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Lumumba: icône de l'indépendance congolaise au parcours fulgurant et tragique

Héros et martyr des indépendances africaines, Patrice Emery Lumumba, est autant célèbre pour son combat contre la colonisation que pour sa fin tragique pour laquelle sa famille réclame l'ouverture d'un procès en Belgique, plus de 65 ans après son assassinat.

Lumumba: icône de l'indépendance congolaise au parcours fulgurant et tragiqueLumumba: icône de l'indépendance congolaise au parcours fulgurant et tragique
Écrit par AFP
Publié le 20 janvier 2026

 

"Des millions de personnes aimeraient connaître la vérité", a déclaré à l'AFP Roland Lumumba, un des fils de Lumumba, qui a fait le voyage depuis Kinshasa pour l'audience prévue mardi devant la justice à Bruxelles qui doit statuer sur cette demande.

 

Son corps dissous dans de l'acide n'a jamais été retrouvé, mais sa figure continue d'inspirer la jeunesse en RDC et dans le monde. 

Regard fixant le ciel, le bras droit levé, le supporter congolais Michel Kuka Mboladinga a ainsi marqué la 35e édition de la Coupe d'Afrique au Maroc en imitant la statue de Lumumba, installée sur son mausolée de béton et de verre à Kinshasa, capitale de la RDC. 

 

Patrice Lumumba est né le 2 juillet 1925 à Onalua, dans la province du Sankuru, de parents de l'ethnie minoritaire Tetela.

 

Il entreprend d'abord des études d'infirmier, puis intègre l'école coloniale des postes, téléphones et télécommunications d'où il sort comptable aux chèques postaux à Stanleyville (future Kisangani, dans le nord-est).

 

 

- Lutte pour l'indépendance -

 

 

Accusé de détournement de fonds en 1956, il est condamné à plusieurs mois d'emprisonnement. Une phrase lui sera par la suite prêtée: "Qu'ai-je fait d'autre que de reprendre un peu d'argent que les Belges avaient volé au Congo?", se serait-il justifié.

 

"Il n'a jamais nié avoir détourné de l'argent", analyse le philosophe congolais Emmanuel Kabongo, professeur à l'Université pédagogique nationale (UPN) de Kinshasa et auteur de plusieurs publications sur Lumumba. 

A sa sortie de prison, "grâce à ses relations avec des libéraux belges", il est engagé comme directeur commercial de la célèbre "Brasserie de Léo et du Bas-Congo", qui tenait à développer les ventes de sa bière Polar à Kinshasa et ses environs, explique M. Kabongo. 

 

A La Poste, il avait un salaire de 3.000 francs belges de cette époque et, "comme directeur commercial de Polar, il gagnait 25.000 francs belges", selon le professeur Kabongo.

 

En 1958, il crée le Mouvement national congolais (MNC), qui prône l'unitarisme, la laïcité de l'Etat congolais et qui s'inscrit directement dans la lutte pour l'indépendance. Il est tout de suite accusé d'être "communiste" par ses détracteurs.

 

"Communiste, il ne l'était pas. Il a répété plusieurs fois qu'il était nationaliste et non communiste", assure l'universitaire congolais Jean Omasombo.

 

Mais Lumumba n'hésite pas à proclamer son rêve d'un Congo libéré des tutelles étrangères et se fait des ennemis, notamment au sein de l'élite coloniale. 

 

 

- Homme à abattre -

 

 

Du 20 janvier au 20 février 1960, il participe, avec d'autres leaders politiques congolais de cette époque et des chefs coutumiers, aux travaux de la table ronde de Bruxelles qui décidera de l'indépendance du Congo-Belge le 30 juin 1960.

 

Son regroupement politique ayant gagné la majorité au Parlement, il est désigné Premier ministre et forme le premier gouvernement du Congo indépendant composé de 31 membres. 

C'est le 30 juin 1960, jour de la déclaration d'indépendance, que Patrice Lumumba entre finalement dans la légende, quand le roi des Belges Baudouin, venu participer à la cérémonie officielle marquant la naissance de la République démocratique du Congo (RDC) salue l'oeuvre "civilisatrice" de son ancêtre Léopold II.  

 

Lumumba lui répond par un discours dénonçant vivement le racisme des colons.

 

"Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres", déclare-t-il à Kinshasa lors de la cérémonie officielle marquant la naissance de la République démocratique du Congo. 

 

Ce discours en fait un héros des indépendances africaines, et suscite l'ire des anciens maîtres du pays. 

 

Devenu l'homme à abattre, Lumumba "n'a été chef du gouvernement du nouvel Etat que pendant deux mois et treize jours", du 30 juin au 12 septembre 1960, rappelle le professeur Kabongo.

 

 

- Exécution-

 

 

Après 75 jours aux commandes, le gouvernement Lumumba est neutralisé par le président Joseph Kasa-Vubu et le chef de l'armée Joseph-Désiré Mobutu, soutenus par la Belgique et les Etats unis, qui installent une équipe gouvernementale intérimaire constituée essentiellement d'étudiants et des rares universitaires congolais, baptisée "Gouvernement des Commissaires généraux".

Arrêté, déchu, humilié, torturé, le martyr de l'indépendance du Congo est exécuté le 17 janvier en pleine brousse à 50 km d'Elisabethville (actuelle Lubumbashi, sud-est) par des séparatistes katangais et leurs hommes de main belges. Il avait 35 ans.

 

Ce discours "avait certes scellé son sort, mais il faut aussi noter que son nationalisme et sa proximité avec des icônes du panafricanisme comme l'ancien président ghanéen Kwame Nkrumah ou encore le Tunisien Habib Bourguiba, avaient dérangé des intérêts américains au Congo", conclut le philosophe Kabongo.

 

En 2022, une dent appartenant à Lumumba avait été restituée par la Belgique et ramenée en RDC lors d'une cérémonie menée en grande pompe en présence du président Félix Tshisekedi. Un deuil national de trois jours avait été déclaré. 

 

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Publié le 20 janvier 2026, mis à jour le 20 janvier 2026
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