Le 24 mars 2026, l’Union européenne et l’Australie ont signé un accord de libre-échange, au terme de huit années de négociations, remplaçant le partenariat économique en vigueur depuis 2008. Cet accord s’inscrit dans une dynamique d’ouverture commerciale, au regard du contexte géopolitique actuel. Quelles sont les conséquences pour les Français de l’étranger et les entreprises françaises ? Pour comprendre, nous avons rencontré Anne Genetet, députée des Français établis hors de France et membre du groupe d'amitié parlementaire France - Australie.


Quelles sont les grandes lignes de l’accord entre l’Australie et l’UE ?
Un accord de libre échange a été conclu le 24 mars 2026 entre l’Union européenne et l’Australie. Le texte prévoit la suppression de plus de 99 % des droits de douane sur les exportations européennes vers l’Australie. L’accord vise également à sécuriser l’accès de l’UE à des matières premières critiques, dans un contexte de forte demande mondiale.
L’UE ouvre davantage son marché à la viande australienne et l’accord profite à l’industrie automobile européenne
C’est le secteur agroalimentaire qui est le plus concerné par l’accord. Concrètement, l’UE ouvre davantage son marché à la viande australienne : les importations de bœuf seront multipliées par plus de dix avec des conditions tarifaires allégées. En échange, les producteurs européens obtiennent un accès élargi au marché australien, avec la suppression de droits de douane sur des produits clés (fromages, vins, chocolat…). Les équipements technologiques constituent également un axe clé, avec une forte présence française déjà bien installée en Australie. « Par exemple, la plupart des équipements des régions viticoles australiennes sont français », souligne Anne Genetet, députée de la 11ème circonscription des Français de l’étranger, dont l’Australie fait partie.
L’objectif pour l’UE est clair : il faut réduire sa dépendance à la Chine dans les chaînes d’approvisionnement critiques
Outre l’agroalimentaire, l’accord profite à l’industrie automobile européenne, avec une suppression des droits de douane de 5 % sur les véhicules exportés vers l’Australie. Canberra assouplit également sa fiscalité, ce qui exonérera une majorité des modèles européens. L’Australie, riche en lithium, aluminium et manganèse*, s’engage à supprimer ses droits de douane sur ces ressources. L’objectif pour l’UE est clair : il faut réduire sa dépendance à la Chine dans les chaînes d’approvisionnement critiques, notamment pour les technologies vertes. L’accord devrait densifier la relation et permettre sans doute d’ouvrir des canaux de coopération. « C’est une bonne chose pour les filières européennes et en l’occurrence également plus spécifiquement pour les filières françaises » précise l’élue.
*Le lithium, l’aluminium et le manganèse sont des matières premières critiques, c'est-à -dire qu’elles revêtent une grande importance économique pour l'UE et présentent un risque élevé de rupture d'approvisionnement en raison notamment d’absence de substituts.

