

À 39 ans, François-Xavier Demaison est désormais bien intégré au paysage cinématographique français. À l'affiche de la comédie Comme des frères, en salles aujourd'hui, il distille de nouveau son côté râleur et sa bonne humeur. Et dans la vraie vie, il n'oublie rien de son passé d'expatrié.
De gauche à droite : Pierre Niney, François-Xavier Demaison et Nicolas Duvauchelle
Lepetitjournal.com : Comme des frères, c'est une histoire d'amour à quatre, si l'on peut s'exprimer ainsi ?
François-Xavier Demaison : Effectivement, chacun des trois hommes est amoureux de Charlie, l'héroïne qui décède au tout début du film. Mais de manières différentes. Ils n'ont rien en commun et ont tous aimé Charlie. Moi j'ai eu quelques relations intimes avec elle, et puis elle m'a plaqué. Je suis resté bloqué sur elle. Le personnage de Nicolas Duvauchelle a une aventure avec elle un peu plus tôt, au lycée. Quant à celui de Pierre Niney, c'était sa baby-sitter.
Ensemble, ils sont embarqués dans un road trip?
Ils prennent la route car ce sont les dernières volontés de Charlie. Ils le font par respect. Et progressivement ils vont être amenés à se découvrir. Chacun va retirer sa protection et apprendre à s'apprécier. Et finalement, Charlie leur fait un énorme cadeau : l'amitié. J'adore les road movies comme Thelma et Louise par exemple. Là, il y a des systèmes de flash back qui nous rappellent ce qu'étaient les protagonistes avant de se connaître. Le spectateur voit l'évolution de chacun des personnages et de l'entente entre eux, qui au départ ne peuvent pas se sentir.
En tant qu'aîné de ce trio, vous vous sentiez investi d'une certaine mission ?
Nous sommes un peu devenus comme des frères et j'étais le grand, c'est vrai. Ce qui s'est passé dans le film s'est également passé dans la vie. Si l'on s'attache autant à ces trois personnages c'est que ça respire le vrai. Nous n'avons pas triché. Nous avons vécu dans cette voiture en changeant de décor tous les jours. Nous vivions ce road movie aussi dans la vraie vie. Sincèrement, ce n'est pas de la promo de dire que nous nous sommes vraiment aimés, profondément.
Sur ce film, le côté comédie est bien assumé alors que celui plus dramatique reste un peu trop en toile de fond?
Le réalisateur Hugo Gélin parle des choses sérieuses avec beaucoup de légèreté et des choses légères avec beaucoup de gravité. Il est sur le fil. Et c'est là toute l'originalité et l'élégance du film. On ne tombe jamais dans le pathos mais on pleure quand même. Nous avons fait une cinquantaine de dates en province, les gens sortaient du film en larmes. C'est un film qui parle de la mort mais qui la survole de manière pudique et élégante.
Visiblement, vous n'éprouvez aucune difficulté à passer du drame à la comédie?
Ce film me fait penser à Tellement proches (sorti en 2009) d'Eric Toledano et Olivier Nakache, lui aussi sur le fil du rire et de l'émotion. Mon personnage était un peu antipathique au début et très attachant à la fin. J'aime bien ce genre de rôles où les personnages ont un joli parcours.
Dans le votre, on peut dire que le film Coluche tient une place primordiale, non ?
C'est un déclencheur. Avec ce rôle et cette nomination au César du meilleur acteur en 2009, j'ai eu beaucoup de propositions par la suite. C'est ce qui fait qu'aujourd'hui j'ai pratiquement fait une vingtaine de films avec quelques beaux rôles principaux. Merci Antoine de Caunes ! Il est venu me chercher, comme Toledano et Nakache, sur des aspects moins évidents de ma personnalité.
Votre parcours a également été marqué par une étape importante : l'expatriation à New York en 2001-2002.
J'en profite pour embrasser tous les expatriés, où qu'ils soient. Je sais ce que c'est d'être un Français à l'étranger. Alors certes, mon expatriation n'a pas duré longtemps, un peu plus d'un an, mais c'était intense. J'étais à New York et j'ai vécu le 11 septembre 2001. Je suis parti neuf mois après. Cela a changé ma vie.
Que faisiez-vous exactement là-bas ?
J'étais fiscaliste chez Price Waterhouse Coopers à Manhattan. Mon bureau était 52nd Street et 6th Avenue, le building s'appelait à l'époque Crédit Lyonnais Building. J'habitais dans le sud de Manhattan, dans un petit appartement. J'ai adoré cette expat', j'ai découvert une ville pleine d'énergie. Selon moi, l'expatriation élargit le champ des possibles. On sort de son contexte, on est livré à soi-même. Je connais des gens qui se sont vraiment révélés dans l'expatriation.
Pourquoi étiez-vous parti à New York ?
Sans doute pour fuir quelque chose, ou trouver quelque chose. J'ai finalement découvert une ville formidable qui m'a dopé dans ma prise de décision et de changement de vie. J'ai compris que la vie était courte. Le 11 septembre a été un choc qui a accéléré une prise de conscience, une introspection. Mais l'expat' y a participé grandement également.
Qu'est-ce qui vous manquait le plus sur place ?
