Édition internationale

JOURNEE DES DROITS DE LA FEMME - Le 8 mars, une fête hypocrite et sans effet (Extrait)

Écrit par Lepetitjournal Haiti
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 11 mars 2016

 

 Toute femme éduquée, intelligente, qui s'affirme au XXIe siècle et qui connait la condition féminine dans le monde aujourd'hui, ne peut que saluer l'écrivain féministe et philosophe français Dominique Quessada qui a écrit : « La femme qui aspire à être l'égale de l'homme manque singulièrement d'ambition ».

En effet, lorsqu'on regarde ce que font subir la majorité des hommes aux femmes, encore aujourd'hui, aucune femme ne devrait envier le statut des hommes. Comme dirait Dominique Quessada, beaucoup d'hommes sont « des aveugles, sourds et malentendants ». On pourrait aller bien plus loin quant aux accusations qu'on peut porter aux hommes, à leur immoralité, cruauté et aux conséquences de leur brutalité dans le monde entier ; du Congo à Daech, en passant même par le Vatican, laissons aux lectrices et lecteurs le soin de se cultiver.

 Loin de moi l'idée de revenir aussi aujourd'hui sur le combat courageux des organisations féministes en Haïti, souvent taxées de tous les noms par ignorance, méchanceté ou incompréhension. J'aimerais toutefois faire valoir certains points qui me poussent à écrire aujourd'hui que le 8 mars en Haïti est une fête hypocrite et sans effet qui ne devrait pas être une célébration mais plutôt une journée de réflexion et surtout d'actions. En effet, dans notre société en perpétuelle crise, malade d'injustices, de viols, de répressions et d'inégalités, cette soi-disant « célébration » du 8 mars est non seulement sans effet mais elle est presque devenue irritante de par son hypocrisie. Après tout, que veut dire une journée de la femme dans un pays où l'on peut s'offrir une révision de la constitution pour son ambition personnelle ou constamment violer ladite constitution sans que cela n'ait le moindre impact sur l'ensemble du pays ?

 Entre célébration et droits de la femme

 Cette année, les Nations unies ont choisi pour thème du 8 mars, « La parité en 2030 : avancer plus vite vers l'égalité des sexes ! ». L'Onu veut mettre l'accent sur les moyens d'accélérer le programme de développement durable à l'horizon 2030 et sur la mise en place d'un élan pour la mise en ?uvre effective des nouveaux objectifs de développement durable, en particulier l'objectif 5 sur l'égalité entre les sexes et l'objectif 4 sur l'éducation de qualité pour tous. Il s'agit aussi de mettre en lumière l'initiative « Pour un monde 50-50 en 2030 » d'Onu Femmes, ainsi que d'autres engagements en faveur de l'égalité entre les sexes, les droits des femmes et ce qui permet de favoriser leur autonomie.

 Soyons réalistes et allons droit au but : tout(e) Haïtien(ne) éduqué(e) qui lit ces objectifs sait pertinemment que son pays n'arrivera pas à les atteindre en 2030 ; tout comme il n'a pas pu atteindre les huit objectifs du Millénaire pour le développement (Omd) en 2015. Cela dit, Haïti ne fait pas exception puisque l'Onu, face à l'échec de plusieurs pays à atteindre les Omd, a élaboré un programme ambitieux pour l'après-2015 : Transformer notre monde : le Programme de développement durable à l'horizon 2030 qui s'articule autour de 17 objectifs mondiaux pour le développement durable.

 Il y a plusieurs appellations pour le 8 mars : Journée de la femme, Journée internationale de la femme et Journée internationale des droits de la femme. Il me semble qu'Haïti devrait plutôt retenir le dernier. Et, de fait : quels sont les droits des Haïtiennes et ceux qui sont respectés en Haïti aujourd'hui ? Pratiquement aucun et qui pis est, sous le régime de Michel Martelly, la condition des femmes en Haïti s'est dégradée. Jetons juste un regard vers le Parlement : aucune femme n'y est représentée en 2016, ni au Sénat, ni à la Chambre des députés. La 50e législature bat donc le triste record de la 44e législature, en 1988, qui n'avait qu'une seule femme parlementaire sur 110 élus : Mme Myrlande Manigat, élue sénatrice.

