Édition internationale

ABORDAGE – La success story de la société et de son "capitaine", Denis Cartier, en République dominicaine

Écrit par Lepetitjournal République Dominicaine
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 1 octobre 2015

Denis Cartier a débarqué sur l'île d'Hispaniola en 1987 avec pour seul bagage, son coup de foudre pour le pays. Vingt-huit ans plus tard, le Vendéen est toujours en République dominicaine, à la tête d' Abordage, une entreprise à la pointe de la technologie qui exporte partout dans le monde ses maquettes de bateaux et ses prototypes 3D. Histoire d'un succès et d'un self-made man qui a le vent en poupe et les pieds ancrés sur le sol dominicain.

Denis Cartier, au centre, entouré de ses employés et de sa femme Cynthia Cartier (sac marron).

 

De Bordeaux à la Maison Blanche...

Quand Denis Cartier termine ses études à l'INSEEC, une école de commerce de Bordeaux, il rêve déjà d'international. Il accepte cependant, un peu par défaut, un poste de commercial dans une entreprise informatique à Paris. C'est lors de ses premières vacances qu'il découvre la République dominicaine. Le coup de foudre. Il décide alors de tout quitter pour s'y installer. A 24 ans, il débarque à Casa de Campo pour apprendre l'espagnol dont il ne parle alors pas un mot. « J'étais beach boy ; volley ball, courses de crabes sur la plage, joggings avec les clients? C'était mon quotidien » se souvient-il en souriant.

 Mais cet entrepreneur dans l'âme en profite surtout pour travailler son réseau et rechercher des opportunités. Sa rencontre à Saint-Domingue avec l'influent homme d'affaires français Pierre Domino va faire basculer son destin. Nous sommes en 1989 et on commence alors à parler du cinquième centenaire de la découverte de l'Amérique. L'idée s'impose alors à ce passionné de voile : créer des maquettes de bateaux. Même s'il n'a ni savoir-faire, ni marché, il démarre le projet : « La famille Domino m'a mis le pied à l'étrier et ça a été le début de l'aventure ».


Il lui faudra un an pour mettre au point sa première maquette : la Santa Maria, une des 3 caravelles du premier voyage de Christophe Colomb, qu'il reproduit à l'identique des plans de l'époque. Un souci du détail qui séduit le comité d'organisation du cinquième centenaire. Denis Cartier est choisi comme fabricant exclusif mondial de l'événement ! Une belle vitrine pour sa toute jeune société Abordage qui, très vite, enchaîne les contrats à l'international.
Deux ans plus tard, les célébrations anniversaire de la découverte de l'Amérique débutent, et il est invité à la Maison Blanche pour remettre une de ses maquettes au président George Bush (ci-contre). Un moment fort dans sa jeune carrière dont témoigne encore aujourd'hui le mot de remerciement du président, affiché dans son bureau.

Une entreprise familiale tournée vers l'international

Depuis, l'entreprise Abordage, portée par sa notoriété internationale, vogue sur le succès et produit entre 1000 et 2000 maquettes de bateaux par an. L'export représente 98% du chiffre d'affaires, notamment aux États-Unis, son premier marché. Parmi ses clients, le géant américain Oracle, par exemple. Abordage produit en effet en exclusivité les maquettes des bateaux sponsorisés par le groupe dans le cadre de l'America's cup.

Mais si son marché se trouve essentiellement hors de la République dominicaine, la société n'en reste pas moins profondément ancrée localement. Vingt-six  ans après sa création, Abordage est aujourd'hui encore une entreprise à taille humaine employant une trentaine de salariés dominicains qui ont tous en moyenne 15 ans d'ancienneté. Une philosophie d'intégration sociale qui s'illustre également par la présence de salariés sourds-muets provenant de l'école spécialisée de San Cristóbal, à l'ouest de Saint-Domingue, où la société est implantée. « Au départ, cela s'est fait un peu par hasard. Nous avions un gros contrat qui demandait énormément d'assemblage et une représentante de l'école est venue nous proposer leurs services. Ils se sont intégrés à l'entreprise et quand le contrat sur lequel ils travaillaient s'est arrêté, il nous a paru évident qu'ils devaient rester »  raconte celui que ses équipes surnomment en langage des signes : le capitaine !

Aux côtés du fondateur d'Abordage, Cynthia, sa femme, a rejoint l'aventure en 2008 pour l'aider à gérer l'entreprise. Un partenariat gagnant comme en témoigne Denis Cartier : « J'adore travailler avec Cynthia, nous sommes très complémentaires. Elle a humanisé l'entreprise. »  Cynthia Cartier a une vision très moderne du développement d'Abordage. C'est elle, par exemple, qui a mis en place la méthode de gestion des 5S (ou méthode ORDRE en français : Ordonner, Ranger, Dépoussiérer, Rendre évident, Être rigoureux).  Directement importée du Japon, celle-ci permet d'optimiser les conditions et le temps de travail des employés. Cynthia conduit aussi la digitalisation de l'entreprise et sa mutation éco-responsable. Elle explique : « Nous essayons de supprimer totalement l'encre et le papier et tout gaspillage, c'est pourquoi, nous avons équipé nos salariés d'écrans et de tablettes. »

Le virage de la 3D

Son succès, Abordage le doit avant tout à son positionnement haut de gamme. Une maquette de bateau prend en moyenne 300 à 400 heures pour être fabriquée. Cela va jusqu'à 1000 heures pour certains projets comme, en 2010, la reproduction du plus gros yacht américain : le Cakewalk.

Mais l'entreprise sait aussi être réactive quand l'enjeu le nécessite. Une commande destinée à être offerte à Desmond Tutu en Afrique du Sud fut ainsi réalisée en 3 jours au lieu des 3 semaines habituellement nécessaires.

Il y a 6 ans, Abordage effectue un virage stratégique en s'équipant de sa première imprimante 3D. Une révolution dans son secteur : « Les grands centres de recherche comme la NASA ou l'industrie automobile, utilisent le type de machines dont nous sommes équipés, » explique Denis Cartier.

La plus récente, acquise il y a un an, est dotée d'une technologie multijet ; elle imprime en ultra haute définition, en plastique et en couleur. A la clé de ce nouveau mode de production : un rendu ultra précis, un gain de productivité et l'ouverture vers de nouveaux marchés tels que le secteur médical. La société vient d'ailleurs de signer un contrat pour réaliser des prothèses de mains en plastique !

Nouvelles techniques, nouveaux challenges, l'entreprise artisanale est devenue une entreprise high-tech avec, à sa barre, un commandant qui fixe le cap vers de nouveaux horizons : devenir la référence du prototype 3D dans les Caraïbes?

Gaëlle Le Gall Nicolas (www.lepetitjournal.com/republique-dominicaine), jeudi 1er octobre 2015.

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Publié le 30 septembre 2015, mis à jour le 1 octobre 2015
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