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FRED METAYER - "Les concerts à l’étranger sont des opportunités"

Écrit par Lepetitjournal.com International
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 janvier 2014



Voix puissante et fragile à la fois, musique forte et mélancolique, Fred Métayer est un artiste méconnu du grand public malgré un talent d'auteur-compositeur indéniable. Homme de voyage, qui a joué près de 300 concerts à travers le monde notamment dans de nombreux Instituts Français et Alliances Françaises, l'artiste sort un troisième album co-écrit avec Miossec.

Si des voyages en Amérique du Sud et en Afrique ont formé la jeunesse de Fred Métayer, l'auteur-compositeur aujourd'hui installé à Paris n'a pas renoncé à continuer de découvrir le monde et à découvrir un public expatrié dont il se sent proche. Fred a notamment effectué une très longue série de concerts au Proche-Orient et en Chine ces dernières années et espère encore travailler avec les Alliances Françaises et les Instituts Français à l'étranger pour défendre sur scène son dernier album Morsures.

LePetitJournal.com : Assez jeune, vous êtes parti en voyage en Amérique du Sud pendant six mois. Pour quelles raisons avez-vous tenté cette expérience ?
Il y a eu une époque où en travaillant comme éducateur spécialisé auprès d'enfants classés par le ministère de la Justice, j'ai voulu bouger de France pour m'extraire de tout ça. C'était une envie d'évasion. Plus que les villes d'Amérique du Sud, c'était la Patagonie que voulais voir et que j'ai découverte à cheval. C'était une des choses dont je me disais qu'il faudrait que je fasse au moins une fois dans ma vie. Après ce voyage, je suis revenu avec l'assurance que rien n'était impossible dans la vie. Après quelque chose comme ça, on peut se projeter sur un peu ce que l'on veut comme avenir. Partir de France, acheter des chevaux là-bas et se mettre à voyager à dos de ses chevaux, j'avais l'impression de revenir en arrière et en même temps d'avancer dans ma vie.

Ensuite vous avez de nouveau rapidement bougé pour aller en Ethiopie?
Après la Patagonie, je suis repassé d'abord par la France, j'ai commencé à écrire mes premiers textes avec notamment De c'côté du monde. Comme je le dis dans cette chanson, en rentrant, j'ai eu l'impression que l'amour et l'amitié avaient disparu en France. Un ou deux ans après mon retour, je suis allé en Ethiopie grâce à l'Institut français là-bas et j'ai eu en plus la chance d'enregistrer avec des musiciens éthiopiens. J'avais deux amis qui étaient déjà en Ethiopie, un ethnologue et un pote d'enfance qui y faisaient un documentaire universitaire, et qui m'ont demandé si je voulais venir faire un concert sur quelques images. On a commencé à monter un groupe en trouvant différents musiciens sur place. Je suis resté un mois avec de belles rencontres musicales, des gens que j'ai retrouvés pour certains en France.

Vous tournez beaucoup à l'étranger. Que cela vous apporte-t-il humainement et professionnellement ?
Il y a des fois c'est des tournées un peu marathon comme en Chine l'année dernière où en dix jours j'ai fait dix villes. Je n'ai pas eu le temps de bien voir les villes, par contre je connais bien les aéroports chinois (rires). En général, ces concerts à l'étranger sont des opportunités qui me permettent d'aller voir le monde et qui sont utiles professionnellement, car dans le réseau des salles à l'étranger, il y a de bonnes choses et de bonnes surprises. Je reçois souvent aussi des messages, des mails de personnes qui m'ont vu à l'étranger. Tout cela nourrit mon regard sur le monde. Ce qui est vraiment très intéressant, c'est quand tu passes du temps avec des gens qui sont résidents dans la ville depuis longtemps, qui connaissent la langue et l'histoire du pays, qui ont un intérêt pour le pays. J'apprends sur le pays beaucoup plus que si j'étais appelé pour jouer en tant que star internationale qui vient passer une nuit dans un hôtel Sheraton. J'ai fait aussi pas mal de centres culturels en Israël et Palestine. Je suis passé des deux côtés de la frontière que j'ai pu voir sans aucun a priori. Dans la journée, je jouais avec des musiciens locaux pour répéter puis ils jouaient avec moi le soir. En Chine, c'était passionnant de tomber sur des Français qui avaient appris le mandarin, qui souhaitaient rester là-bas, et qui m'expliquaient l'organisation actuelle de la société chinoise par rapport à son histoire. J'ai l'intention évidemment de refaire certains concerts à l'étranger.

