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PAULINE ÉTIENNE - "Il n’y a pas en Belgique cet engouement politique qu’ont les Français"

Écrit par Lepetitjournal.com International
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 20 novembre 2012


Arrivée par hasard au cinéma à 18 ans, Pauline Étienne est, cinq années plus tard, une belle étoile montante. L'actrice belge, lauréate du Prix Lumière du meilleur espoir féminin en 2010, est cette semaine à l'affiche de Paradis perdu, premier long métrage d'Ève Deboise

Lepetitjournal.com - La réalisatrice de Paradis Perdu, Ève Deboise, dit de vous "elle est à la fois secrète et dotée d'une capacité d'abandon". À quoi fait-elle référence selon vous ?
Pauline Etienne - Secrète, c'est parce que je ne suis pas quelqu'un qui parle énormément. Je n'aime pas parler pour ne rien dire, je préfère écouter. Quant à l'abandon, il faut s'abandonner pour jouer, pour des scènes de pleurs, de bataille psychologique. Je suppose qu'elle voulait dire que je savais très bien faire tout cela !

L'ambiance du film est plutôt pesante, le film assez lent. Comment était le tournage ?

En général, on dit que pour un film assez sombre, le tournage est assez gai. Là, le tournage a été assez rude car nous avons eu des problèmes avec le temps, les décors ont été inondés. Forcément, ça mine un peu le moral. Et puis c'est sensé être un film d'été alors que nous avons tourné de septembre à novembre. À la fin, nous tournions les scènes de nuit, il faisait très très froid ! Nous avons donc alterné entre le gai et le déprimant.

Il est de coutume de dire que lorsqu'un acteur ou une actrice prend du poids, c'est pour un grand rôle. Vous avez pris dix kilos, alors ?

Je ne pense pas qu'il y ait de grands rôles et de petits rôles. Il y a de beaux scénarios. Il est ici très joli, très touchant. Quand j'ai rencontré la réalisatrice la première fois, elle m'a demandée si j'étais capable de prendre ce poids. J'estime que ça fait partie de mon métier de changer physiquement. Je n'ai pas hésité. Et finalement, c'est assez chouette. Cela permet de rentrer dans le personnage, d'adopter une certaine démarche avec ce corps plus encombrant. Bon, après c'est sûr que le personnage de Lucie m'est resté pas mal de temps à cause du poids ! J'ai dû mettre un en et demi pour perdre les dix kilos, alors que je les avais pris en deux mois !

Votre personnage, Lucie, est une fille nature, sauvage, sans artifices. J'ai l'impression qu'elle vous ressemble un peu?
Elle n'est en effet pas très éloignée de moi. Le maquillage ne m'intéresse pas du tout, je déteste les artifices. C'est pour cela que je n'aime pas trop à aller dans les festivals, soirées, conférences de presse? Ça m'embête de devoir m'habiller bien.

Vous n'avez pas choisi le bon métier !
Je n'ai pas choisi ce métier pour ça ! Mais parce que je me sens bien dans le jeu, que j'adore ça. Je ne peux pas vivre sans. Les festivals sont intéressants car on peut rencontrer pas mal de gens, on peut discuter. Mais comme je n'aime pas parler, c'était compliqué pour moi au début. Mais je progresse ! Je n'y vais toujours pas de gaieté de c?ur, mais je n'ai pas le choix. Après, il y a des journalistes que je commence à bien connaître en Belgique, avec qui j'ai eu plusieurs discussions, et je suis contente de les revoir.

"Le cinéma, j'y suis arrivée par hasard."

Comment êtes-vous arrivée au cinéma d'ailleurs ?
J'aimais beaucoup le théâtre. Quand j'avais 13 ans, j'étais hyper timide, réservée, complexée. Et je me suis dit que j'allais essayer d'avoir plus confiance en moi et que pour cela j'allais faire du théâtre. Et effectivement, une fois sur scène, je me suis sentie super bien. Le cinéma, j'y suis arrivée par hasard. Un ami qui avait fait un casting dans un téléfilm disait que c'était chouette, donc j'y suis allée. Je le remercie souvent !

J'imagine que lorsque vous avez reçu le Prix Lumière en 2010, vous ne deviez pas être très à l'aise?

Dans ce genre de cérémonie, je m'habille genre smoking petite cravate pantalon. Cela me  correspondait à l'époque, depuis j'ai un peu évolué. Mais c'est vrai que j'appréhende ce genre d'événements. Plein de gens viennent me voir et je n'ai pas forcément envie de leur parler. Il y a un côté assez hypocrite en fait. Mais il faut prendre sur soi et ne pas se dire que l'on vend son âme au diable. C'est un jeu et ça doit le rester.

