

Nicoletta vient de sortir un nouvel album entièrement produit par un producteur de l'entourage de Joey Starr avec qui elle signe un nouveau duo après la reprise de Mamy Blue. La voix la plus chaude de la chanson française s'est confiée au PetitJournal.com.
Nicoletta a plus de 40 ans de carrière à son actif avec des morceaux qui resteront dans l'histoire de la chanson française comme Mamy Blue, Idées Noires (en duo avec Bernard Lavilliers), Il est mort le soleil ou La Musique. Pour son 23e album, elle a fait appel à Kimfu, musicien, producteur, arrangeur reconnu dans le milieu du hip-hop. Ici et Ailleurs, qui regroupe 11 nouveaux titres dont des duos avec Joey Starr et Florent Pagny, marque un tournant dans la carrière de Nicoletta par ses sonorités modernes. Mais il reste néanmoins imprégnée de l'âme de cette artiste, la seule femme blanche qui a une voix de noire, comme le disait Ray Charles.
Lepetitjournal.com - Vous parlez de cet album comme d'un lifting musical : comment avez-vous décidé de franchir le pas, et donner à votre album Ici et Ailleurs une tournure musicale très moderne ?
Nicoletta - L'expression "lifting musical", c'était une blague. Cet album c'est tout moi avec seulement une façon nouvelle de faire des arrangements. Ce sont des vrais instruments mais avec les possibilités de programmation actuelle. Paris compte énormément de musiciens de talent, et il faut s'en servir ! Dans Ici et Ailleurs, on trouve des chansons très personnelles comme Tu seras un fils qui est une chanson pour mon fils Alexandre de 34 ans. C'est aussi une chanson pour toutes les mamans qui ressentent un grand vide lorsque leurs fils quittent la maison familiale pour devenir des hommes. Il y a aussi une chanson très rock avec Florent Pagny et un nouveau duo avec Didier (ndlr : Joey Starr) où il pose son rap sur une chanson très forte qui parle de la souffrance des enfants. Il a écrit "Enfant d'ici, enfant du monde, enfant d'ailleurs" et c'est même devenu le nom de l'album. En travaillant sur cet album, je me suis rendu compte que j'avais beaucoup à apprendre. Mais avant tout, cela a été vraiment du plaisir, une joie partagée. J'ai été entouré de jeunes tout le temps et bien sûr de Kimfu que j'avais rencontré quand j'avais chanté Mamy Blue avec Didier. Kimfu a 30 ans mais il connaît tous les jazzmen et c'est un féru de grande musique. Il a écouté tout ce que j'avais fait depuis 40 ans et j'aime à dire qu'il m'a bien servi. On a défini le style d'Ici et Ailleurs comme "Electro Acoustique Pop Soul Gospel". C'est normal que cet album ait une tournure plus moderne mais déjà en 1968 quand j'avais sorti Il est mort le soleil c'était un titre américanisé. Une personne comme Michel Berger avait aussi beaucoup d'influence anglo-saxonne. C'était un génie à la musique vraiment riche, moderne et avec qui j'aurais beaucoup aimé travailler. Aujourd'hui, les radios en France une passent de 60% à 70% de chansons anglo-saxonnes. Comment voulez-vous que les artistes ne soient pas influencés ? Ici et Ailleurs, c'est un album dans une formule internationale mais avec une âme française.
Vous avez fait appel à nouveau à Boris Bergman, auteur notamment pour Alain Bashung?
Oui, Bergman est quelqu'un de très talentueux qui aussi du cinéma. C'est un auteur très pris et j'étais très content qu'il se libère pour écrire pour moi. Il m'a très bien compris sur la chanson Tu seras un fils, comme m'a très bien compris Julie (Sogni-Daroy) qui a écrit 70% de l'album. C'était important qu'une femme soit derrière les paroles de cet album même si c'est vrai que certains hommes sont très sensibles, parfois plus sensibles que les femmes. C'est comme mon nouveau copain Joey Starr. Il a l'air d'apparence très dur mais quand on gratte en-dessous on s'aperçoit qu'il est très sensible et gentil. Avant c'était un ado furieux, aujourd'hui c'est un homme. Il m'a même présenté à sa mère qu'il a très peu vu pendant son enfance (ndlr : Joey Starr met en scène cette période de sa vie dans le clip de la reprise de Mamy Blue).
De voir des personnes comme Joey Starr ou Kimfu, qui viennent d'une autre génération et d'un autre monde musical, dire qu'ils ont été bercés par vos chansons, qu'ils vous admirent, qu'est-ce que cela vous fait ?
