Rencontre avec une star des années 1950, qui a aussi combattu les Nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.
Évelyne Dorat (Yvette Coulomb de son vrai nom) est une grande dame. A 93 ans passés, elle possède encore une élégance et une classe souveraines. Sous les sillons de l'âge, on devine la jeune fille espiègle et pleine de vie qui a défrayé la chronique à maintes reprises dans les années 1950. Et pourtant, qui se souvient encore de la grande chanteuse de cabaret qu'elle était? Qui se rappelle aussi des actes héroïques de cette gamine de 20 ans pendant la Deuxième Guerre mondiale ? Discrète, Évelyne s'est rarement mise en avant tout au long de sa vie. Contactée à l'occasion du 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle évoque du bout des lèvres son rôle de résistante pendant cette période. Les toilettes de son appartement londonien témoignent qu'elle n'est pas forcement à l'aise avec les lauriers. C'est dans cet espace que sont accrochées toutes ses récompenses et médailles de guerre, dont la croix du combattant de l'Europe. La légion d'honneur reçue le 11 mai dernier est sa toute dernière, et non pas moins glorieuse médaille, à figurer sur le mur du "petit coin".

Dernière décoration en date: la légion d'honneur en mai dernier. Ultime signe de discrétion, elle a caché son nom sur les diplômes qu'elle a reçus
A leurs côtés trône un grand diaporama de photos. On la voit en compagnie de ses amis artistes, à l'orée de la gloire dans les années 1950 et 1960. Aznavour, Delon, ou encore Piaf, autant de grands noms qui ont côtoyé la star dans l'euphorique période de l'après-guerre. Mais revenons-en aux années 1940. Lors de la Seconde Guerre mondiale, la jeune Éveline n'a que 19 ans. C'est une jeune étudiante qui vit à Toulon auprès de sa famille. Très rapidement, la jeune fille décide d'agir contre les Allemands. «J'étais patriote», explique-t-elle sans plus d'explications. Alors que ses parents la croient partie faire carrière dans la musique, elle s'engage dans un réseau de résistants sous le commandement d'un certain Maurice Cahuzac. «Ils n'ont jamais su que j'étais dans la résistance, j'étais assez discrète». Non seulement Évelyne est la seule femme du groupe, mais en plus elle se spécialise dans le codage, une fonction assez rare à l'époque.
«Je relevais les codes, les décryptais, et les transmettais à quelqu'un qui les envoyait à Londres. J'ai appris sur le tas »
Cette vie dangereuse connait son lot d'imprévus. Pour un maximum de protection, les membres du réseau changent régulièrement de lieux. «On se cachait dans des auberges minables, ou dans des palaces si Londres nous envoyait assez d'argent», s'amuse Éveline.
La résistante est aussi chargée de la transmission de messages et d'armes. Elle effectue notamment de nombreux voyages entre Limoges et Bordeaux pour transmettre "un signal", un message secret. « On vivait avec une épée de Damoclès au dessus de la tête. Je me souviens de ce jour où je transportais des bombes dans mon sac posé sur mon guidon. Je n'arrivais pas à avancer sur les pavés de Bordeaux, et je me répétais cette chansonnette pour tenter d'oublier ce que je transportais : "Dans le creux béant d'un grand chêne, des fourmis rouges font la chaîne" (NDLR chanson de Jean Tranchant).»
L'insouciance de la jeunesse n'empêche pas la jeune femme de craindre pour sa vie. «Il y avait des moments où j'avais peur, je regardais avec méfiance les gens qui me suivaient ».
Évelyne est une jolie fille qui fait tourner la tête des garçons, ce qui a parfois eu son utilité. « Un jour à Marseille, un officier allemand me demande si je veux voir des chars. J'ai dit que bien sûr que cela me plairait. Il m'a donc amené auprès d'eux.

