Édition internationale

EXPAT – France, je t'aime, je te quitte

Écrit par Lepetitjournal.com International
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 septembre 2013

Confrontés à des expériences différentes, et avec le recul qu'impose la distance, les Français de l'étranger ont beaucoup de choses à dire sur leur "douce France".  Qu'ils soient nostalgiques, sévères, admiratifs ou désabusés, célèbres ou anonymes, Christian Roudaut a recueilli les paroles de ces témoins privilégiés d'un monde de plus en plus global

D'aucuns s'interrogent sur l'opportunité d'un débat sur l'identité nationale. Dans son livre publié récemment  chez Fayard, intitulé France, je t'aime je te quitte, Christian Roudaut, journaliste à Radio France et à Arte, contribue à définir cette identité française, en donnant la parole à quelques uns des 2, 5 millions de Français installés au-delà des frontières hexagonales. Leur nombre ne cesse de croitre, "atteignant l'équivalent de la population des Bouches-du-Rhône". Et tous ne sont pas des expats nantis. Le regard de ces Français, "très divers d'un point de vue sociologique, ethnique et politique", n'en est que plus intéressant.

Un miroir pas très tendre
Bien sûr, vu de l'étranger, les Français, nombrilistes, cocardiers, conservateurs, racistes, ou vindicatifs, en prennent pour leur grade. Mais la démonstration ne vaut que parce que les propos sont mis en perspective. Christian Roudaut raconte ces Français issus de l'immigration, qui doivent s'exiler pour trouver enfin un poste à la hauteur de leurs diplômes. Il raconte aussi  ces brillants ingénieurs,"confrontés à une administration courtelinesque et à des jurys où trônent d'inaccessibles mandarins", qui ne peuvent résister aux sirènes des universités étrangères. Alors que les jeunes talents scientifiques français n'ont pas à rougir de la comparaison internationale, se pose alors la question explosive de l'implication des entreprises privées à l'université. Et, à en croire certains, la France attirerait bien plus de diplômés qu'elle n'en laisserait partir?

Diplomîte aigue
Les diplômes? Parlons-en! "On peut s'interroger sur la confiance aveugle accordée en France à des diplômes qui ne sanctionnent pour l'essentiel, qu'une forte capacité à apprendre". "Quid du dynamisme, de l'esprit d'initiative, de l'aptitude à travailler en équipe" souvent beaucoup mieux valorisés à l'étranger ?

Fuir les contraintes
Partir a aussi permis à des stars de retrouver un anonymat salutaire (Yannick Noah) ou de favoriser le début d'une seconde carrière. CharlElie Couture peut ainsi parler d'autres choses que de son "avion sans ailes", et l'éminent chercheur Luc Montagnier n'est plus limité par l'âge de la retraite.

La France préfère Poulidor
Au-delà de ces cas très particuliers, les expatriés apportent aussi des témoignages intéressants sur le malaise des Français avec la réussite. Et l'argent qui génère jalousie et "envie négative" alors que "chez les Anglais, quand quelqu'un réussit, ca donne envie de faire pareil". La France aime "Poulidor, qui ne gagne pas mais qui se bat". De même, les Français "du dehors" étrillent la culture du conflit hexagonale, et la forte tension sociale qui va avec.  "La recherche du compromis est vue comme un aveu de faiblesse, voire de trahison". Le formalisme, la barrière hiérarchique et la rigidité des statuts interdirait la circulation de l'information et le dialogue. "L'exemple de la Suède montre que l'absence de conflit n'est pas forcément synonyme de régression sociale".

Et pourtant? on l'aime
Pourtant, la France ne se résume pas à l'irascibilité des garçons de café et aux grèves à répétition. L'expression allemande "heureux comme un Dieu en France" pourrait être reprise par bien des expatriés qui constatent que le modèle social français reste exemplaire à maints égards. Santé, éducation, infrastructures, qualité de vie, culture, beauté des paysages, autant de choses que ceux qui vivent sur place n'apprécient pas forcément à leur juste valeur. Malgré tous ses défauts, les Français de l'étranger restent très attachés à leur pays. Alors ils le quittent oui, mais ils l'aiment encore.

MPP (www.lepetitjournal.com) vendredi 28 mai 2010

France, je t'aime je te quitte de Christian Roudaut, Fayard document, 18 euros

logofbinter
Publié le 28 mai 2010, mis à jour le 5 septembre 2013
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