Édition internationale

DOSSIER ART - L'art aborigène sur le marché mondial de l'art (3)

Écrit par Lepetitjournal Sydney
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 25 novembre 2016

 

L'art  est essentiel pour un pays : il représente les héritages du passé, l?âme de la communauté actuelle et les espérances pour l'avenir. C'est une part importante de la culture d'un pays. C'est pourquoi lepetitjournal.com a décidé de s'interroger sur la place de l'art en Australie aujourd'hui.

Depuis quelques années, l'art aborigène est très important sur marché international de l'art. Cette visibilité s'est construite au fil des années, notamment avec des modifications de cet art. Qu'en est-il aujourd'hui ? 

Photo : Wikimédia Commons

L'art aborigène australien n'a pas toujours été tel que nous le connaissons, coloré et rempli de symboles. A son origine, les ?uvres étaient peintes à l'ocre sur les parois des cavernes ou sur les rochers et représentaient des formes géométriques mais aussi des  silhouettes humaines et même des dessins figurés très détaillés. Tout dépendait du lieu de création en Australie. Mais tous les dessins représentaient des êtres rêvés, des légendes et surtout remplaçaient l'écriture.

Mais sous l'influence européenne, les artistes indigènes ont commencé à peindre sur des toiles. La demande commerciale, les Eglises et la volonté de faire survivre cet art ont nécessité des changements dans l'art aborigène. Les Eglises ont influencé de manière importante l'art aborigène puisque celui-ci relevait des croyances des populations aborigènes. Elles ont donc du changer leurs représentations pour se conformer aux volontés des Eglises chrétiennes. Mais la vente de leurs ?uvres a permis aux populations indigènes de développer leur culture et ainsi de la faire connaitre au reste du monde. 

L'art aborigène connait une vraie frénésie hors d'Australie, avec plusieurs musées européens exposant ce type d'oeuvres. A Paris, le musée du Quai Branly a été créé par Jacques Chirac en 2006 afin de mettre en avant les arts ?indigènes? du monde entier. L'art aborigène australien y a une place particulière puisque le toit du bâtiment est une peinture de Lena Nyadbi, artiste aborigène reconnue. Son oeuvre est appelée Dayiwul Lirlmim et est inspirée par la terre natale de sa mère à Dayiwul Country. Ce musée reçoit plus de 1,5 millions de visiteurs par an et a franchi en 2013 la barre des 10 millions de visiteurs. Il est le musée le plus visité de sa catégorie ce qui montre l'engouement européen pour cet art ?indigene?.

Actuellement, l'art aborigène représente une industrie de $200 millions par an (en comparaison, le marché de l'art contemporain est de $2 milliards). L'industrie de l'art aborigène s'est développée depuis les années 1990 et plus particulièrement avec l'internationalisation de cet art suite à la mise en vente aux enchères de nombreuses ?uvres par la maison Sotheby's. Sotheby's, une maison de vente aux enchères australienne, a lancé en 1997 la mise en vente de plusieurs ?uvres aborigènes. Les acheteurs internationaux sont les principaux acquéreurs de cet art : entre 50 et 70% des ventes aux enchères sont remportées par des acheteurs non-australiens. L'internationalisation et donc la hausse des prix de certaines ?uvres ont permis à de nombreux artistes de survivre et de développer l'art aborigène, élément important de la culture australienne. 

Sur le marché international, les ?uvres d'art en vente sont catégorisées dans plusieurs domaines : art contemporain, maitres anciens, XIXème siècle, art moderne et après-guerre. L'art aborigène est vu comme l'héritage d'une civilisation en voie d'extinction et est donc catégorisé comme art "ancien et ethnographique". Cependant, de nombreux nouveaux artistes apparaissent tous les ans. Cette classification risque de créer une scission entre les ?uvres plus anciennes et les modernes, si des modifications ne sont pas mises en place dans la vente afin de catégoriser cet art en "art contemporain". En effet, le fait que l'art aborigène soit classé en tant qu'art ancien demande à toutes les ?uvres et donc à tous les artistes de créer en fonction d'une certaine idée, d'un certain stéréotype d'?uvres sans laisser la place aux ?uvres utilisant de nouvelles techniques et de nouveaux motifs de se développer.

Les standards de cet art demandent à ce que certaines règles restent  appliquées même si elles sont anciennes. Toute ?uvre qui ne correspond pas aux schèmes peut être rejetée. Tant qu'il restera dans cette catégorisation, l'art moderne aborigène ne pourra pas se développer même si de nombreux nouveaux artistes emergent. De 1993 à 2008, 50% du montant total des ?uvres d'art aborigènes vendues aux ventes aux enchères étaient pour 12 artistes. 42% des artistes aborigènes les plus connus sont nés entre 1900 et 1930. Seulement 20% des artistes sont nés après 1950. Ces artistes sont représentés comme les créateurs les plus talentueux et les plus authentiques de la culture de leur peuple. Le principal problème est que la culture aborigène est en train d'évoluer, l'art doit donc évoluer avec lui. La demande en art aborigène ?classique? est de plus en plus faible. Il faut donc développer le marché et faire en sorte que de nouveaux artistes puissent émerger afin que l'art aborigène australien reste sur les marchés internationaux.

 Lucie LESPINASSE, lepetitjournal.com/sydney, vendredi 25 novembre 2016.

Le Petit Journal Sydney
Publié le 24 novembre 2016, mis à jour le 25 novembre 2016
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