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OLIBORIO MATEO- Le Charlemagne Péralte dominicain

Écrit par Lepetitjournal République Dominicaine
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 3 août 2016

 

Oliborio Mateo est née 1878 en République Dominicaine, il était un metis au teint noir aux cheveux crépus, petit de taille, large de front, les yeux clairs, les pommettes saillantes, la barbe et la moustache touffues.

Il ressemblait à un homme inculte, disaient ceux qui le connaissaient.

Bien avant son élévation en prophète vodou, il avait déjà développé une réputation de voyant. Déjà en 1908, il défendait les théories du mouvement moderniste prôné par l'élite. Il travaillait  pour un homme politique local et servait comme man?uvre. Il contribuait à clôturer des terres de l'état nouvellement privatisées. La petite histoire raconte qu'il disparut au cours d'une terrible tempête en cette année. Sa famille et ses amis  présumaient qu'il était décédé. Le neuvième jour et le dernier des services  funèbres qui se tenaient en son honneur, il reparut au milieu de l'assistance et raconta l'histoire incroyable de sa disparition. Il avait fait un long voyage, leur dit-il, emporté au ciel par un ange sur un cheval blanc. Alors qu'il se trouvait dans le royaume des cieux, Dieu le recruta pour être son serviteur, pour répandre sa Parole, guérir les malades, et sauver le monde. Comme Jésus, sa mission devait durer 33 ans.

 

Religion et Société

Oliborio revitalisa la religion qui avait besoin de renouvellement et la société qui avait besoin de guérison: les aveugles, les estropiés, les boiteux, et les tuberculeux demandaient quelque chose de plus qu'un remède à leurs maux. Le mal de ces malheureux était une maladie plus grave et plus générale: l'affliction de toute cette société qui vivait dans la souffrance.

Comme une manifestation de la puissance divine, il attira en peu de temps un groupe de partisans fidèles. Les malades lui rendaient visite de tous les coins de la République. En 1909, plus de 2 500 personnes le visitaient chaque semaine, ils voulaient tous voir le leader messianique.

Pendant qu'il guérissait les malades, il profitait pour articuler sa vision de la société: le Liborisme ou sa vision populaire de la modernité. L'Élite définissait son modernisme par l'organisation du marché du travail  plutôt que par la distribution réciproque du travail, par les cultures de rente, les terres privatisées, les bénéfices injustes, les lois étatiques de dépendance, et la persécution de la culture dite «primitive».

 

Oliborio, en revanche, établit son camp, la Ciudad Santa (la Ville Sainte), sur la base du partage bénévole du travail : le Combitisme. Il prônait la distribution équitable des ressources, des produits agricoles, la distribution des terres communales, l'autosuffisance alimentaire et la liberté spirituelle liée à la célébration de la culture afro-dominicaine.

Il ne faisait pas payer ses services: «Curaba pero no cobraba ". Il guérissait gratuitement, sans charge. En outre, il accueillait les visiteurs à Ciudad Santa, quels que soit leur classe ou leur degré de fortune. Les visiteurs de l'élite se mélangeaient aux contrebandiers, à ceux qui fuyaient la justice et aux pauvres.

Cependant, l'élite s'est rapidement rendu compte de la menace que représentait cette idéologie,  à son modernisme. En 1909, un éminent médecin de San Juan accusa le guérisseur paysan d'exercice illégal de la médecine. Le médecin désapprouvait surtout les pratiques de médicine populaire liées au Vodou. Cependant le vrai problème était que les disciples de Oiborio constituaient plus qu'une menace morale, ils étaient considérés comme une menace à la sécurité publique. Ses disciples et lui possédaient des   armes à feu, acquis pendant leur service dans la guerre civile.

 

En 1912 il fit une visite à San Juan de la Maguana avec un contingent de 80 hommes, il y eut une réunion politique avec son ancien patron et ami, le général Wenceslao Ramírez Roa, son but était de négocier avec le gouvernement : il voulait contribuer à l'établissement définitif de la paix à cette époque. Mais certains ont fait courir le bruit qu'il était plutôt d'accord avec les opposants au gouvernement et que la réunion était plutôt un accord pour assurer la succession du pouvoir au général Ramírez.

 

Il mena donc une guerre : les intérêts des uns ne sont pas ceux des  autres.

 Au début du XXe siècle, l'instabilité politique  prévalait, le pays étant divisé en deux camps armés.  Le gouvernement de Ramon Caceres fut  un  ennemi impitoyable d'Oliborio, il décida donc de mettre fin à ce mouvement. Le président avait peur non seulement de ce  ministère religieux populaire mais surtout il y voyait le rassemblement d'une force populaire de défense qui pourrait au fur et à mesure supplanter les autres forces sur le terrain. Les guérilleros d'Oliborio commençaient déjà à devenir l'armée Liboriste et étaient déjà estimés à quelques milliers d'hommes.

 

Quand les Américains envahirent la République dominicaine en 1916, l'armée Liboriste résista.  Mais ce n'était pas tout. Suite à l'invasion d'Haïti en 1915 par les Etats-Unis, les habitants de la vallée de San Juan  aidaient les armées nationalistes haïtiennes, les Cacos, à mener une campagne de guérilla contre les forces américaines.

 

En raison de leur travail, de leur commerce, de leurs alliances politiques, ainsi que de leurs  connexions familiales, les Haïtiens et les Dominicains qui vivaient le long de la frontière avaient élaboré une collaboration pour lutter et résister contre l'armée de l'ennemi commun.