Aujourd'hui, vous vous êtes réinstallé en France. Pourquoi ce retour ?
Après le deuxième album et la tournée de Mes graines que j'avais terminée à l'étranger, il fallait réécrire un projet pour le nouvel album qui vient de sortir et j'avais besoin de me fixer quelque part. Je me suis donc installé à Paris depuis 2010 tout en travaillant comme régisseur de scène à la Salle Pleyel.

Dans les chansons Mon Pays ou même Economie de Ma Personne, vous étiez assez critique de la façon de vivre à l'occidentale. Est-ce que tu as changé ton point de vue là-dessus ?

C'est vrai que c'est quelque chose que je n'ai pas abordé dans ce nouvel album qui est plus sur la rupture. Ce regard assez critique sur l'Occident que j'ai, c'est la question du "à quoi bon rester prisonnier du progrès et de la technique ?". Mais en me rendant en Chine l'an dernier, j'ai vu sur place qu'il y avait tout un continent qui voulait la même chose que nous : l'intérieur IKEA, les tablettes numériques et accéder aux mêmes loisirs que les Occidentaux.

Vous avez un talent musical reconnu par les gens de la profession, vous avez fait la première partie de Bashung ou encore Bénabar, vous avez travaillé avec Miossec, et pourtant vous êtes très rarement joué en radio ou interviewé dans les médias?
Cela vient peut-être de moi. Il fallait peut-être que je précise musicalement ce que je faisais, et je pense que la présence de Miossec sur cet album le permet. Avant, ma musique était inspirée de différents styles, avec beaucoup d'instruments, et des textes forts en images mais pas vraiment en verbe. Je cherchais beaucoup de sonorités. Cela donnait quelque chose de très aérien qui ne dévoilait pas assez de chose de ma personne. Il y a des artistes que l'on aime parce qu'à un moment ils ont choisi et se sont arrêtés sur quelque chose dans leur façon d'exprimer leur musique, une chose qui fait dire que c'est vraiment cet artiste là que l'on entend. Avec ce nouvel album je suis revenu aux chansons telles que je sais les faire. C'est à dire que je me suis presque contraint à utiliser les mêmes accords sur quatre ou cinq titres, utilisés différemment et dans différents sens, pour donner quelque chose de simple qui sert le texte et qui déborde pas trop en musique. Sur cet album, j'ai un réalisateur Julien Gaulier qui m'avait dit qu'il ne me ferait pas plein d'arrangements comme Jean Lamoot (ndlr : producteur de Salif Keita, Bashung ou Noir Désir entre autres) l'avait fait sur Mes Graines. Mais il voulait absolument bien finaliser l'album que je puisse le défendre sur scène. Le déclic ça a quand même été sur Je ris encore où en quatre accords, il y a un truc dans la musique qui paraît évident et qui porte le texte.



Miossec a co-écrit plusieurs chansons de l'album. Comment s'est passée votre rencontre avec lui ?

Ça s'est passé par managers interposés. Mon manager de l'époque avait appelé une personne de l'entourage professionnel de Miossec et il a répondu présent en disant qu'il connaissait ce que je faisais et qu'il ne comprenait pas pourquoi certaines chansons de mon deuxième album, comme par exemple Hameçon, n'avaient pas davantage tourné en radio. A partir de là, il m'a envoyé des textes en me disant "Prends ce que tu veux dedans. Il y a des textes qui sont aussi faits pour aller à la poubelle". J'en ai sorti deux-trois titres. Le premier c'était Je ris encore, puis il y a eu Les emmerdements et enfin Souviens-toi que j'ai mélangé et auquel j'ai rajouté des couplets. Ensuite, on a fait de la co-écriture par mail, on s'est envoyé des trucs par ping-pong et puis il est venu travailler avec moi directement.

Quels sont vos autres projets mis à part la sortie à défendre de cet album ?
Il y a 4 ou 5 ans j'avais fait un concert avec l'Institut français de Tunis. C'est un pays où il y a des choses culturelles qui se montent, comme des festivals. J'ai passé pas mal de temps là-bas car ma femme est tunisienne et elle s'occupe d'un Centre d'Art Vivant là-bas. On va essayer de monter une programmation et j'espère pouvoir répondre positivement à d'autres demandes venant d'Alliances françaises et d'Institut français dans le monde prochainement.
Paul Garibaldi (www.lepetitjournal.com) vendredi 17 janvier 2014



Fred Métayer ? La Morsure
Disponible sur iTunes entre autres
Dates à La Réunion et dans des Alliances Françaises et Instituts Français à venir.





logofbinter
Publié le 14 janvier 2014, mis à jour le 14 janvier 2014
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