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ALAIN ROBERT - "Pour les Cubains, je suis une sorte de héros"

Écrit par Lepetitjournal.com International
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 4 mars 2013


Alain Robert, surnommé le Spiderman français, escalade des bâtiments à mains nues et sans matériel de sécurité  aux quatre coins du globe. Il a répondu à nos questions à son retour de Cuba où il vient de réaliser l'ascension de l'hôtel Habana Libre, emblème de la révolution cubaine.

Alain Robert achève l'ascension du Habana Libre (photo AFP)

Alain Robert, 50 ans, a déjà escaladé plus de 120 bâtiments et monuments dans une trentaine de pays. Il est le spécialiste de l'escalade en "solo intégral", c'est-à-dire à mains nues et sans matériel de sécurité. Il a notamment grimpé les tours Petronas à Kuala Lumpur, la Tour Montparnasse, la Tour Eiffel ou encore la Tour Taipei 101 à Taïwan dont le point culminant se trouve à 501m. En 2002, à l'occasion de la sortie du film Spiderman, il escalade, grimé en homme-araignée la plus haute tour de Caracas, le Parque Central. Des images qui feront le tour du monde. Lundi 3 février, il s'est attaqué à l'emblématique hôtel de La Havane, le Habana Libre.

Lepetitjournal.com - Vous venez de grimper l'hôtel Habana Libre. Pouvez-vous nous raconter ce qu'a eu cette escalade de particulier ?
Alain Robert - J'ai toujours eu envie d'aller à Cuba et là, j'y suis resté deux semaines. Contrairement à ce qu'a dit la presse française, je n'ai jamais eu l'intention de rencontrer Fidel Castro. Evidemment, j'ai grimpé avec autorisation et cela passe par l'accord du gouvernement cubain. Mais jamais je n'ai été associé au communisme. Et puis ça se saurait si le communisme était quelque chose qui fonctionne. Alors oui bien sûr il y avait la symbolique du lieu qui est le plus haut point de la Havane, et qui était le siège du gouvernement Castro juste après la révolution. Mais moi, je suis apolitique, je suis un citoyen du monde qui aime découvrir des cultures, des pays, des gens, les comprendre. Là-bas, j'ai vu des gens qui avaient fait un doctorat et qui gagnent une misère. Mais ils ont un esprit festif, ils sont tous gentils. Ils ont été très réceptifs à mon ascension. Deux jours après, 80% des gens me reconnaissaient dans la rue. Même si je pense ne pas être rentré suffisamment dans leur intimité.

Quels sont les pays qui vous ont offert vos plus beaux souvenirs ?
Il y en a beaucoup. Je dirais tous les pays hispaniques où les gens sont très chaleureux, mais aussi la Chine, la Malaisie, l'Indonésie, les pays du Moyen-Orient. En revanche, la France ou l'Allemagne sont des pays beaucoup plus frileux. Tu escalades et quand tu descends, les gens sont distants. C'est rare que l'on vienne me demander des photos ou des autographes.

Aux Etats-Unis, j'ai été interpellé plusieurs fois. Ensuite, il arrive qu'il y ait des poursuites judiciaires, des procès. Des fois, elles sont classées sans suite mais il m'est arrivé de faire des Travaux d'intérêt général en 2009 à New York.  
 
Est-ce qu'il y a une excitation particulière lorsque vous grimpez sans autorisation ?
Ça dépend de l'endroit. C'est sûr que lorsque vous êtes dans des pays comme la Chine ou la Malaisie, il y a quelque chose de particulier, parce que si vous vous faites attraper, c'est direction la prison et les sanctions peuvent être lourdes. Aux Etats-Unis, maintenant je le sais, il suffit d'avoir un bon avocat.

Vous donnez des conférences pendant lesquelles vous faites partager votre philosophie de la vie. Quelle est-elle ?
Je suis quelqu'un de très épicurien. Pour moi, le travail c'est quelque chose de désagréable que l'on fait pour gagner de l'argent. Ce que je fais moi, c'est plutôt un loisir, une passion. Durant ces conférences, je raconte mon parcours : le fait qu'à 19 ans, j'avais été condamné par des médecins (ndlr : après avoir été sévèrement blessé lors de chutes) qui m'avaient dit que je ne pourrai plus jamais escalader. Je n'ai jamais renoncé et je savais encore à cet instant-là que l'escalade ce serait ma vie. Et deux ans plus tard, j'étais encore plus fort.  

Alain Robert est spécialiste de l'escalade à mains nues et sans matériel de sécurité (photo AFP) 

Ressentez-vous encore des séquelles de ces accidents pendant vos ascensions ?
Oui, j'ai surtout du vertige à cause d'un problème d'oreille interne. Mon équilibre est endommagé. Mais je compense avec l'expérience, je me suis habitué à mon corps. Je pense qu'on apprend à vivre avec ses maux. Ce qui me fait avancer ce sont mes rêves de verticalité. Je ne suis pas un suicidaire. Avant d'escalader quelque chose, je l'observe, je l'étudie.

Pensez-vous continuer d'escalader à mains nues encore longtemps ?
Je pense que si la santé suit, je peux faire ça encore une dizaine d'années.

Et y a-t-il encore une ascension particulière qui vous fait rêver ?
Pas une, plein ! Mais en fait, ce ne sont pas les ascensions en elles-mêmes qui me font rêver. Ce sont les expériences fortes qui en découlent. Regardez à La Havane, c'est un petit building (ndlr : Alain Robert a escaladé l'hôtel Habana Libre en 28 minutes, une "petite" ascension pour lui), mais il fallait voir la joie que cela a apportée aux gens. Ça les a bluffés. On vit dans des sociétés où il faut travailler très dur pour avoir pas grand-chose. Moi ce que je fais, c'est de l'inutilité, mais en même temps c'est la mise en danger de soi, le courage. Pour eux, je suis une sorte de héros.
Yann Fernandez (www.lepetitjournal.com) jeudi 21 janvier 2013
 
Site officiel : www.alainrobert.com

logofbinter
Publié le 21 février 2013, mis à jour le 4 mars 2013
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