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VIRGINIE EFIRA - "J’ai parfois l’impression que la France est une monarchie, pas la Belgique"

Écrit par Lepetitjournal.com International
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 4 juillet 2013


Star du petit écran il y a encore quatre ans, Virginie Efira occupe désormais le haut de l'affiche sur grand écran. Avec un faible pour les comédies romantiques comme 20 ans d'écart (en DVD le 10 juillet) où elle campe une femme mûre qui s'entiche d'un petit jeunot. C'est à la campagne et "en toute quiétude" que l'artiste belge a répondu à nos questions.
 
Lepetitjournal.com - 20 ans d'écart entre une femme et un homme, c'est?
Virginie Efira - Quelque chose de très commun, de normatif quand l'homme est plus âgé ! Lorsque c'est une femme en revanche? On la qualifie tout de suite cougar, un terme que je déteste. J'ai l'impression que l'on met un nom dessus parce que cela effraie. C'est une forme de jugement, même si les m?urs évoluent, heureusement. Mais il y a toujours quelque chose de suspect à voir une femme plus âgée avoir du désir pour un homme plus jeune, un côté vorace, une hystérie sous-jacente. Et j'ai finalement trouvé cela d'assez joli de parler d'une femme dans cette situation !
 
Dans la vraie vie, vous n'avez "que" 12 ans d'écart avec votre partenaire Pierre Niney. Vous avez senti la différence durant le tournage ?  
Ce qui est étrange est que je ne me sens pas mon âge. J'ai un petit côté ado attardée en fait. Par exemple, l'été où l'on a tourné le film, j'allais souvent en boîte. Du haut de mes 35 ans, je ne voyais que des jeunes de 18 ans, et j'avais l'impression que tout était normal. Je ne me vois pas du tout comme une trentenaire. Et je ne voyais donc pas Pierre, assez exceptionnel intellectuellement, comme quelqu'un de plus jeune que moi ! C'est horrible? Mais en réalité, dans le film, nous sommes dans l'idée que la jeunesse n'a rien à voir avec la relation amoureuse. La jeunesse, c'est dans la tête, l'esprit. Pas dans l'âge. Je n'ai pas eu l'impression qu'il fallait envisager ce couple comme si il y avait une différence d'âge. Après, c'est sûr que l'expérience amoureuse est différente, que professionnellement on ne vit pas les mêmes choses qu'un garçon qui démarre.  
 
                                  "La vie en Belgique ne me manque pas,  
                                 sauf les rapports concrets entre les gens."
 

Dans le film, votre personnage fait en tout cas tout pour être une "djeun's" !
Elle pense en effet qu'il faut avoir une apparence bien définie, qu'il faut aimer tel groupe, tel film? Elle utilise un vocabulaire truffé de mots qu'elle croit "djeun's", joue une décontraction feinte. Finalement, elle est navrante ! Mais elle fait ça en raison du regard de l'autre qui enferme dans une catégorie de la société.  
 
Vous êtes très à l'aise dans les comédies romantiques. C'est vous qui venez à elles ou l'inverse ?  
Un peu des deux. D'un côté, le genre me plaît. Enfin pas toutes les comédies romantiques ! Je suis fan des films de Frank Capra, et de petites productions comme Amour et Amnésie avec Drew Barrymore ou Le come-back avec Hugh Grant et, encore, Drew Barrymore. Ce ne sont pas des grands films mais je les adore ! Ils racontent quelque chose de joli, avec de la poésie.  

Et de l'autre côté, je pense que si on nous propose des choses il ne faut pas se la jouer la philosophe et dire : "je vais aller de l'autre côté". Le but est de prendre à pleine main la proposition et en faire quelque chose de bien. Dans 20 ans d'écart, nous allons au bout de ce que l'on doit proposer. On raconte un truc sur l'amour, la vie, cette femme qui n'a rien à voir avec les comédies romantiques classiques qui veulent que la femme s'engage, que le mec ne veut pas et qu'il veut que du cul? Des trucs chiants !
 
Vous vous installez petit à petit dans le paysage cinématographique français. Votre vie est donc désormais en France. Vous n'avez pas trop la nostalgie de votre Belgique natale ?  

