Édition internationale

INTERVIEW – Wael Abbas, un bloggeur anti-torture censuré puis réhabilité par YouTube

Écrit par Lepetitjournal Le Caire
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012

La cyber-dissidence continue de faire des vagues en Egypte. YouTube et Yahoo ont récemment fermé puis restauré les données de Wael Abbas, blogger de 33 ans. Récompensé par la Fondation Internationale de Journalisme, l'une des vidéos diffusée sur son site avait contribué à la condamnation d'un policier pour actes de torture

 

Une des vidéos de torture qui avait été postée sur le site de Wael Abbas

LPJ - YouTube a supprimé votre compte, puis a annoncé sa remise en service. Vous avez déclaré qu'il s'agissait d'une fausse information. Que s'est-t-il passé ?
Wael Abbas : Dans un premier temps, ils ont annoncé la remise en service du compte, en le restaurant sans les 181 vidéos qu'il contenait. En ce sens, il s'agissait d'une fausse information. Après quelques jours, 177 vidéos ont été remises en ligne, avec tous les commentaires et statistiques.
Les sujets des vidéos étaient variés : manifestations, élections, procès, émissions de TV auxquelles j'avais participé. Seules une douzaine traitaient de torture, certaines en ligne depuis deux ans. YouTube est très populaire, donc tout le monde pouvait les voir. Je les envoyais sur mon blog, ou à des agences de presse. En les supprimant, YouTube coupait tous ces liens. Il leur arrive de retirer une vidéo, suite à des plaintes, mais ils préviennent. Dans mon cas, ils ont agi soudainement, sans mise en garde.

Etes-vous entré en contact avec YouTube ?
J'ai envoyé un e-mail, resté sans réponse. Sous la pression médiatique, ils ont fini par restaurer mon compte. Dans le communiqué de presse, on me reproche de ne pas avoir donné un "contexte suffisant". C'est faux : que dire, sinon "voici des violences policières"? C'était très clair, et chacun était averti avant visionnage. YouTube connaissait donc le contenu de ces vidéos.

Y a-t-il eu pressions du gouvernement égyptien ?
Il y a sûrement un lien avec le régime égyptien. J'ai d'abord pensé à une intervention directe comme ce qui s'est passé avec Google en Chine, car j'avais entendu que Google investissait en Egypte. Cela coïncidait avec le blocage de mon adresse Yahoo, l'arrestation de policiers début novembre grâce à mes vidéos (cf Le Petit Journal, 7 novembre 2007, ndrl), et le prix que j'ai reçu de la Fondation Internationale des Journalistes, le tout en deux semaines. Mais j'ai une explication plus rationnelle : pour me paralyser, le gouvernement égyptien enverrait massivement des plaintes à Yahoo et Google. Cela dit, tout est possible, je ne peux rien affirmer, surtout avec le silence de Google. C'est la quatrième fois qu'on me ferme un compte. {mospagebreaktitle=la suite de l'interview}

Pensez-vous que d'autres bloggers pourraient subir le même sort ?
J'espère que non ! Le gouvernement clame partout qu'il est démocratique, et les pressions des organisations de droits de l'Homme l'empêchent de bloquer les sites. Comme il tient à son image, il ne les bloquera pas, mais il peut intimider les bloggers physiquement. Je suis déjà victime d'appels anonymes, de menaces, de rumeurs,... Parallèlement, il va faire pression sur les sites qui nous hébergent. De cette manière, personne ne pourra affirmer qu'il s'agit de l'action des services de sécurité, et il gardera les mains propres.

Internet est-il sûr pour les bloggers à l'heure actuelle ?
Quand j'ai débuté sur Internet en 2003, j'utilisais des pseudonymes, puis je me suis rendu public;on me voyait dans les manifestations, alors pourquoi me cacher ? De cette manière, on envoie un message au gouvernement : "Nous n'avons pas peur !"
Personne ne nous contrôle sur Internet alors que les média égyptiens sont soumis aux pressions et à la censure, et dépendent des publicitaires, facilement intimidables. C'est pourquoi j'utilise des sites gratuits, mais mon blog ne me rapporte rien. Je veux dire à tous les bloggers : n'acceptez pas et ne dépensez pas d'argent, ou celui-ci vous contrôlera. Mais comme on le voit, les services gratuits ont aussi des dangers.

Vous avez été associé à un festival anti-torture, où le meilleur clip d'images réelles remporterait un "fouet d'or". Qu'en est-il ?
C'est un canular. Je ne sais pas qui est derrière tout ça. Je crois que quelques bloggers ont diffusé une image animée, représentant une fausse publicité. Quelqu'un a dû le prendre pour une histoire vraie, et y a associé mon nom. Je ne sais pas si ça aurait été une bonne idée ou pas, si ça aurait été décent et approprié. Cela aurait pu être choquant, car cela reste de la torture.
Elsa FOUCRAUT. (www.lepetitjournal.com - Le Caire) vendredi 14 décembre 2007

Pour en savoir plus, le blog de Wael Abbas : http://misrdigital.blogspirit.com

Publié le 14 décembre 2007, mis à jour le 13 novembre 2012
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