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MICHEL ONFRAY - Pourquoi est-il la rockstar de la philosophie ?

Écrit par Lepetitjournal.com International
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 septembre 2015


Philosophe médiatique, libertaire, populaire mais méprisé par les universitaires,
Michel Onfray apparait souvent comme une sorte de rockstar marginale du monde intellectuel. Pourquoi s'est-il attiré cette réputation sulfureuse qui lui vaut le mépris de nombre de ses pairs ?

photo AFP
Parce qu'il philosophe à contre-courant

Les interventions et les ouvrages de Michel Onfray se caractérisent par la volonté de s'inscrire à rebours d'une pensée dominante, celle d'un "pouvoir intellectuel" successivement idéaliste, moraliste et libéral qui occulterait et opprimerait tous les autres courant de pensée.

A cette pensée officielle, Onfray veut opposer sa Contre-histoire de la philosophie, son ?uvre majeure en 9 tomes qu'il a fait connaître au grand public au travers de 13 cycles de conférences sur France Culture. Sa grande idée est qu'il existe une tradition cachée, un pan entier de la philosophie qui serait resté dans l'ombre de la pensée des vainqueurs installée selon lui depuis 20 siècles de Christianisme. Se définissant lui-même comme matérialiste et hédoniste, Onfray veut remettre au goût du jour des philosophes oubliés, jugés peu sérieux par la tradition universitaire héritière de la scholastique : Diogène le Cynique, La Mettrie, le marquis de Sade...

Onfray apparaît donc comme un résistant, un philosophe de combat : ses sujets de prédilection sont le dénigrement des penseurs qui font autorité dans les milieux universitaires (Kant, Platon...) et médiatiques (Bernard-Henri Lévy...) et la réhabilitation de ceux qui ont une réputation sulfureuse (Nietzsche, les penseurs libertins...).

Parce qu'il est un prof populaire
A travers le choix de ses sujets (l'hédonisme, le sexe, la psychanalyse...), ses accents nietzschéens, son refus des morales et des religions, Onfray a su donner un visage rebelle et excitant à la philosophie qui apparaît trop souvent comme une discipline austère et ennuyeuse. Il a ainsi séduit un large public en quête de pensée anti-conventionnelle et libertaire.

Dans son Antimanuel de philosophie, il se veut le professeur complice des élèves de terminale barbés par l'enseignement classique de la philosophie. Pour les y attirer, tous les procédés sont bons : titres provocateurs (le premier chapitre s'intitule "Faut-il brûler votre professeur de philosophie ?"), anecdotes savoureuses sur la masturbation de Diogène le cynique et sur les traités des philosophes libertins...

Onfray est également connu pour l'Université Populaire de Caen qu'il a fondée. Il y dispense gratuitement au plus grand nombre des cours et conférences dans lesquels il cherche à rendre la philosophie plus accessible et plus attractive : un véritable bon plan pour ceux qui souhaitent découvrir cette discipline en tant qu'auditeur libre, sans les contraintes des autres universités. Cette initiative utopique, qui rappelle celle du centre universitaire expérimental de Vincennes en 1968, couplée à son expérience de professeur de philosophie en lycée technologique, fait de Michel Onfray le professeur populaire par excellence. Il se veut aux antipodes des maîtres de conférence en université, plus versés dans l'érudition que dans la véritable transmission d'un savoir.

Un show-man des idées ?
Intellectuel atypique, Michel Onfray a des mérites indiscutables comme celui d'attirer à la philosophie un public qui ne s'y serait pas naturellement intéressé ou de faire découvrir des penseurs méconnus car trop souvent dénigrés. Son ?uvre se veut décapante et bouscule les limites de la philosophie, qui sont trop souvent fixées par les programmes des universités : en cela, elle est salutaire.

Mais la mauvaise réputation dont pâtit Onfray dans l'enseignement supérieur n'est pas due tant à ses sujets d'études, ni-même à ses idées, qu'à une certaine tendance à l'exagération. Sur les plateaux télé, par volonté d'être percutant, il cumule les imprécisions qui lui valent l'inimité et le mépris de ses pairs. En s'obstinant à vouloir dénigrer des auteurs qui étaient pourtant des génies de leurs temps, il recourt trop souvent à des procédés fallacieux : attaques ad hominem, réduction de leurs pensées à des citations hors de leur contexte...

On l'a vu, par exemple, partir d'une citation de Kant sur la légalité de l'infanticide pour en déduire que le système philosophique du penseur de Königsberg contiendrait les germes du nazisme. En réalité, ce passage de la Métaphysique des m?urs n'était rien de plus qu'un exemple permettant à Kant d'illustrer la séparation radicale qu'il concevait entre la morale et la loi.

C'est donc un certain sensationnalisme, un goût du scandale et des idées percutantes que le monde intellectuel a du mal à lui pardonner : Onfray se laisse parfois aller à des arguments démagogiques et excessifs, quitte à y sacrifier parfois la rigueur et la nuance attendues d'un philosophe.

Julien Josset, fondateur du site la-philosophie.com (www.lepetitjournal.com) Lundi 14  septembre 2015

Du même auteur, lire aussi : ETUDES DE PHILOSOPHIE - Quels débouchés ?
et PHILOSOPHIE - Où l'étudier à l'étranger ?

logofbinter
Publié le 13 septembre 2015, mis à jour le 13 septembre 2015
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