Ça me touche beaucoup, mais ils ne sont pas les seuls. Beaucoup de jeunes qui ont la trentaine me disent la même chose. Mais vous savez, j'ai toujours été très naturel, pas sophistiqué. Je suis assez garçon manqué, téméraire, je n'ai peur de personne. J'ai toujours dit "je n'ai peur que de Dieu et du Diable". Depuis que j'ai 18 ans, je fais du Gospel et je suis inspiré par la musicalité de ce chant. C'est la grand-mère de toutes les musiques noires américaines avec ces belles harmonisations. C'est la musique de l'âme.
Des concerts sont-ils prévus ?
Oui il y aura les 22 et 23 novembre au Bataclan. Nous avons aussi des dates déjà prises depuis longtemps à honorer en 2013, puis nous partirons l'an prochain sur une tournée dans toute la France. J'ai hâte de reprendre les anciennes chansons, et de les rendre plus aérées. Je n'en dors pas. Il y a aussi les chansons du nouvel album, c'est un an de travail à défendre. Il faut trouver la musicalité, les chansons. On a dû envoyer une trentaine de maquettes à la maison de disque. Elle nous fait confiance et c'est pour cela qu'il fallait rendre quelque chose de parfait. L'industrie du disque a des difficultés, il faut donc être encore plus exigeant.
Premier extrait de l'album Petite s?ur
Dans la chanson Coq Boys, vous parlez du mauvais comportement de certains hommes envers les femmes. Vous trouvez que la société du 21e siècle est toujours aussi misogyne ?
Le problème de la société d'aujourd'hui c'est qu'elle piétine car elle a peur de son avenir et c'est vraiment quelque chose que je n'aime pas. Et nous, les artistes, nous avons un rôle à jouer. Nous devons ouvrir les vannes, être créatif. L'industrie de la musique est aujourd'hui paralysée car elle a pris trop de retard dans l'aventure Internet. Elle a été trop frileuse. Aujourd'hui les gens de ma génération on les prend pour des benêts, on les cantonne à des reprises.
Je pense que les bons auteurs-compositeurs-interprètes français seront toujours là. J'aime beaucoup La Grande Sophie, Rose, Michaël Miro. Il y a de la fraîcheur dans les textes, de belles mélodies. C'est dans la tradition musicale française mais avec des aménagements modernes. J'aime aussi beaucoup Shy'm. Elle danse comme personne. On sent que ce qu'elle fait est très professionnelle, tout en s'adressant aux jeunes. Il y a aussi Matt Pokora.
Vous écoutez aussi Muse, Amy Winehouse?
Comment vous savez ça ? (Elle rigole) Oui, j'aime vraiment beaucoup Muse. Et Amy? c'était la petite soeur de Janis Joplin. A 23 ans, j'ai pleuré quand Janis est morte. Amy, ça m'a fait le même effet. Ce métier fait quand même des martyrs quand on voit Judy Garland, Billie Holiday. Amy Winehouse a laissé déjà beaucoup mais elle aurait pu laisser plus encore.
Dans cet album, vous rendez également hommage à Ray Charles, votre "maître". C'était quelque chose d'important pour vous ?
Ça c'est un hommage de la part de Kimfu, Julie et moi. Julie m'avait écrit un texte il y a longtemps et pendant la préparation de l'album, un jour Kimfu m'appelle et me dit : "Tu sais, il faut absolument qu'on fasse une chanson pour Ray, c'est notre père à tous". Quand je lui ai dit que j'avais déjà un texte, il a travaillé dessus pour faire le titre Ray. Maintenant, j'espère pouvoir la chanter avec un orchestre philharmonique. On a même eu les droits pour entendre Ray parler au début et à la fin du titre. C'est génial ! En hip-hop, ils appellent ça des samples, moi j'appelle ça des réminiscences musicales. Sur le morceau Coq Boys, on reconnaît le souffle d'Ottis Redding. Sur le titre La Voix des Anges avec Joey, des jeunes ont retrouvé un passage du groupe Brigitte. Il y a même la comptine A la Clairefontaine qui est reprise à un moment donné.
Il y a une autre de vos chansons qui a marqué beaucoup de gens, c'est Idées noires?
Ce morceau j'en suis toujours pas revenu. Il n'a pas pris une ride. Il faut dire que Bernard (ndlr : Lavilliers) écrit de façon magique. C'est quelqu'un de formidable. J'ai eu de la chance de rencontrer des artistes qui m'ont nourri comme Bernard, Manu Chao. Ca m'a stimulé tout au long de ma carrière. Finalement, ces chansons nous précédent? et deviennent plus connues que nous.
Yann Fernandez (www.lepetitjournal.com) lundi 15 avril 2013
Nicoletta ? Ici et Ailleurs
Sortie chez Wagram Music
(Photos Courtoisie Nicoletta et Jean-Chistophe Molinier)

