

Les Kenyan Riders, équipe de cyclistes créée en 2008 au Kenya par un Singapourien et un couple de Français, sont bien décidés à devenir la première formation noire-africaine à disputer le Tour de France d'ici deux ou trois ans.
Malgré la qualité médiocre de leurs routes d'entraînement, les Kenyan Riders s'affirment déjà comme une des meilleures équipes d'Afrique (photo courtoisie Kenyan Riders)
Loin des caméras braquées actuellement sur la Tour de France, une équipe cycliste s'entraîne sur les routes du Kenya dans le but d'être la première formation noire-africaine à disputer la Grande Boucle. Les Kenyan Riders ont été formés il y a six ans sous l'impulsion de Nicholas Leong, un entrepreneur de Singapour passionné de cyclisme, avec le soutien financier d'un couple de Français habitant également à dans cette cité-Etat asiatique, Matthieu et Marie-Anne Vermersch. "Je voyais que d'autres sports faisaient place à la diversité : le football, l'athlétisme, le golf, le tennis? mais pas le cyclisme, explique-t-il. J'arrivais à la fin de la trentaine, je n'avais aucune obligation, je n'étais pas marié, j'avais gagné un peu d'argent, donc j'ai pensé que je pourrais faire un essai". Dans l'optique d'ériger une équipe avec des coureurs et des moyens locaux, Nicholas Leong pense au Kenya, pays sportivement connu pour ses athlètes de demi-fond. "C'est le pays avec le meilleur réservoir de talents en matière d'endurance sur la planète, indique-t-il. Le cyclisme est un sport d'endurance et les Kenyans méritent qu'on leur donne l'opportunité d'exprimer leur talent dans quelque chose d'autre que la course."
Des premiers résultats probants
Nicholas Leong se rend alors dans la ville d'Iten, perché à 2.400m d'altitude, là où s'entraînent les meilleurs marathoniens du pays. Pour atteindre les hauteurs, il se fait amener par les rouleurs d'une compagnie de vélo-taxis. Le plus rapide d'entre eux, Samwel Mwangi, impressionne l'entrepreneur singapourien et il est l'un des premiers coureurs engagés. Aujourd'hui, il est le capitaine d'une équipe de 14 coureurs salariés encadrés par un staff de huit personnes et coachés par trois entraîneurs, dont Rob Highley qui entraînait jusqu'en 2011 des athlètes kenyans de demi-fond comme David Rudish, le champion olympique et champion du monde en titre du 800m. "Nous détectons des jeunes de 17 à 20 ans qui vivent en altitude, ont une alimentation saine et qui ont une physiologie extraordinaire, raconte Nicholas Leong. Au départ, une grande partie de notre travail est d'essayer de les amener à faire le lien entre leur corps et le vélo. Pour cela, nous avons mis en place des enseignements qui traitent des roues, du mouvement circulaire, de la meilleure façon de faire fonctionner notre tronc et nos muscles posturaux (ndlr : dorsaux, abdominaux, fessiers et muscles des hanches) en cercle. L'équipe élite s'entraîne tous les jours lorsque nous sommes en pleine saison". Et cela paie. Avec leurs vélos locaux ? les Black Mamba - à la base assez lourds mais améliorés par des mécaniciens kenyans, les Kenyan Riders ont obtenu l'an passé une 2e place sur la Haute Route, et surtout une 4e place par équipe et une 3e place individuelle sur le Tour du Rwanda, une épreuve inclue dans le calendrier de la fédération internationale qui accueille des concurrents européens.
A côté de ces cyclistes professionnels, il existe au sein de Kenyan Riders une équipe de développement qui regroupe étudiants et jeunes adultes. La popularisation du sport au Kenya auprès des jeunes est un enjeu majeur pour Nicholas Leong. "Je rencontre des éducateurs, des entraîneurs, des personnels dans les écoles et j'essaie de mettre en place des processus de détection aux endroits où nous serons susceptibles de trouver la nouvelle génération de talents, explique-t-il. En plus d'organiser des courses pour les jeunes, nous les encourageons à la pratique du vélo au quotidien afin que même ceux qui habitent loin des écoles puissent s'y rendre." Mais pour que cette politique de développement auprès des plus jeunes gagne en efficacité et en territorialité, les Kenyan Riders ont besoin de plus de financement. Le projet est à la recherche d'un partenaire financier et d'un sponsor, l'équipe courant aujourd'hui en tant qu'équipe nationale du Kenya et non pas sous le nom d'une marque comme le font toutes les formations qui participent aux grandes courses cyclistes du circuit professionnel. "Nous avons lancé un projet cycliste pionner et nous ambitionnons d'être la premier équipe noir-africaine à évoluer dans l'élite du cyclisme professionnel," affirme Nicholas Leong, certain qu'une marque verrait son image grandir par un tel sponsorship. Les Kenyan Riders se sont donnés de deux à trois ans pour disputer grandes courses et notamment le Tour de France. Et ainsi écrire une page de l'histoire de leur sport.
Yann Fernandez (www.lepetitjournal.com) jeudi 11 juillet 2013
Pour en savoir plus : le site internet des Kenyan Riders
Bien qu'il coure le Tour de France sous les couleurs de la Grande-Bretagne, Chris Froome (photo AFP) est né au Kenya, dans la capitale Nairobi. Né de parents kenyans d'ascendance britannique, il a passé ses quatorze premières années au Kenya où à huit ans, pour se faire de l'argent de poche, il roulait à vélo et vendait des avocats à la sauvette. Après un passage en Afrique du Sud pour suivre son père qui travaillait dans le tourisme, il est devenu professionnel et a disputé son premier Tour de France, en 2008, en tant que coureur kenyan. "Mes racines sont kényanes, ma façon d'être est kényane, mais je ne suis pas le premier Kényan à faire le Tour de France. Disons que je suis plutôt le premier coureur du Kenya à faire le Tour de France, disait-il néanmoins à l'époque au site d'information généraliste belge 7sur7. Là-bas, je suis très connu dans la communauté cycliste mais comme personne n'entend jamais parler de vélo, personne au Kenya ne me connaît vraiment. J'ai juste eu la chance petit de pouvoir me faire offrir un vélo. C'est quelque chose qu'aucun Kényan ne peut offrir à ses enfants. C'est aussi pour ça qu'ils choisissent la course à pied et c'est dommage, car le talent ne demande qu'à être exploité. Mais lancer le vélo là-bas, c'est difficile." Difficile mais pas impossible, les Kenyan Riders en sont là preuve. A noter que 2013 est une très belle année pour le cyclisme africain puisque Natnael Berhane, un Erythréen de 22 ans, qui a signé début 2013 son premier contrat professionnel avec Europcar, vient de remporter une étape du Tour de Turquie, devenant le premier coureur noir africain à inscrire son nom au palmarès d'une épreuve du calendrier international classée en hors-catégorie. Quant au Sud-Africain Daryl Impey, il est devenu la semaine dernière le premier maillot jaune africain de l'histoire. |

