Édition internationale

LE CAIRE/ECONOMIE - Milton Keynes et General Motors (1)

Écrit par Lepetitjournal Le Caire
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 3 juin 2009
La crise s'installe. Elle prend ses habitudes et trie les bons des mauvais entrepreneurs selon des critères qui n'appartiennent, presque, qu'à elle. Nous avons pris le parti de faire parler notre économiste coléreux mais distingué, Milton Keynes, de temps à autre. Aujourd'hui General Motors l'inspire

Le Petit Journal : Bonjour, depuis votre dernière colère, quelques entreprises ont souffert et vont vers une irrémédiable et triste fin, en particulier GM, vous aviez prévu cela mais maintenant que la réalité dépasse la prévision, qu'en pensez-vous ?
Milton Keynes : En fait, il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Une crise arrive, balaie tout sur son passage, des pans complets de l'économie risquent de disparaître, des milliers de milliards sont gaspillés et surtout des millions de gens souffrent et vont souffrir plus encore et longtemps. Ce n'est pas nouveau, dans cette ampleur oui mais 1873, 1929, puis les petits « Crachs » intermédiaires nous avaient bien préparés à cela. Ce sont les soubresauts logiques d'une société qui évolue. GM n'est que le plus gros révélateur de cette évolution. Bien sûr il y a évolution positive et évolution négative. Dans notre cas, il s'agit d'une évolution négative pour la simple raison qu'elle n'a plus aucun fondement moral ni spirituel. On évolue au rythme de sa puissance et de sa richesse quelles que soient les méthodes employées pour les obtenir. Photos associations des amis de Keynes et de Friedman

LPJ : Bien sûr mais pratiquement GM, sa nationalisation, son avenir, ce sera quoi pour vous ?
MK : Un Etat n'est jamais un bon gestionnaire et nous allons nous confronter à ce souci pour GM. La fonction de l'Etat n'est pas de gérer ni de faire des profits mais d'organiser, de structurer, de prévoir, de soutenir et d'aider. Cependant, GM est aux USA, peut-être cela sera-t-il différent de l'Europe où nous avons bien souvent démontré notre incapacité à mener des entreprises sous le contrôle de l'Etat. Qu'un pays ultra libéral nationalise est un évènement majeur. Encore une fois, le court terme prend le pas sur le long terme. En sauvant, GM de la fermeture, on ne fait qu'interdire le licenciement de milliers d'employés liés directement ou indirectement à cette entreprise. Mais, les problèmes ne sont pas résolus, aucun ou peu. J'entends parler de relance pour septembre ou 2010, mais quelle relance, qui va acheter quoi ?
GM est condamnée à vivoter sous la manne céleste de Saint Obama qui fait pleuvoir les milliards de billets
fraîchement imprimés mais sans valeur.

LPJ : Vous ne croyez pas en une relance, qu'elle soit pour cette année ou la prochaine donc ?
MK : Je vous l'ai dit déjà, nous ne sommes pas en récession mais en dépression, 8 à 12 ans pour s'en remettre me semblent être une durée plus « normale » si tant est que la normale existe.
Encore une fois, une relance est un déclenchement d'achats organisé par les gouvernements qui financent, via les entreprises qui vendent et donc produisent et gagnent de l'argent. Cela sous-entend qu'on embauche pour produire et qu'on paie des impôts pour rembourser l'Etat de ses largesses. Mais qui va acheter et quoi ? Combien de voitures veut-on par ménage ? Combien de temps faut-il les garder ces véhicules, faudra-t-il en changer tous les 6 mois ? Et la pollution, la couche d'ozone, le réchauffement de la planète ? Combien de réfrigérateurs, de lave-vaisselle faut-il posséder, combien de maisons ? La société de consommation a ses limites. Ce sont les limites générées par l'insatisfaction qu'elle suscite qui, elle, est sans limite. On ne peut pas être que des consommateurs, on est des êtres humains me semble-t-il, non ?

La suite demain...

H.A.M. (www.lepetitjournal.com - Le Caire - Alexandrie) mardi 2 juin 2009
Publié le 2 juin 2009, mis à jour le 3 juin 2009
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