Tous les expatriés vont se reconnaître dans cette réponse : ce sont les amis. Et lorsque que l'on revient quelques jours chez nous, un sentiment de déception nous envahit parfois car nos amis ne sont pas ultra disponibles pour nous alors que l'on se disait qu'ils seraient tous à nous attendre. C'est parfois un peu douloureux. Tu es plus en demande qu'eux. C'est un peu loin des yeux loin du c?ur en réalité. Sinon, j'ajoute que le fromage manque aussi beaucoup au quotidien !
Quand vous revenez en France en 2002, vous êtes reparti de zéro ?
Pas vraiment. À l'époque je n'avais pas d'enfant, j'avais 28-29 ans, pas un gros train de vie. J'ai tout plaqué mais ça allait, je n'étais pas à la rue. J'avais écrit un début de spectacle dans mon open space aux Etats-Unis. Ensuite, j'ai fait des rencontres et tout s'est fait assez vite. J'avais une foi à déplacer les montagnes pour monter sur scène.
Dix ans après, tout est conforme à l'idée que vous vous faisiez ?
Je vis un rêve éveillé. Je fais de la scène, je fais des films variés au cinéma, j'ai prêté ma voix au prochain Disney qui sort le 5 décembre, Les Mondes de Ralph. Et il y a aujourd'hui ce film que j'adore. Tout va bien.
Sauf que vous n'avez plus le bonheur d'être un expatrié ! Quel aspect de cette vie passée vous manque-t-il le plus ?
L'aventure. L'expatriation c'est l'aventure. Je voyage beaucoup aujourd'hui mais c'est pour le boulot, ce sont souvent des sauts de puce. Lorsque tu es expatrié, tu fais une vraie expérience dans un pays, à la découverte d'une autre culture. Mais bon, je me dis que finalement mon métier est un expat' en soi, c'est une aventure !
Regrettez-vous de ne pas avoir vécu l'époque historique de Barack Obama plutôt que de rentrer et vivre avec Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ?
Nous sommes tous un peu obamaniaques en France, moi aussi. Je ne l'ai pas vécu en live, mais j'ai quand même suivi ça à distance. Mais concernant le côté historique, j'ai eu une bonne dose avec ce 11 septembre ! Chaque année je repense à cette date. Je me revois traverser Manhattan à pied pour rejoindre mon domicile. Tous les métros étaient bouchés, les gens remontaient de l'enfer les yeux couverts de sang. Nous étions dépassés, choqués, mais l'être humain a cette faculté de vite savoir s'adapter.
Revenez-vous sur cet épisode douloureux dans votre nouveau spectacle* ?
Non, pas du tout. Je parle de ma nouvelle femme qui est québécoise, je parle de ma fille et d'autres personnages. Même si je me raconte un peu à travers ces derniers, je parle moins de moi dans ce spectacle que dans le précédent. C'est mon regard sur le monde. Avec toujours le thème de l'évasion. J'espère que les gens vont s'évader de toutes les emmerdes qu'ils ont aujourd'hui en riant avec moi pendant 1h30. Tout le monde en a besoin.
Un dernier mot sur la personne grâce à laquelle vous êtes là aujourd'hui : Samuel Le Bihan. Il vous a découvert il y a dix ans, puis lancé sur scène. C'est toujours une personne spéciale pour vous j'imagine ?
C'est toujours mon ami bien sûr. Il est producteur de mon dernier spectacle et également le co-auteur. C'est le parrain de ma fille, je suis le parrain de la sienne. Notre relation est pérenne. C'est une histoire de fraternité. Nous sommes comme des frères.
Jérémy Patrelle (www.lepetitjournal.com) mercredi 21 novembre 2012
* Demaison s'évade, du 4 au 9 décembre à la Cigale, à Paris. Puis en tournée en Province. Toutes les informations sur http://www.fxdemaison.fr/tournee/
COMME DES FRÈRES
Un film (1h44) de Hugo Gélin avec François-Xavier Demaison, Nicolas Duvauchelle, Mélanie Thierry, Pierre Niney?
Boris (François-Xavier Demaison), Élie (Nicolas Duvauchelle), et Maxime (Pierre Niney) ne se connaissent pas très bien mais ont un point commun : ils sont dévastés par la mort de Charlie (Mélanie Thierry). Elle était leur amoureuse, leur mère, leur s?ur, leur âme. Comme dernière volonté, la belle blonde a demandé aux trois hommes de faire un voyage en Corse, région qu'elle chérissait. Le road trip va littéralement changer leur vie?
Jeune réalisateur de 32 ans, Hugo Gélin (fils de Xavier et petit-fils de Daniel) réussit son premier long métrage. Entre comédie et drame, il dépeint avec sensibilité ces trois hommes totalement perdus. Son road movie est tour à tour pétillant, triste, éclatant, émouvant, pertinent, impertinent. Certes, le côté dramatique est traité avec une certaine légèreté que l'on peut trouver parfois un peu grossière, mais l'objectif était de divertir tout en insistant sur la solidarité naissante puis grandissante de trois personnes, des hommes en l'occurrence, que pratiquement tout oppose. Mission accomplie.