Pourquoi un tel accord entre l’Australie et l’UE en 2026 ?
Après huit ans de discussions, l’Australie remet sur la table des discussions d’accord de libre-échange pour stimuler le commerce bilatéral. Pour Anne Genetet, la relance de l’accord entre l’Union européenne et l’Australie s’explique avant tout par un basculement géopolitique.
« Leur partenaire commercial numéro un est la Chine. Mais l’accord avec l’Europe, c’est leur assurance-vie »
Le déclic est venu de Canberra, confronté à une situation stratégique devenue particulièrement délicate. L’élue décrit une Australie « dans une situation extrêmement compliquée, sous le joug américain », notamment en matière de défense. Le projet de sous-marins américains illustre notamment cette dépendance selon elle. La relation historique avec Washington est fragilisée. C’est dans ce contexte, selon Anne Genetet, que Canberra revoit ses priorités et cherche à diversifier ses partenaires. « L’Australie se tourne vers les Européens, ce n’était pas leur priorité auparavant ». Ce changement de posture a permis de relancer les discussions commerciales, jusque-là déséquilibrées.
Pour Anne Genetet, l’accord ne bouleversera pas immédiatement les équilibres commerciaux australiens : « Leur partenaire commercial numéro un est la Chine. Mais l’accord avec l’Europe, c’est leur assurance-vie », qui permettra à Canberra de « s’assurer des débouchés sur le marché européen » en cas de tensions accrues entre les États-Unis et la Chine.
A ce jour, selon la Commission européenne, “l’Union européenne et l’Australie échangent déjà plus de 89,2 milliards d’euros de biens et de services par an, ce qui soutient 460 000 emplois en Europe. Pour la France, c’est respectivement 6,37 milliards d’euros d’exportations de biens et services, et 53 000 emplois qui découlent de cette relation commerciale.”
La France s’est très bien protégée. La preuve, toutes nos appellations d’origine protégée sont protégées.
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Pourquoi cet accord ne plaît pas à tout le monde ?
Si la Commission européenne met en avant de nouvelles opportunités pour les agriculteurs européens - notamment grâce à la levée des droits de douane sur plusieurs produits alimentaires -, l’accord suscite des réserves dans le monde agricole. L’agroalimentaire est bien le cœur des tensions… et des concessions. L’accord entérine un compromis délicat sur les appellations géographiques européennes, permettant à certains producteurs australiens de continuer à utiliser des noms comme feta ou gruyère sous conditions, tandis que l’usage du terme prosecco sera progressivement limité à l’export. Côté commerce, les syndicats agricoles dénoncent des concessions jugées trop importantes sur des filières sensibles, comme la viande, le sucre ou le riz.
Côté Australie, les organisations agricoles jugent que l’ouverture du marché européen reste insuffisante, malgré quelques avancées.
Face aux inquiétudes du monde agricole, Anne Genetet appelle d’abord à relativiser les différences entre les modèles européens et australiens. « Ils ont peut-être des méthodes de production différentes des nôtres, mais ils ont aussi des exigences quant à la qualité » ; et ajoute : « les sujets environnementaux sont très présents en Australie », décrivant une société où ces préoccupations sont ancrées dans le quotidien. Pour l’élue, l’accord ne remet pas en cause les standards européens. « L’accord contient tous les garde-fous pour protéger ce que nous défendons, notamment nos critères et nos normes environnementales et agricoles. (...) ». Il ne faut absolument pas imaginer que vont déferler des produits australiens sur le sol européen. La France s’est très bien protégée. La preuve, toutes nos appellations d’origine protégée sont protégées.» Côté Australie, les organisations agricoles jugent que l’ouverture du marché européen reste insuffisante, malgré quelques avancées.

Y-a-t-il des conséquences sur les individus et notamment les Français de l’étranger ?
A ce jour, les conditions d’entrée et de séjour en Australie demeurent identiques : les voyageurs souhaitant travailler ou visiter le pays doivent toujours effectuer une demande de visa, avec des délais qui peuvent varier et nécessitent d’être anticipés. Le dispositif ne remet pas en cause le PVT (Programme Vacances-Travail) Australie, qui reste inchangé. Les dispositions relatives à la mobilité concernent essentiellement des travailleurs qualifiés et des cadres, pour lesquels les démarches administratives pourraient être simplifiées dans le cadre de séjours professionnels temporaires.
Présente à Sydney le 28 mars 2026, après la visite d’Ursula von der Leyen, Anne Genetet raconte un réel enthousiasme « Cet accord était sur toutes les lèvres. Pour les acteurs économiques locaux, il représente des opportunités et une ouverture ». Pour l’élue, l’accord est un signe que l’Australie prend maintenant l’Union européenne dans son viseur. Une évolution qu’elle juge « extrêmement bien accueillie » par la communauté française et franco-australienne. C’est aussi une bonne nouvelle pour l’attrait touristique du Vieux Continent.

L’Accord avec l’Australie, le prochain épisode ?
Selon le site de la Commission européenne, « avant l’adoption et l’entrée en vigueur de l’accord, plusieurs étapes sont encore nécessaires : finalisation juridique du texte, traduction dans les langues officielles de l’UE, présentation au Conseil et au Parlement européen, puis approbation institutionnelle ». « Cet accord a vocation à être enrichi après » souligne Anne Genetet. Il constitue, selon elle, « un point de départ » et « une méthode » pour approfondir les échanges.
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