Ce prix a changé a-t-il changé votre statut ?
Ce n'est pas forcément ce prix-là, mais plutôt un ensemble de choses : le prix, les César, deux films sortis l'un à la suite de l'autre. C'était mon entrée dans ce milieu-là. Je ne sais pas si cela a changé ma carrière d'actrice, mais cela m'a permis de rencontrer des gens, d'être visible par d'autres. Aujourd'hui, j'ai plus de choix qu'avant. C'est un petit luxe de dire « non, je ne sais pas, je vais réfléchir. » Je n'ai pas envie d'accepter un film pour tourner. Il faut qu'il me plaise vraiment, assez pour le défendre ensuite. Je marche au coup de c?ur.

Vous parliez tout à l'heure de vos relations avec la presse belge. Comment êtes-vous perçue à l'autre bout du Thalys ?

Ça fonctionne par période en fait. L'année où j'étais aux César, il y avait un engouement de la Belgique, de la fierté nationale. Nous sommes heureux d'avoir des comédiens qui fonctionnent en France. Mais il n'y a pas vraiment de reconnaissance. Les gens du cinéma savent qui je suis, mais ça reste confidentiel. Et de toute façon, je m'en fous.

Vous faites constamment la navette entre les deux pays ?
En ce moment, je suis très France. Je fonctionne par période. J'ai vécu deux ans à Paris, deux ans à Bruxelles, là je reviens à Paris. J'adore bouger !


"Je me suis plus intéressée aux dernières élections françaises, qu'à celles qui vont avoir lieu bientôt en Belgique."

La Belgique nous donne beaucoup d'acteurs, comme Benoît Poelvoorde ou Cécile de France. Vous sentez-vous dans la même lignée ?

Je suis très attachée à mon pays et ravie d'être Belge. Mais je n'ai pas rencontré beaucoup de mes compatriotes, juste Natacha Régnier, pas les plus connus en France. Donc je ne me sens pas descendante de cette génération. En revanche, je peux vous dire que la Belgique est bien appréciée dans le cinéma. Quand tu arrives sur un plateau et tu dis que tu es Belge, on nous dit : "j'adore Bruxelles, super !"

Et qu'avez-vous à dire sur votre pays qui a végété de longs moins sans gouvernement ?
Je n'aime pas donner mon avis politique. Ce n'est pas mon rôle. Certains qui le font ne pensent pas assez à ceux qui vont les suivre sans top réfléchir. Et bizarrement, je me suis plus intéressée aux dernières élections françaises, qu'à celles qui vont avoir lieu bientôt en Belgique. Alors même que je n'ai pas le droit de voter car je ne suis pas Française. Je ne sais même pas sur quoi porte les élections belges. C'est nul de ma part, je sais. Mais il n'y a pas en Belgique cet engouement politique qu'ont les Français. En revanche, un Belge est fier d'être Belge. Les Belges adorent leur pays, ils connaissent Paris mais pour eux ça va trop vite, y a trop de gens, beaucoup sont désagréables? En Belgique, les gens sont chauds, on tutoie plus facilement. Je ne dis pas qu'il n'y a pas d'agressivité, car il y a des cons partout.

Aujourd'hui, comment imaginez-vous votre avenir ?
Je sais que je n'ai pas du tout envie d'être seulement comédienne. Je veux transmettre, j'adorerais travailler avec des enfants, faire des cours de théâtre, conter des histoires, faire faire un film par des enfants. Et j'aimerais bien réaliser aussi. J'écris énormément, j'ai déjà des choses prêtes, des scénarios. Et le côté cool de ce métier est que je rencontre plein de gens donc je peux discuter de la musique, du jeu et trouver des personnes qui m'aident.

Jérémy Patrelle (www.lepetitjournal.com) mercredi 4 juillet 2012



Le film

Paradis perdu (1h33), un film de Ève Deboise avec Pauline Étienne, Olivier Rabourdin, Florence Thomassin, Ouassini Embarek?
Dans une pépinière isolée du sud de la France, Lucie (Pauline Étienne), 17 ans, vit et travaille avec son père Hugo (Olivier Rabourdin). Au c?ur d'une journée d'été plutôt ennuyante, la mère de Lucie (Florence Thomassin) fait son retour après un an de silence radio. La chaleur estivale étouffante laisse alors place à des relations froides et colériques?
Difficile de s'extasier devant ce long métrage intéressant psychologiquement mais au rythme d'une lenteur coupable. Les relations familiales respirent le malaise, et les longs silences plombent notre séance autant qu'une canicule de juillet. Heureusement, Pauline Étienne dépasse tous ces données pour nous offrir une interprétation juste, tout en souplesse.

logofbinter
Publié le 4 juillet 2012, mis à jour le 20 novembre 2012
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