle tendance globale ? Par ailleurs, comment évolue l'accès à la drogue ? Notre analyse dans cette deuxième partie de notre enquête.
Bien que l'Australie soit dans une position remarquable, il ne s'agit pas d'un comportement isolé mais bien au contraire d'un phénomène global. Le marché de la drogue s'intensifie dans d'autres régions du monde, et ce, à partir d'une accessibilité jamais égalée.
L'Australie : symbole d'un phénomène global
Pour autant, malgré la particularité de l'Australie, il ne s'agit pas d'un comportement isolé mais bien au contraire d'un phénomène global. Le marché de la drogue s'intensifie dans d'autres régions du monde, et ce, à partir d'une accessibilité jamais égalée.
Depuis une dizaine d'années, la consommation de drogues récréatives est en constante progression dans le monde entier. Le dernier rapport de l'ONUDC publié en 2016 estime d'après ses données qu'1 adulte sur 20 à consommé de la drogue au cours de l'année 2014. (Le rapport annuel utilise en effet les données recensées deux ans auparavant). A l'échelle mondiale, cela représente les populations cumulées d'Allemagne, de France, d'Italie et du Royaume-Uni. Environ 275 millions d'être humains.
Bien que la consommation mondiale de drogues, toutes comprises, semble se stabiliser dans sa quantité, les flux de ces drogues deviennent maintenant plus rapides et l'accès à la drogue est de plus en plus facilité. C'est d'ailleurs un point commun important entre les trois témoignages australiens que nous avons recueillis : tous insistent sur la facilité qu'ils ont en 2017 pour se procurer de la drogue. « Ce n'est pas difficile d'en trouver, il me suffit d'appeler un ami, ou l'ami d'un ami pour m'en procurer », nous indique Tom*. « Même si c'est plus simple à Sydney, l'accès à la drogue est maintenant très facile dans toute l'Australie. L'industrie de la drogue est très importante ici et elle a développé de nombreux réseaux, surtout avec Internet » ajoute Sam qui avoue dans l'interview ?'avoir dealé par le passé''. Il en de même pour John qui indique selon lui que « même si c'était on pouvait en trouver plus facilement il y a 20 ans, ça reste encore très accessible. Vous avez bien souvent une personne autour de vous qui est en contact avec des vendeurs ».
Les nouveaux outils numériques au service du trafic
Lorsque nous avons commencé nos recherches, nous avons souhaité prendre contact avec des personnes qui faisaient circuler de la drogue en échange d'argent. Mais à l'ère du digital, plus besoin de se rendre dans des recoins abandonnés pour se procurer de la drogue. Depuis chez soi, les possibilités sont maintenant immenses. Par exemple, dans la ville de Sydney, nous avons eu la surprise de trouver un groupe fermé sur le réseau social de Facebook, qui, sous une appellation assez originale et déguisée, permettait de mettre en relation des centaines de membres entre eux pour que la drogue puisse circuler. Peu de temps après, le même groupe a disparu de la plateforme, probablement intercepté par les services de police. Toutefois, rien n'indique qu'un autre groupe n'a pas déjà vu le jour sous un autre nom.
Mais étrangement, les personnes qui ont accepté de nous répondre n'ont pas ou très peu mentionné un lieu mystérieux qui est pourtant en pleine expansion : le dark net. Il s'agit de la face immergée de l'iceberg du net, où des réseaux illégaux de diverses nature circulent (pornographie, trafic d'humains, plateformes terroristes? et vente de drogues). Cet internet anonyme apporte une proximité nouvelle avec les trafiquants de drogues. D'après le rapport mondial sur les drogues 216 de l'ONUDC, le dark net ne fait que croître depuis un dizaine d'années. Entre 2000 et 2014, le rapport estime que la proposition d'utilisateurs qui utiliseraient maintenant la dark net pour acheter ou vendre de la drogue aurait augmenté de 25,3%.

Et pour cause, ce dark net présente de nombreux avantages. D'abord il permet une invisibilité complète sur les réseaux informatiques. Grâce au réseau chiffré et brouillé TOR, l'adresse IP, c'est-à-dire l'adresse de votre appareil numérique, devient cachée aux yeux de tous. Mais surtout, il offre une facilité d'accès stupéfiante. Pourquoi ? Et bien parce que les drogues peuvent se déplacer en toute simplicité. Le contact physique entre le client et le consommateur n'existe plus, car les produits sont directement envoyés par voie postale. Peu importe qui vous êtes et où vous vous trouvez (sauf cas exceptionnels), vous pouvez maintenant vous faire livrer de la drogue directement chez vous. Un élu français a d'ailleurs tenté l'expérience récemment. Souvenez-vous, en juin 2016, Michel DEBRE, député du parti Les Républicains (également médecin), avait fait livrer des stupéfiants à l'Assemblée Nationale, pour alarmer la classe politique sur les facilités d'accès aux drogues en France sur internet. Il raconte à l'époque sur la chaîne LCI : « Tout le monde est venu faire des photos. Sur mon bureau de l'Assemblée, il y avait de la cocaïne, des champignons hallucinogènes et différents produits à base de cannabis ». Lorsqu'il s'est rendu sur le dark net, il indique par exemple avoir eu accès à plus de 30 000 sites de vente de cocaïne. « On a commandé, on a payé par bitcoins (monnaie informatisée), et on a été livré : un gramme de cocaïne pour environ 80? ».
Véritable Hypermarché de la drogue, le dark net est devenu l'endroit rêvé pour ceux qui veulent vendre de la drogue en toute discrétion depuis chez eux. En effet, cette face cachée du web est très difficile à contrôler pour les services des polices et de renseignements. En 2013, le FBI avait arrêté un américain de 32 ans, Ross ULBRICHT, déclaré comme étant le fondateur de Silk Road, alors principal marché de la drogue sur le dark net. Mais après la fermeture de celui-ci, plusieurs marchés ont vu le jour. Alors que l'on estimait à deux le nombre de sites où acheter des stupéfiants il y a quatre ans, on compte aujourd'hui plus de 15 autres plateformes géantes de vente en ligne de drogues. Enfin, même si elle peut avoir d'autres usages, la monnaie cryptographiée ?'Bitcoin'' est connue pour être utilisée à des fins illégales pour des jeux d'argent, en échange d'actes criminels ou pour acheter des stupéfiants. Le fait de tracer ces échanges commerciaux devient un défi colossal, puisqu'une transaction bitcoin est irrévocable. Impossible de l'annuler.
Si l'Australie est un pays dans lequel les drogues récréatives sont devenues choses courantes, il n'est pourtant pas le seul à être dans ce cas. Le pays-continent est aujourd'hui le symbole d'un phénomène global où la drogue et son accès riment avec facilité. Par l'intermédiaire des nouveaux outils informatiques, on assiste dorénavant à l'ubérisation des drogues. Mais face à ce processus amorcé, comment réagissent les pouvoirs publics ? Quelles politiques sont mises en place en Australie ? Sont-elles efficaces ? La suite bientôt dans la troisième et dernière partie de ce dossier.
* Pour des raisons d'anonymat, nous avons modifié le nom des personnes interrogées.
Source Image : Pixabay - Wikimedia Commons
Maxime THURIOT, lepetitjournal.com/sydney, Jeudi 06 Avril 2017