 Marche arrière pour les femmes en 2016

 Sur cinq législatures qui se sont succédé au parlement haïtien depuis la chute des Duvalier le 7 Février 1986, seules 31 femmes ont été élues pour 661 hommes [4]. La Constitution de 1987, amendée en 2011, « consacre l'égalité des sexes » en établissant le principe d'un quota d'au moins 30% de femmes dans toutes les activités de la vie nationale, notamment dans les services publics ; quota durement acquis grâce au combat des organisations de femmes. Le décret électoral de 2015 exige aussi le respect du quota de 30% par les partis politiques au moment du choix de leurs candidats à différents postes électifs. Alors, que s'est-il passé pour qu'aucune femme ne soit présente au Parlement ? Serait-ce comme l'a dit un internaute sur Twitter ce week-end parce que, peut-être, « elles ne veulent pas faire partie de cette horde de racaille de politicards » qui siègent dans cette institution ?

 En fait, explique Marie Frantz Joachim, coordonnatrice de la Solidarite fanm Ayisyen, (Solidarité des femmes haïtiennes/Sofa), « le Conseil électoral provisoire (Cep) n'a pris aucune disposition pour favoriser la participation des femmes. Système électoral censitaire, forte somme d'argent pour l'inscription, demande des pièces sur une durée restreinte ont été les méthodes employées par le Cep pour exclure les femmes dans le processus ». De plus, ajoute-t-elle, « ce parlement composé uniquement d'hommes, est une stratégie utilisée par l'Etat pour faire passer plus efficacement des projets particuliers ». Les violences et fraudes, dont beaucoup ont été dénoncées comme faisant partie de la stratégie de Michel Martelly lors du dernier scrutin, ont également empêché l'implication plus constante des femmes. Ainsi, sur 2029 candidats inscrits aux dernières élections législatives (1767 pour la députation et 262 pour le sénat), il n'y a eu que 8% de femmes, dont 129 candidates à la députation et 23 au sénat.

 Pour le Dr Ginette Rivière Lubin M.D, « dans notre société, l'homme a toujours symbolisé, depuis l'indépendance, le pouvoir et la domination. La preuve en est qu'il a toujours occupé majoritairement l'espace du pouvoir, malgré les luttes menées pour les droits de la femme », déclare-t-elle, en rappelant que « l'histoire a toujours occulté l'apport important des femmes, nos aïeules, dans la bataille pour l'indépendance d'Haïti. Le Parlement haïtien et les partis politiques ne sauraient nous démentir ».

L'année 2015 restera toutefois dans les annales de l'histoire comme celle d'un recul très significatif de la participation des femmes dans les affaires publiques : seules 4 femmes, sur 56 candidats en lice pour les présidentielles de 2015, ont été agréées par le Conseil Électoral Provisoire, dont la mainmise de Martelly a entrainé de nombreuses manifestations. Ces dernières on le sait, ont débouché sur l'accord du 6 février et le départ de Martelly le 7 février 2016. Le gouvernement de transition actuel a été ainsi choisi par un parlement qui s'est « érigé en pouvoir suprême », selon la Sofa, pour choisir un président provisoire de transition, en la personne de Jocelerme Privert. La démarche du parlement, dont la légitimité demeure contestée, « nous ramène à 70 ans en arrière, où l'élection présidentielle se réalisait au second degré et où les hommes choisissaient, à eux seuls, les dirigeants pour le peuple », déplore la Sofa.

 Ainsi, en 2016, alors qu'à l'échelle internationale le nombre de femmes parlementaires a connu une augmentation, notamment en Iran avec l'élection d'au moins 20 femmes au parlement, un record dans l'histoire de cette république islamique ; Haïti fait non seulement piètre figure avec son parlement patriarcal, mais ce pays fait preuve d'un système politique et sociétal rétrograde en ce XXIe siècle.

 Au niveau du Conseil électoral provisoire (Cep), la future composition du Conseil d'administration de cette institution laisse déjà présager d'une faible représentation de femmes parmi ses 9 membres. En effet, tous les secteurs concernés ont choisi des hommes sauf le secteur des femmes qui a porté son choix sur Marie Frantz Joachim, coordonnatrice de l'organisation féministe Solidarite fanm ayisyèn (Sofa). De son côté, le secteur privé des affaires a proposé deux noms, dont une femme, Marie-Herolle Michel. L'autre choix se porte sur Jacques Bernard. Quant aux organisations syndicales, leur choix n'est pas encore fait. Le sort de la conseillère électorale sortante du Cep, Lourdes Edith Joseph Delouis, n'a pas encore été décidé. Enfin, les organisations dénommées « Monde syndical » et la Confédération générale des travailleurs (Cgt) ont désigné Josette Jean Dorcely et Lubin Jean Dieudonné.

 

Soumis le 7 mars  2016 Par Nancy Roc à

www.AlterPresse.org

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Publié le 10 mars 2016, mis à jour le 11 mars 2016
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