

Marie Détrée, Peintre officiel de la Marine, vient de terminer une mission d'un mois dans le Pacifique qui l'a conduite successivement à Nouméa, Brisbane et Sydney, où elle a participé à l'International Fleet Review sur la frégate Vendémiaire. Marie Détrée a présenté une exposition de ses dessins à la gouache sur le Vendémiaire puis à l'Alliance française de Sydney. Le Petit Journal l'a rencontrée pour évoquer cette mission exceptionnelle
Crédit Photo ?Eric Berti
Lepetitjournal.com: L'institution des Peintres officiels de la Marine est assez mystérieuse. Comment devient-on un "POM" ? Etes vous rémunérée par la Marine lors de vos missions ?
Marie Détrée - Les Peintres officiels de la Marine sont une institution très ancienne, qui remonte à Louis Philippe (1830). Il s'agissait alors de nommer des artistes pouvant accompagner les navires de la Marine dans les grandes expéditions de découverte, en Asie ou en Afrique, mais également de garder témoignage de la vie quotidienne des marins de la "Royale". Aujourd'hui, les "POM" sont nommés par décret après une sélection par le jury du Salon de la Marine, une exposition sur le thème de la mer qui se tient tous les deux ans au musée de la Marine à Paris. J'ai ainsi exposé à plusieurs reprises au Salon de la Marine avant d'être nommée, en 2010, Peintre officiel de la Marine. L'institution ne comporte d'ailleurs pas que des peintres, mais aussi des sculpteurs, des photographes ou des cinéastes. Les POM ne sont pas rémunérés, mais sont les hôtes des bâtiments de la Marine. C'est un honneur d'intégrer l'Institution et de pouvoir apposer une ancre à sa signature !
Quelles ont été vos missions les plus intéressantes comme Peintre officiel de la Marine ?
L'intérêt du statut de POM, qui nous confère un grade honorifique et un uniforme, est de pouvoir embarquer sur des navires de la Marine nationale et de participer pleinement à la vie de l'équipage. J'ai pu ainsi naviguer sur des bâtiments de types très différents, allant du patrouilleur au bâtiment de projection et de commandement. Mon expérience la plus extraordinaire fut sans doute de pouvoir embarquer quatre jours dans un sous-marin nucléaire lanceur d'engin, le Triomphant. J'ai été ainsi la première femme Peintre officiel de la Marine à vivre cette expérience. J'ai eu d'ailleurs la joie de revoir à Sydney le commandant qui m'avait accueillie sur le Triomphant à l'époque, Marc Delorme, qui travaille aujourd'hui dans l'industrie de Défense. Cette mission dans le Pacifique sera également l'un de mes plus beaux souvenirs de POM !
Comment avez-vous été amenée à réaliser cette mission dans le Pacifique ?
Cette mission a répondu à une requête du consul général de France à Sydney, Eric Berti, par ailleurs officier de la réserve citoyenne marine, qui avait été approché à ce titre par un ancien ministre des Arts de Nouvelle-Galles du Sud, Peter Collins, qui souhaitait voir créée dans la Marine royale australienne, une institution équivalente aux POM français. Le consulat a pensé que l'International Fleet Review était l'occasion idéale pour présenter les missions et les travaux d'un Peintre officiel de la Marine, puisqu'une frégate française venue de Nouméa devait participer à l'IFR. J'étais disponible pour cette mission ; la société Thalès a généreusement financé mon billet d'avion pour rejoindre Nouméa et je remercie Chris Jenkins, directeur général de Thales en Australie pour ce soutien. J'ai été chaleureusement accueillie par le Commandant de la frégate de surveillance Vendémiaire, Jean-René Degans et par tout l'équipage. De Nouméa, nous avons gagné Brisbane, puis Jervis Bay avant d'arriver à Sydney avec les bâtiments participant à la Fleet Review.
Quels seront vos plus beaux souvenirs de cette mission ?
Cette mission fut passionnante et les images se bousculent dans ma tête. Chaque escale a apporté son lot de découvertes et de superbes paysages. Je crois cependant que le moment le plus marquant a été celui où tous les navires de la Fleet Review, soit une quarantaine de bâtiments, ont navigué ensemble entre Jervis Bay et Sydney. Je crois que j'ai compris alors l'impression saisissante qu'avaient pu connaître les témoins du Débarquement en Normandie en 1944. C'est d'ailleurs ce thème que je vais retenir pour réaliser une peinture de l'IFR qui sera exposée plus tard à Sydney, à partir des esquisses et des gouaches réalisées ici.
Vous avez choisi la gouache pour réaliser les peintures à bord. Pourquoi la gouache plutôt que l'aquarelle ?
J'aime la technique de la gouache, qui permet d'accentuer les contrastes, tout en gardant des effets de transparence. La gouache permet par ailleurs les repentirs et se rapproche à cet égard de la peinture à l'huile. C'était la technique préférée de Peintres de la Marine aussi célèbres que Marin-Marie.
Vous semblez avoir un intérêt particulier pour les moteurs, les équipements techniques et les grues. Est-ce pour répondre à une demande particulière de Thales ?
(Rires ..) Non, mais il est vrai que Chris Jenkins, a été enthousiasmé par mon travail ! Je trouve intéressant de dégager, par la peinture, la poésie des sites industriels et des équipements techniques des navires modernes. La grâce des grues portuaires, ces défis à la pesanteur, me fascine tout particulièrement. J'ai adoré visiter certains sites d'archéologie industrielle à Sydney, tels les anciens chantiers navals de Cockatoo Island, d'ailleurs dévolus désormais à l'art. Connaissant mon intérêt pour les cales sèches, Chris Jenkins m'a même proposé de vider celle dont dispose Thales à Garden Island afin que je puisse la peindre ! Je n'ai pas eu le temps de le faire lors de cette mission, mais j'espère bien revenir pour réaliser ce rêve !
Quelles seront les suites de cette mission, aurons-nous le plaisir de vous revoir à Sydney ?
J'espère pouvoir revenir à Sydney dans les prochains mois car cette ville est un paradis pour les artistes ! Je souhaiterais également découvrir le c?ur rouge de l'Australie et travailler avec des peintres aborigènes dont j'admire beaucoup les ?uvres. Au cours de cette mission, j'ai pu rencontrer des peintres de marine australiens, qui nous envient cette possibilité d'embarquer sur des bâtiments de la Marine nationale. Ils m'ont accueillie comme membre d'honneur dans leur association, ce qui est sans précédent. Nous allons continuer de travailler avec le consulat sur ce projet de création de l'institution des peintres de la Marine au sein de la Marine royale australienne et je prépare un livre en forme de carnet de bord, avec le soutien de Thales, pour garder un souvenir de cette mission qui aura constitué pour moi une expérience exceptionnelle.
Propos recueillis par Flore Grégorini (www.lepetitjournal.com/sydney), jeudi 31 octobre 2013
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