

Mal à la tête après une soirée un peu trop arrosée ? Besoin de vite dégriser ? Outox prétend régler tous vos problèmes. La nouvelle boisson gazeuse, qui débarque demain en France, affirme réduire en un temps record le taux d'alcoolémie. Mais les acteurs de la santé publique sont loin d'être grisés par l'effet d'annonce
La sécurité routière a beau marteler qu'il faut choisir entre boire ou conduire, le nombre de morts sur les routes, bien qu'en diminution, reste dramatique. L'alcool au volant reste la première cause de mortalité chez les moins de 25 ans. Les apéros Facebook ou le binge-drinking prouvent que les lendemains de fête sont toujours synonymes de gueule de bois dans le meilleur des cas. La nouvelle boisson Outox, qui vient de débarquer en France, prétend éviter tous ces désagréments (et tragédies) à ses consommateurs.
Une boisson miracle
D'abord vendue sur internet (3,99 euros) puis dans le circuit traditionnel de distribution, Outox assure accélérer "de façon très importante la réduction du taux d'alcool dans le sang et permet aux individus de retrouver plus rapidement un état normal", explique un communiqué de la marque luxembourgeoise. La boisson gazeuse orange criard fait tout pour séduire les jeunes avides de produits énergisants et aux bienfaits plus ou moins contestables pour leur organisme enivré. Composé entre autres de fructose, de jus de citron, d'acide ascorbique et d'arômes, l'élixir anti-gueule de bois a déjà été commercialisé ponctuellement au Canada, au Japon, en Hongrie et en Espagne.
Ça existe déjà
La recette miracle n'est pourtant pas révolutionnaire, vendue depuis quatre ans en France, la boisson Security Feel Better proposait déjà de dégriser en un temps record. Le remède anti-gueule de bois avait cependant été interdit quelques mois en 2006 car aucune preuve scientifique ne venait étayer ses vertus "naturelles" sensées réduire le taux d'alcoolémie. La stratégie marketing de l'entreprise a depuis changé pour se concentrer sur ses effets apaisants sur les maux de tête des fêtards. Si Outox "attaque sur le créneau de boisson qui fait baisser l'alcoolémie, ils vont complètement à la casse", prévient Patrick Nicaise, PDG de la société PPN qui produit Security Feel Better.
Des allégations inquiétantes
Mais la concurrence n'est pas la seule à râler, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) est à cran. La société Outox ne cesse d'affirmer, tests cliniques à l'appui, que son soda permet de réduire le taux d'alcoolémie. L'Afssa n'a pourtant aucune garantie quant à l'indépendance de ces études, qui ne lui ont d'ailleurs jamais été remises. "Si quelqu'un inventait un produit capable de diminuer réellement le taux d'alcoolémie, il mériterait le prix Nobel", se gausse le docteur Alain Rigaud, président de l'Association nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie. D'ailleurs même si la formule s'avérait efficace, l'affirmation d'une réduction rapide du taux d'alcoolémie suite à la consommation d'une simple boisson gazeuse pourrait faire naître "un sentiment de fausse sécurité à celui qui l'absorbe", explique Marie Favrot, directrice de l'évaluation des risques nutritionnels et sanitaires à l'Afssa. Les jeunes gens éméchés boiraient alors sans notion du danger et sans vérifier leur taux d'alcoolémie, pensant qu'une simple canette de 25 centilitres d'Outox suffit à les remettre d'aplomb.
L'Europe veut réglementer
Ni l'agence sanitaire ni la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) n'a pour l'instant attenté quoi que ce soit pour retirer le produit de la vente. La communication d'Outox comme celle de Security Feel Better devra certainement, faute de preuves tangibles, évoluer du remède miracle au simple breuvage anti-mal de crâne. Mais Outox n'est que l'arbre qui cache la forêt. Le nombre de ces boissons miracles étant en constante augmentation, Bruxelles devrait bientôt y fourrer son nez. La DGCCRF avertit : "A la fin de l'année, le règlement européen mettra au point une liste d'allégations possibles dans laquelle les entreprises devront puiser. Et elles seront obligées de prouver ce qu'elles avancent". Après l'enivrement de la couverture médiatique, le mal de tête commence pour les industriels du secteur.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) jeudi 17 juin 2010
En savoir plus
Article de Libération, Outox, la boisson détox ou intox
Article du Point, OUTOX - Cette boisson "anti-alcoolémie" qui préoccupe le ministère

