

Maïté Mapangou a un parcours hors du commun dans son pays d'adoption, le Gabon. Mariée à un ministre gabonais, elle s'est engagée pendant de longues années pour aider les handicapés, les femmes maltraitées ou encore dans la lutte contre le virus du SIDA. Aujourd'hui maire de Ndendé, petite ville au sud du pays, à 66 ans, Maïté continue ses combats.
Maïté à la signature de la convention de lutte contre le sida engageant tous les maires du Gabon
« Une intégration dans un autre monde »
Quand on l'interroge sur son parcours, Maïté Nègre veut « montrer un simple témoignage de vie et d'intégration dans un autre monde ». Et en effet, elle a démontré pendant plus de 40 ans un magnifique exemple d'intégration. C'est en 1969 qu'étudiante, elle fait la connaissance de son futur mari, Mapangou-Moucani Muetsa, sur les bancs du Centre Hospitalier Régional de Bretonneau à Tours. Natif du Gabon, cet étudiant en médecine est très engagé politiquement et milite à la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France. Après une tentative d'expatriation en Suisse, le couple est obligé de repartir car Muetsa est un étudiant trop politisé selon la police suisse qui lui demande de quitter le pays en 1972.
Arrivée au Gabon et début de l'engagement associatif
Le couple s'installe au Gabon en1976, à Libreville avec ses deux premiers enfants. Mais pour Maïté, « la famille gabonaise ne se limite pas à la seule cellule conjugale ». Elle accueille souvent des enfants de la famille de son mari, des neveux, des demi-frères et s?urs, au total le couple aura eu 14 enfants à charge ! Maïté travaille alors comme laborantine mais elle est très vite saisie par la souffrance qui l'entoure : « beaucoup de personnes handicapées physiques (séquelles de polio pour la plupart) n'avaient pas de fauteuils roulants et se déplaçaient en se trainant par terre? Ils étaient quasiment abandonnés des services sociaux et très mal considérés par la population, souvent abandonnés par leurs familles. Cela me choquait beaucoup et je me suis rapprochée d'eux afin de les aider à s'organiser en association ».
En 1987, Maïté crée une ONG « S.O.S Handicapés ». Grâce à l'association, elle réussit à récolter des centaines fauteuils roulants et des tricycles qu'elle distribuera, avec son pick-up, à travers tout le Gabon pendant plusieurs mois.
Quelques années plus tard, Maïté se rend compte qu'il faut centraliser les actions humanitaires, et décide de créer une Croix-Rouge au Gabon. Elle obtient le soutien de la première dame, Edith Bongo, et du CICR. Après deux tournées de sensibilisation dans les différentes provinces gabonaises, un bureau provisoire est mis en place en 1995 et l'assemblée constitutive de la Croix Rouge gabonaise se tient en mars1996. Elle en est la première présidente pour deux ans.
L'entrée dans la vie politique
Le mari de Maïté, Muetsa, est élu député de NDENDE en 1990, au nom de l'Association pour le Socialisme au Gabon. Il devient ministre des Petites et Moyennes Entreprises, puis ministre des Affaires sociales. En reconnaissance de son engagement associatif, Maïté est alors nommée Conseiller du Président de la République pour les Affaires humanitaires en 1994.
Elle travaillera par la suite avec la première dame au sein de l'association « Horizons Nouveaux » qui ?uvre à la scolarisation des enfants handicapés. En 2001, à l'occasion de l'Assemblée Générale sur le Sida à l'ONU, les premières dames d'Afrique se regroupent et fondent une association pour lutter contre le virus, l'OPDAS-OAFLA, « l'Organisation des Premières Dames d'Afrique contre le VIH ». Edith Bongo en est élue présidente pendant deux années, durant lesquelles Maïté est désignée secrétaire générale. Elle est alors en charge de l'élaboration des statuts, des plans d'action, des activités locales et des rencontres annuelles. Elle continuera à assurer les fonctions de SG dans l'association au niveau local, l'OPDAS-Gabon, jusqu'au décès d'Edith Bongo en 2009.
Un mandat pour Maïté
Après le décès de son mari en 2012, Maïté vient se reposer à Ndendé, petite localité de 6.000 habitants, au sud du Gabon, la ville d'origine de son époux. Le virus de la politique et de l'action sociale ne la quitte pas pour autant. Cherchant à s'impliquer dans la vie locale, elle projette de fonder une association pour aider les veuves de la région souvent délaissées et spoliées. On lui propose ensuite une place sur une liste des conseillers municipaux pour les élections locales, elle accepte, loin de se douter qu'elle sera par la suite élue présidente du conseil et maire de la ville : « le travail est immense, après dix-sept ans de gestion peu orthodoxe, peu de ressources propres et un budget dérisoire dans le domaine social, éducatif et sanitaire ». Les conditions ne sont pas évidentes et les coupures de courant fréquentes freinent le travail.

Maïté en session de conseil municipal
Malgré tout, Maïté ne se décourage pas et continue même à soutenir les veuves délaissées : «j'ai pu obtenir que 200 femmes sur les 440 recensées, soient inscrites sur le listing des Affaires sociales et touchent une indemnité annuelle de 100.000 FCFA? je les informe et les soutiens en cas de problème avec les belles-familles et suis derrière les nouvelles veuves pour qu'elles ne soient pas spoliées de leurs droits ni chassées des maisons de leur mari ». Elle sait qu'elle manque de temps aujourd'hui mais quand tout cela sera fini elle projette d'écrire un livre pour raconter son parcours exceptionnel.
Mathilde Poncet (www.lepetitjournal.com) - mercredi 25 mai 2016
Maïté Nègre était finaliste des Trophées des Français de l'étranger organisés chaque année par lepetitjournal.com, dans la catégorie Social & Humanitaire. #tropheeslpj

