Le prix Sakharov pour la liberté de pensée a été attribué à la Cour pénale internationale (CPI), actuellement dans le collimateur de Donald Trump, a annoncé jeudi la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola.


"L'Union européenne repose sur le respect du multilatéralisme et des institutions internationales, et ce prix salue l'important travail accompli par la cour pour faire respecter le droit et la justice à l'échelle internationale", a déclaré Mme Metsola dans l'hémicycle à Strasbourg (est de la France), déclenchant des applaudissements et une ovation d'eurodéputés.
Basée à La Haye, aux Pays-Bas et comptant 125 États membres, la Cour pénale internationale juge les individus accusés des pires atrocités commises dans le monde : crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide.
Ce prix intervient à un moment où la cour est confrontée "à des défis sans précédent", a souligné sa présidente, la juge Tomoko Akane, après avoir remercié le Parlement européen.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a félicité la CPI et l'a assurée de son soutien, soulignant qu'elle "doit pouvoir mener à bien sa mission en toute indépendance, sans subir de pressions ni d'intimidations".
"C'est historique", a aussi salué Chloé Ridel, du groupe Socialistes et Démocrates (S&D) voyant là "un message d'espoir et de résistance envoyé à Donald Trump".
- "Historique" -
La gauche et le centre soutenaient la CPI pour le prix Sakharov tandis qu'une partie de l'extrême droite et surtout la droite proposaient de récompenser l'opposant tanzanien Tundu Lissu.
Pour la cheffe des sociaux-démocrates au Parlement européen, Iratxe Garcia Perez, c'est une "victoire pour la justice internationale et une défaite pour les autocrates".
Le 9 octobre, Washington a annoncé de nouvelles sanctions contre la CPI visant à paralyser son fonctionnement quotidien, quelques heures après la remise du prix Nobel de la paix à l'une de ses anciennes juges, la Sud-Africaine Navi Pillay.
Le président américain Donald Trump, qui estime que le prix Nobel aurait dû lui revenir, a fustigé un choix "honteux". Et son secrétaire d'État Marco Rubio a promis de démanteler "brique par brique" la Cour de La Haye, qualifiée de "tribunal voyou".
L'administration américaine est furieuse que la CPI ait émis un mandat d'arrêt contre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, un proche allié des États-Unis, pour des crimes présumés commis à Gaza.
Les États-Unis mènent une campagne diplomatique visant à faire pression sur des pays pour qu'ils se retirent de la CPI.
Outre la CPI étaient en lice pour le prix Sakharov l'opposant tanzanien Tundu Lissu ainsi que les soeurs Taraneh et Romina Rahimi, deux Iraniennes emprisonnées dans leur pays pour avoir participé à des manifestations antigouvernementales à Ispahan en janvier. L'une d'elles a été condamnée à la peine de mort.
Les trois finalistes ont été départagés jeudi par les chefs des groupes politiques au Parlement européen.
Le groupe d'extrême droite les Patriotes, co présidé par Jordan Bardella, a refusé de rallier la candidature de Tundu Lissu défendue par le PPE ainsi que par le groupe ECR (Conservateurs et réformistes), selon une source au sein des Patriotes.
Les eurodéputés Patriotes, qui soutenaient Taraneh et Romina Rahimi, ont préféré s'abstenir ce qui a permis aux soutiens de la CPI de l'emporter.
L'an dernier, le prix Sakharov avait récompensé deux journalistes emprisonnés au Bélarus et en Géorgie, Andrzej Poczobut et Mzia Amaghlobeli. M. Poczobut, un Polono-Bélarusse arrêté par Minsk en 2021, a été libéré en avril 2026 dans le cadre d'un échange de prisonniers coordonné par les États-Unis.
Créé en 1988 en l'honneur du dissident soviétique et physicien nucléaire Andreï Sakharov, prix Nobel de la paix en 1975, ce prix est doté de 50.000 euros.
Le Parlement européen organisera une cérémonie pour sa remise le 16 décembre à Strasbourg.

