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SEXISME – Femmes en politique, journalistes, toujours soumises au machisme ambiant

Écrit par Lepetitjournal.com International
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 3 juillet 2015

 

Le mardi 5 mai 2015 le journal Libération a publié la tribune «Nous, femmes journalistes politiques et victimes de sexisme...», rédigée par 40 femmes souhaitant témoigner de leur quotidien. Le quotidien Le Monde, parmi d'autres, reprend cette tribune. Le point sur cette triste situation.

Depuis l'affaire DSK en 2011 et les nombreuses réactions qu'elle a suscitées, on s'attendait à ce que la condition féminine en politique et dans le journalisme s'améliore. Si on constate certes quelques avancées, aucun changement radical n'est à l'?uvre depuis l'éclatement du scandale du Sofitel. Les hommes politiques en place n'ont pas arrêté de commenter la tenue vestimentaire des élues, ni de tenir des propos sexistes, justifiés par de l'humour. Le machisme a la peau dure. D'autant plus que les femmes restent minoritaires dans les deux professions. Loin d'être paritaire, l'Assemblée Nationale compte sur ses bancs seulement 27% de femmes. Un chiffre en constante hausse, mais qui ne permet pas aux élues d'asseoir leur légitimité, notamment parce que leurs caractéristiques physiques les définissent davantage que leurs qualifications elles-mêmes.

Les femmes encore jugées selon leur apparence plutôt que leurs compétences

Lors de débats à l'Assemblée Nationale ou sur les plateaux télévisés, on fait souvent référence aux tenues des femmes concernées, ceci prenant rapidement le dessus sur leurs discours. Par exemple, la fameuse robe à fleur de Cécile Duflot lui avait valu les huées des élus UMP, perturbant ainsi son discours. Il ne s'agit hélas pas d'un cas isolé. Les élues sont en effet évaluées d'après des critères sexistes, faisant appel à des commentaires souvent lourds et visant le physique des députées. Il en va de même avec les journalistes. « Dans une usine visitée au pas de course, c'est un ministre qui s'amuse de nous voir porter des chasubles bleues réglementaires et glisse que ?ce serait mieux si vous n'aviez rien en dessous'» rapporte la tribune publiée aujourd'hui.

Le vocabulaire associé aux femmes fait également appel au domaine animalier de manière récurrente. Un groupe de femmes trop bruyantes sera ainsi facilement associé à un « poulailler », certains n'hésitant pas à imiter le caquètement d'une poule lorsqu'une femme s'exprime en public. Tout le monde a également en tête la campagne pour la mairie de Paris opposant Anne Hidalgo à Nathalie Kosciusko-Morizet, à maintes reprises qualifiée de « crêpage de chignon ». Sous prétexte que deux femmes s'affrontent, on leur attribue cette expression digne d'une querelle de ménagère. A-t-on qualifié la lutte pour la présidence de l'UMP entre Jean-François Copé et François Fillon de « combat de coq » ? Absolument pas.

Enfin, les journalistes politiques, pour lesquelles la proximité avec leur contact est primordiale, sont confrontées à des offres outrepassant le domaine professionnel. S'il est vrai que de nombreuses informations politiques s'obtiennent dans un cadre informel, autour d'un dîner par exemple, certaines propositions se font trop insistantes. La tribune des 40 journalistes évoque par exemple ce moment où « dans une voiture où cohabitent militants et journalistes, un poids lourd politique nous propose d'interrompre le reportage et de filer à l'hôtel ». Elles sont également confrontées au problème du tutoiement de la part d'hommes politiques, qui brise ce rapport professionnel, laissant une ambiguïté gênante s'installer. Quant à la nature de leurs questions, elle est elle aussi remise en cause et souvent qualifiée de « question de fille». Il existerait désormais des questions genrées?

La nécessité d'agir ensemble pour éveiller les consciences

Les femmes demeurent minoritaires en politique comme dans le domaine journalistique. Certes, le gouvernement actuel se veut paritaire et a confié des portefeuilles importants à des femmes, tel que le ministère de la Justice à Christiane Taubira ou encore l'Education Nationale à Najat Vallaud-Belkacem.

La majorité des députés en place sont issus d'une génération où la société était inégalitaire, et les rôles homme/femme prédéfinis. Il est alors possible qu'il existe un effet générationnel. La proportion des jeunes élus critiquant leurs collègues seraient moindre, encore que cela reste à vérifier. On compte en tout cas sur eux pour réduire ce phénomène désolant, si ce n'est le faire disparaître.

Avoir davantage de femmes dans l'hémicycle changerait-il quelque chose ? Si la majorité donne de la légitimité, des députées plus nombreuses arriveraient peut-être à clouer le bec de leurs homologues masculins. Il faut cependant s'en remettre aux électeurs concernant ce dossier-là. Il est plus facile de réagir et d'obtenir un changement de situation en agissant en groupe. L'union fait la force. C'est pourquoi la combinaison des témoignages de 40 journalistes faisant part de leur expérience du machisme au quotidien a plus de poids qu'une revendication isolée.

Les réseaux sociaux, nouvel outil de dénonciation

Si des commentaires sexistes restent encore impunis, les discours misogynes sont désormais pointés du doigt et marginalisés. Les réseaux sociaux, Twitter en tête, permettent de relayer de telles remarques et de les rendre visibles. Les déclarations publiques sont ainsi condamnées par les utilisateurs du net, qui font circuler l'information. Une solidarité pas seulement féminine perce ainsi sur la toile.

La dénonciation via les réseaux sociaux a notamment contribué à ce que certains hommes s'excusent ou reviennent sur leurs propos. Les élus savent désormais qu'une déclaration sulfureuse peut vite finir sur Twitter et entacher leur réputation. La tribune dans Libération a d'ailleurs été retweetée un nombre incalculable de fois, et ce très peu de temps après sa publication.

Beaucoup reste à faire en terme d'égalité homme/femme dans de nombreuses professions, mais tous les outils sont bons quand il s'agit d'éveiller les consciences.

Mélanie Volland (www.lepetitjournal.com) jeudi 06 mai 2015

 

logofbinter
Publié le 6 mai 2015, mis à jour le 3 juillet 2015
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