

Le cinéma hollywoodien apporte des réponses à des questions qu'on ne se pose pas naturelle-ment. Comment réagir en cas de tremblement de terre ? Et si New York entrait dans l'ère glacière ? Et s'il y avait une attaque de martiens ? Et si? et si l'Amérique était menacée ? Le cinéma français, lui, ne donne pas de réponse à des questions qu'on ne se serait pas posées non plus. Le dernier film de François Ozon, Jeune et Jolie (Young and Beautiful en Australie) en est l'illustration.
Pour un film qui traite de la prostitution, la question est agréablement posée. Le traditionnel « Tu montes chéri ? », voix rauque, clope au bec et bas résilles est remplacé par des échanges de tex-tos très soft, très factuels « quelle heure ? quel hôtel ? » La pute a un petit visage angélique, voire enfantin. Elle a 17 ans.
Aucun proxénète, génération 2.0, elle est auto-entrepreneuse via un site d'escort. Elle vit dans les beaux quartiers, a une mère et un beau-père aimants et elle étudie au lycée Henri IV à Paris ; comme environ une ado sur deux dans le cinéma français (l'autre est à Louis-Le-Grand).
Ni droguée, ni violée, ni sous l'emprise d'un homme, pourquoi fait-elle cela ? C'est à en faire bondir une chienne de garde !
La prostitution est vue sous l'angle de la prostituée puisque c'est elle la responsable, ou l'irresponsable. Les hommes ne font que passer. Ces riches et vieux apparaissent comme le pen-dant masculin de la Jeune et Jolie. François Ozon tente de montrer ce qui se passe derrière la por-te mais ses scènes de sexe esthétisantes fleurent bon la pub pour yaourt.
La jeune lycéenne prend goût à ce jeu (pas si dangereux) et multiplie les clients. Les tarifs montent et l'argent s'accumule dans une boîte à chaussures. Qu'importe, la jeune adolescente n'en a pas besoin.
Un jour bien sûr, la famille finit par tout savoir et se pose l'unique question du film : pourquoi ?
Pour le plaisir ? Éternelle quête contemporaine. Ce serait louable? Même pas. Sans goût ni dé-gout, elle accomplit sa tâche presque sans affect.
Et si sa première expérience sexuelle, véritable fiasco, était la cause de tout cela ? Et si c'était l'absence du père ? Et si c'était l'ennui seulement ou juste une crise d'adolescence ? Et si? et si, c'était seulement du cinéma ? Du cinéma français.
François Ozon met en scène un scénario qu'il a dû glaner dans les pages de Jeune et Jolie, le magazine mais a tout de même le mérite d'interroger nos représentations toujours fantasmées de la prostitution. Le mérite aussi d'interroger les motivations de son personnage adolescent sans nous donner de réponse. Le mérite enfin, de faire remarquablement jouer ses acteurs.
Malgré tout le mal qu'on peut penser de ce film, on ne regrette pas de l'avoir vu. C'est peut-être ça un bon film ?
Adrien Oualé (www.lepetitjournal.com/sydney), mardi 29 avril 2014
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JEUNE ET JOLIE (YOUNG AND BEAUTIFUL) EN SALLES JEUDI 1ER MAI Bande-annonce ici
Question : Quel est le titre du dernier film de François Ozon dans lequel Fabrice Luchini jour un prof de philo ? Ecrivez à Sydney@lepetitjournal.com 3 PASSES POUR DEUX PERSONNES A GAGNER POUR PERTH, la question aujourd'hui sur notre page FB
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