

Face au constat de l'augmentation du nombre de plaintes reçues pour harcèlement sur internet, la Commission nationale de l'Informatique et des Libertés (Cnil) s'inquiète et a décidé de mener des actions de prévention auprès des jeunes. Ce qu'on appelle le cyberbullying prend de l'ampleur et peut parfois avoir des conséquences fatales
C'est l'histoire d'une adolescente de 15 ans, Phoebe Prince, qui débarque dans le Massachusetts pour s'y installer avec sa famille. La jeune fille plaît aux garçons et en profite, elle pique les petits copains des copines. Mais voilà, ces dernières ne se laissent pas faire et commencent à créer des groupes sur Facebook dans lesquels on peut lire toutes sortes d'insultes sur Phoebe. Les insultes dépassent internet, et la jeune irlandaise est prise à partie au lycée quotidiennement?jusqu'en janvier 2010 où elle décide de mettre fin à ses jours. L'enquête révèlera que la jeune ado était victime de cyberbullying depuis de longs mois.
Le cyberbullying c'est quoi?
Le terme est dérivé de l'anglais à partir du mot "bully" qui signifie littéralement brutaliser, torturer. Le mot inclut également une durée dans le temps ainsi qu'une certaine notion de domination. De cette façon cyberbullying peut être traduit par "cyberharcèlement" ou "harcèlement virtuel". A la différence du harcèlement classique, cette pratique est donc perpétrée par internet: mails, forums, chat, réseaux sociaux, blogs et autres messageries instantanées. La plupart du temps la victime ignore qui en est à l'origine, internet permet au harceleur de préserver l'anonymat. Interrogé par TF1 News, Yann Padova, secrétaire général de la Cnil, aujoute que "cela regroupe tout ce qui est insulte, menace, diffamation, usurpation d'identité, création de faux profil sur la toile pour vous porter un tort". " Le plus souvent, le harcèlement passe par la création d'un sujet de discussion, groupe ou page sur Facebook ou un autre réseau social, visant une personne. Sur cet espace dédié à un individu, des internautes vont venir insulter cette personne" ajoute la commission.
Qui en sont les victimes et comment y faire face?
Yann Padova signale que "sur les trente plaintes reçues au cours des derniers mois, le quart concerne des enseignants qui se font lyncher par des collègues ou des élèves sur la toile". Il dévoile que le phénomène ne se cantonne pas là et peut parfois concerner "des cas de couples qui se déchirent". Bien évidemment, "on a aussi des phénomènes de mineur à mineur". Ces derniers sont sans doutes les plus dévastateurs et le secrétaire précise que "ce type de messages se développe notamment sur Facebook où des adolescents se déchaînent, écrivent des commentaires excessifs, injurieux".
Si en France, ce type de harcèlement ne constitue pas juridiquement une infraction, comme cela est le cas aux Etats-Unis, les victimes peuvent porter plainte pour harcèlement moral. Néanmoins, la première mesure à prendre, et ce sans délai, est de contacter les administrateurs du site internet afin de signaler le problème, et de bloquer le harceleur dans les contacts. Nombre de victimes contactent directement la Cnil qui "leur donne alors des conseils pratiques". Si toutefois cela ne suffisait pas, l'autorité peut "les soutenir de manière plus officielle pour porter plainte". "La victime de harcèlement moral peut donc porter plainte auprès de la CNIL, par écrit ou directement via notre site internet" conclut Yann Padova.
La prévention s'organise
Alertée par le nombre de plaintes reçues pour cyberbullying ? "30 plaintes en six-sept mois" ? la Cnil lance une campagne de prévention sur un phénomène qui peut se vouloir quelques fois mortel. L'autorité a ainsi décidé de mettre en place une campagne d'explication de 500.000 euros à destination des enseignants et des jeunes. L'objectif principal de la campagne est d'éduquer les victimes potentielles à l'adoption de bonnes pratiques sur internet pour protéger leur vie privée. La commission prévoit notamment deux numéros spéciaux avec le journal L'Actu, destiné aux 14-18 ans, et une édition spéciale du journal Mon Quotidien ciblée sur les classes de cours moyen deuxième année (10/11 ans). Autres mesures, cette fois à destination des enseignants: la Cnil va créer un guide de 60 pages pour les chefs d'établissement du second degré ainsi qu'un espace web réservé aux enseignants sur son site.
Marie Curci (www.lepetitjournal.com) jeudi 11 novembre 2010
En savoir plus:
Article Nouvel Obs: La Cnil inquiète de la hausse de cas de "lynchage" sur internet
Article 20 minutes: Le «cyberbullying», un type de harcèlement qui inquiète la Cnil