Je garde un lien très fort. Là, en ce moment même, je suis en vacances pour me reposer de ce qu'il m'arrive (la naissance de sa fille le 24 mai dernier, ndlr), et il y a une table composée à 80% de Belges. Je reprends donc l'accent très volontiers ! Et puis la Belgique n'est qu'à 1h20 de Paris. Mais j'ai remarqué quelque chose : j'ai une identité plus forte depuis que je suis en France. Etre Belge nous définit quand on part d'un endroit. En revanche la vie en Belgique ne me manque pas. Sauf peut-être ce rapport entre les gens. À Paris, je trouve qu'il y a un système de caste, comme si c'est la France qui était une monarchie et pas la Belgique. Là-bas, il y a un truc assez concret dans le rapport à l'autre, peu importe la classe sociale, les goûts. C'est beaucoup plus mélangé. Quand on voit ici les trucs de la manif pour tous ça paraît dingue. En Belgique, ça dure deux secondes. En France, ça débat et on s'isole.
 
                          "Ce qu'a fait Depardieu est moralement douteux  
                                mais de là à en faire une affaire d'Etat."
 
Le cinéma français est un peu le royaume des Belges. C'est pour se venger des Français qui viennent s'installer chez vous pour bénéficier d'impôts réduits ?!
(rires) Je ne pense que ce soit un acte de vengeance ! D'ailleurs, c'est fou toute cette actualité en France ! Qu'est-ce qu'on s'en fout non ?! Depuis quand on a l'obligation d'être exemplaire. Depardieu par exemple. C'est un homme politique ? Non. C'est peut-être moralement douteux, mais de là à en faire une affaire d'Etat.
Quant à notre invasion, qui ne fait que commencer (rires !), il faut dire que les cultures sont très proches, francophones. Et n'oubliez pas que le cinéma belge est très limité, genre trois films par an ! Et puis il y a le grand Benoît qui a ouvert grand les portes. Les gens se sont dits : "ah mais les Belges vous n'êtes pas que des cons".
 
C'est la bonne humeur et l'humour qui font mouche, une joie naturelle?
Nous ne le sommes pas tous mais c'est vrai que c'est comme si nous étions débarrassés d'un statut. Nous savons que nous sommes un petit pays à côté d'un grand pays, avec une petite histoire. Chez nous, nous ne véhiculons pas l'importance du statut, nous avons une forme de décontraction finalement assez exotique. Mais il est amusant de constater que les acteurs belges conservent leur identité, elle est inscrite sur leur visage, ils gardent leur accent. Cela est beaucoup moins le cas chez les femmes, à part peut-être Yolande Moreau. Mais pour Marie Gillain, Cécile de France, moi, les gens oublient un peu notre côté belge.  
 
Vous montriez beaucoup ce côté décontracté à la télévision. Aujourd'hui, à part l'OVNI Cyril Hanouna, tout semble aseptisé. C'est aussi votre avis ?  

Depuis que je fais ce que j'aime au cinéma, je regarde la télévision avec plus de clémence. Avant, le fait d'avoir un lien avec faisait que je la diabolisais. Je ne sais pas trop pourquoi. Le fait d'être profondément ailleurs fait que je trouve plus de trucs cools, cools à faire.  
 
Vous aviez dit que vous reviendriez à la télévision si vous aviez "cinq enfants qui n'ont plus rien à manger". Vous venez tout juste d'avoir le premier, pas de retour à la petite lucarne dans prévu votre emploi du temps donc ?
Je ne pourrais pas faire les deux en même temps. Et il faut être cohérent dans ce que l'on fait. La TV m'interpelle plus dans les séries, avec une narration que j'adore. Animer une émission, si personne me regardait, je le ferais ! Mais ça ne servirait pas à grand chose ! Et je n'ai jamais ressenti de sentiment de manque.  
Jérémy Patrelle (www.lepetitjournal.com) vendredi 5 juillet 2013
 
20 ans d'écart (1h32), un film de David Moreau avec Virginie Efira, Pierre Niney, Charles Berling, Gilles Cohen, Camille Japy, Amélie Glenn?

Sortie en DVD et Blu-ray le 10 juillet. Distributeur Europacorp


logofbinter
Publié le 3 juillet 2013, mis à jour le 4 juillet 2013
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