Édition internationale

EXPATRIATION COURTE – Faut-il partir quand même?

Écrit par Lepetitjournal.com International
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Les entreprises n'hésitent pas à proposer des missions courtes à l'étranger, qui permettent de combiner flexibilité, immédiateté, et un minimum de bouleversements dans le quotidien de la famille. Ce serait donc une excellente façon d'avoir une bonne expérience à l'international sans pour autant être déraciné. Ce challenge n'est pourtant pas si simple à relever


Dans un contexte de globalisation de l'économie, l'internationalisation demeure plus que jamais une nécessité pour les entreprises. Pourtant, elles veulent un minimum d'expatriés. Elles n'hésitent donc plus à adapter les missions de leurs employés à leurs besoins, même lorsque ceux-ci sont ponctuels. Le nombre des missions courtes augmente, car les salariés travaillent de plus en plus en mode projet. Les RH font appel aux expatriés pour combler certaines lacunes de compétences ou transferts de savoir-faire en local, les faisant rentrer en France une fois leur mission terminée. Les séjours courts à l'étranger, allant de trois mois à un an, ont donc le vent en poupe.

Quels avantages ?
Pour l'entreprise, les avantages sont nombreux : moindre coût (seulement 15% des salariés en mission courte sont accompagnés par leur famille, d'après une enquête ECA international), flexibilité, réactivité. Une enquête datant de 2009, pour ORC Worldwide indiquait que les multinationales ont recours aux expatriations courtes principalement pour le transfert de données et de compétences et pour compenser un manque provisoire de personnel formé. Il est aussi plus facile de recruter du personnel pour de courtes missions dans des pays ?à risque' ou pour des tâches pénibles mais fortement rémunérées. Bien que moins couteuses que les expatriations classiques et leur 'package', les missions courtes restent tout de même plus onéreuses que des voyages d'affaires prolongés.

© Randy Faris/Corbis

Pour l'expatrié en mission, c'est a priori plus simple. La perspective d'un retour à court terme donne une souplesse qui permet de ne pas déraciner la famille, au conjoint de ne pas perdre son emploi. Pas de déménagement de la résidence principale, pas de changement d'école. Il peut profiter du vivier d'opportunités professionnelles considérable de l'international, sans les inconvénients et les démarches préalables parfois lourdes qui y sont associées. Un autre avantage, dans ce cadre, est qu'il ne devrait pas y avoir le problème du retour. On définit "l'après" avant même d'avoir bouclé ses valises. Des missions courtes peuvent aussi être proposées dans le cadre de parcours de formation et de diversification pour les "potentiels". Quelques uns profitent aussi de cette opportunité pour ?tester' leur envie d'expatriation. C'est le cas de Jérémy, parti 3 mois au Maroc il y a 2 ans, pour une mission dans le domaine informatique : ?J'ai vraiment adoré... J'y suis retourné ensuite, et j'ai trouvé du boulot, maintenant je compter rester longtemps.?

Le détachement
Les entreprises ont souvent recours au détachement lorsqu'elles envoient un salarié à l'étranger pour une mission courte. Le lien contractuel avec la maison mère est maintenu, ce qui rassure le salarié, même s'il est mis à disposition d'une autre société et que son contrat de travail s'exécute à l'étranger. Le régime de protection sociale des professionnels qui partent à l'étranger pour une courte période n'est pas affecté (car pas de changement de statut du salarié, résidence fiscale en France). Le salarié paie des impôts à l'étranger s'il y passe plus de 183 jours. Tout le reste se négocie au cas par cas. Au-delà de deux ans, l'employeur envisage, en général, un autre type de contrat. Une autre possibilité consiste à ?commuter' régulièrement entre le domicile et le lieu de travail, à faire les allers-retours de façon hebdomadaire. Cette pratique est possible si le temps de trajet reste raisonnable, pour éviter le stress et la fatigue liés aux nombreux déplacements.

Le salarié qui est plus de 120 jours en dehors de la France au cours de l'année n'est pas imposé en France dès lors qu'il exerce une activité de prospection commerciale (les jours de récupération, les week-ends et les vacances à l'étranger sont pris en compte). S'il travaille 80 jours en dehors de l'Hexagone, il peut être exonéré d'impôt sur la partie du salaire correspondante, et s'il travaille dans plusieurs pays, il y a des chances qu'il échappe à toute imposition.

Quels sont les challenges induits par ce choix professionnel ?
Il est souvent compliqué d'évaluer exactement la durée nécessaire à une mission. Or si le séjour à l'étranger tend à se prolonger, on peut faire face à d'éventuels problèmes sur le plan fiscal ou du permis de séjour par exemple. Il faut par ailleurs noter que la gestion de projet sur une durée déterminée entraine souvent une lourde charge de travail.
Mais contrairement à l'expatriation classique, où les difficultés d'adaptation et le choc culturel peuvent mettre à mal la réussite professionnelle, partir pour une courte durée pose la problématique de la séparation. Il est donc important de préparer minutieusement ce départ.

Une étude de deux ans, sur 1.461 expatriés conduite par l'Interchange Institute de Boston a révélé que ce type de travail entraine des difficultés conjugales, et familiales (gestion des enfants), et des risques accrus de dépression. On manque des évènements marquants dans son pays d'origine, on est loin sans pour autant avoir le temps de se recréer un "chez-soi", on n'a pas forcément le temps de se créer une vie sociale, ce n'est pas si simple. Le conjoint qui reste doit assumer seul toutes les responsabilités du quotidien.

A noter aussi que les familles supportent mal de financer le surcoût provoqué par le départ de l'un des parents qui assurait une partie des taches ménagères ou de garde des enfants : 35 % d'entre elles ont vu leurs frais augmenter.

A savoir
Il semble nécessaire de vérifier certaines dispositions avec sa société avant de partir afin de minimiser les facteurs d'échec :

- Demander de la flexibilité notamment en termes de voyages (retours de l'expatrié et voyages de la famille à l'étranger).
- Négocier une indemnité journalière réaliste, si le cout de la vie est plus élevé dans le pays où vous allez résider ainsi qu'une compensation pour la hausse des frais de communications induits par votre départ.
- Ne pas négliger une formation interculturelle avant de partir, qui permettra d'éviter des problèmes de communication avec les collègues ou partenaires locaux.
- Ne pas couper les ponts avec le siège pour qu'il soit informé des étapes de votre mission, des spécificités du pays, et qu'il puisse vous soutenir.
- Favoriser un contact entre l'entreprise et la famille pour gérer les difficultés voire les urgences (contact personnalisé). Mettre en contact les familles qui vivent la même problématique peut être une bonne idée, afin qu'elles se soutiennent.


Pour Annie, de Grèce, ?l'expérience courte est la meilleure façon de ne pas entrer en conflit avec soi-même tout en ayant un regard critique sur la vie des autres et d'ailleurs. Elle pourrait être comparée à un délai de vacances prolongée permettant de découvrir une autre (ou d'autres) culture(s) sans être obligé d'y mettre des contraintes d'adaptation. Notons que le déracinement n'existe que lorsqu'il y a pression ou sévices sur l'individu. Dans le cas d'un libre choix, il s'agit d'un sentiment personnel variable selon les individus?. Bien préparée, bien motivante, une expatriation courte peut être un excellent moyen de mettre un pied à l'international.
MPP (www.lepetitjournal.com) lundi 9 avril 2012

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logofbinter
Publié le 8 avril 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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