

Les e-drogues ou drogues numériques viennent de débarquer en France. Nouvelle drogue de synthèse en provenance des Etats-Unis ? Non juste des mp3, qui sont censés reproduire l'effet des drogues sans leurs inconvénients
Les jeunes Américains en sont déjà dingues mais le i-dosing vient seulement de débarquer dans l'Hexagone. Cette nouvelle drogue dite "numérique" ne demande aucune seringue ni même de rentrer dans l'illégalité. Pour entrer en transe, il vous faudra une connexion à internet, une carte de crédit et de bons écouteurs. (AFP)
Qu'est-ce que les e-drogues ?
Le site américain i-doser se veut la référence dans le domaine des sons composés de battements binauraux, c'est-à-dire : de deux sons de fréquence légèrement différente dans chaque oreille. La technique controversée, découverte en 1839 en Allemagne, sert déjà pour provoquer des méditations et mettre sous hypnose. Les dealers de drogues numériques vous proposent, quant à eux, d'acheter (entre 10 et 200 dollars) des fichiers mp3 d'une durée variant de 15 à 30 minutes et qui reproduisent l'effet de diverses drogues : ecstasy, marijuana ? ou même de certaines sensations : un rêve, Near-death experience (expérience de mort imminente) ou un orgasme. Une fois sa dose téléchargée, l'e-junkie doit s'allonger au calme, les yeux fermés pour bien écouter sa substance légale.
Pas de crainte en France
Le phénomène qui peut paraître au premier abord ridicule, inquiète sérieusement les parents d'élèves américains. En France, le président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), Etienne Apaire, se veut rassurant mais reste tout de même prudent: "Cela fait un ou deux mois que les drogues numériques sont véritablement apparues en France, et, pour le moment, nous n'avons pas de raison de les interdire. Ces extraits sonores ne semblent pas créer de dépendance. Cela dit, nous surveillons le phénomène de près." Le patron de la Mildt prévient également du risque de désocialisation même s'il n'a pas encore été constaté : "Comme pour les substances classiques, [les drogues numériques] peuvent conduire à des situations d'isolement, voire de désocialisation. Les parents ne doivent pas hésiter à consulter un psychologue si leur enfant ne peut plus se passer de sa dose."
Gros buzz ou vrai transe ?
Les spécialistes restent dubitatifs face aux supposés effets de ces simples morceaux. Pour beaucoup, il ne s'agirait que d'un phénomène d'autosuggestion, comme une sorte d'hypnose sonore. Ceux qui n'y croient pas, pourront tout au mieux s'endormir paisiblement ou au pire avoir un bon mal de tête. Internet regorge pourtant de vidéos assez impressionnantes où l'on voit des séances d'i-dosing intenses, à l'instar de ce jeune américain écoutant Gates of Hades, le fichier le plus cher (200 dollars), censé vous plonger dans vos pires cauchemars.
Se droguer par la musique, est-ce bien réel ? Peut-être mais le danger reste minime. D'ailleurs, le phénomène n'est pas nouveau. La musique est bien connue pour mettre en transe ses auditeurs, c'est le cas par exemple des chants religieux. Un solo de guitare de Jimmy Hendrix ou une note haut-perchée de Maria Callas ou même de Céline Dion suffisent également à mettre leurs fans dans un état second. Problème sanitaire ou génie marketing, tout n'est qu'une question de tempo.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) jeudi 19 août 2010
En savoir plus
Article du Parisien, Les drogues numériques sous surveillance