Bon nombre de guérilleros haïtiens avaient participé à la guerre civile dominicaine de 1912, tout comme bon nombre de Liboristes dominicains avaient pris part à la guerre civile haïtienne de 1914 et plus tard aux combats qui avaient porté le «caudillo», Oreste Zamor, à la présidence d'Haïti. En outre le chef Caco, Charlemagne Péralte, était considéré comme un Liboriste ainsi que de nombreux adeptes haïtiens. La campagne de résistance haïtiano-dominicaine à travers la frontière, faisait ainsi de la vallée de San Juan un objectif important de la stratégie militaire des troupes américaines.

Pour les Américains, Oliborio n'était qu'un bandit, un criminel, un gavillero comme ils le disaient pour Charlemagne Peralte d'Haïti. Pour l'Église, il était un infidèle,  un envoyé du diable, un sorcier pratiquant des rituels sataniques, il était un sacrilège et un païen. Cependant, le peuple lui attribuait la résurrection des morts et des pouvoirs de guérison tout comme le Christ. Pour l'église catholique, il était plutôt un antéchrist, un faux prophète, un guérisseur charlatan et un menteur.

Son prestige augmentait rapidement et les politiciens nationalistes de la région attiraient sur lui l'attention des troupes américaines interventionnistes pour mettre fin au mouvement. L'occupation américaine de la République Dominicaine dura de 1916 à 1924 et les Marines constataient, qu'au fur et à mesure, les hameaux et les cabanes de la région étaient brûlés et inhabités. Ces derniers supposaient que leurs propriétaires avaient rejoint le mouvement liboriste.

Les troupes américaines réussirent à capturer Oliborio.

Finalement les troupes américaines réussirent à capturer Oliborio, et le capitaine yankee Williams ordonna son exécution sans autre forme de procès. L'américain le fit d'abord transférer à San Juan de la Maguana par une route était inégale et il pleuvait sans arrêt pendant tout le trajet qui était vraiment difficile. Le cadavre fut transporté dans un "parigüela» formé de deux bâtons des deux côtés l'une de l'autre et attachés par des cordes et des Yagua où le corps gisait comme ils le feront plus tard pour Charlemagne Peralte. Le tout était  tiré par un animal, dans le plus pur style du Far West américain.

On l'exposa sur la place publique, puis les soldats l'enterrèrent au cimetière local, mais le lendemain, son corps disparut. On soupçonnait les autorités locales l'avoir déplacé  vers un autre endroit pour empêcher les pèlerinages. Toutefois, de nombreuses personnes interprétaient cette disparition comme une résurrection.

Malgré la répression déclenchée par les troupes d'occupation et malgré la mort d'Oliborio, ses partisans  augmentèrent en nombre et même après le départ de l'armée américaine, l'endroit était à nouveau souvent visité.

Les Américains se sont accaparés des meilleures terres du pays pour la production a outrance de la canne à sucre et ont spolié les propriétaires légitimes, les paysans. Oliborio souleva les populations rurales pauvres, les incitant à la lutte armée. D'autre part, les Américains ont consolidé les pouvoirs de l'État et de l'Église en les mettant contre lui et les paysans.

Il n'a jamais supporté un gouvernement depuis qu'il avait décidé de militer en faveur de ses frères agriculteurs en 1908 et a toujours défendu son peuple jusqu'à sa mort. Se référant à ses actions, on lui reprochait d'être un criminel à cause des combats qu'il menait et qui n'étaient pas compatibles avec la politique américaine. Mais pour lui son combat était juste et légitime,  il était un anti-impérialiste et un anti-américain. Il reprochait aux États-Unis d'avoir enfreint les règles en envoyant ses soldats prendre les terres des paysans dominicains.

Le 27 Juin, 1922 les soldats yankees purent le localiser avec d'autres paysans de Trou d'Enfer dans la Cordillère Centrale ou ils livrèrent leur dernier combat. Il fut tué avec deux de ses enfants. Mais la population disait que Liborio ne pouvait pas mourir et que les balles tirées sur lui se transformaient en flocons de coton. Elle le disait dans des poèmes, des ballades, des chansons, des romans. Il fut aimé par les masses et haï par la bourgeoisie réactionnaire du Sud.

 « Ils disent que Liborio est mort, mais il ne mourra jamais» chantent souvent les paysans jusqu'à nos jours.

À San Juan de la Maguana dans les années 1909-1912 l'état dépossédait les terres des agriculteurs pour les distribuer aux premières familles italiennes qui avaient immigré dans la région. Olborio s'y opposa et livra plus de 14 combats contre les forces d'intervention américaines. Le peuple l'appelait le divin, Liborio le guérisseur, Liborio le Guerrier, tandis que les impérialistes anti-Liborio le traitait d'antibourgeois. Il s'opposa aussi au désarmement du peuple imposé par les Yankees et encourageait les paysans à ne pas payer les impôts injustes. Il fut le protagoniste des deux plus importants mouvements messianiques qui ont eu lieu en République Dominicaine, le mouvement Liborio en 1909 et celui de 1924 à Palma Sola quoique qu'il fût déjà mort.

 Le peuple le chante encore:

« Je suis les idées de Liborio, l'anti-impérialiste. Je suis Dominicain, j'aime la démocratie, je combats l'exclusion la débauche et la répudiation culturelle, j'aime la diversité. 

Liborio me défendra, car il fait partie de l'identité du plus beau village de la République Dominicaine où vit le Peuple d' Anacaona. »

 

jcfl

Je suis dans la mêlée (Extrait)

(www.lepetijournal.com/republique-dominicaine) 2 aout 2016

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Publié le 2 août 2016, mis à jour le 3 août 2016
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